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Urs. Tout cela est magnifique ; mais comment en arriver, chacun à sa part ? Euphémien va-t-il s’exécuter de bonne grâce, et tout abandonner ?
Bis. (avec hésitation et délibérant.) Eh bien! sur ce point, je ne débrouille pas complètement mon affaire : attacher le grelot, eh?....Je ne vois pas d'autre moyen que de mettre le feu à la maison.
Urs. Mais non, ce serait détruire toute notre propriété. +
. BiB. (À part.) Excepté la cave, (À haute voix.) Pourtant, ce serait là une noble manière d'affirmer nos droits.
DAv. Pour sûr, et c’en serait une fête !
EUSEBE. Allons ! Bibulus, trève de folies. Voilà qui tourne à la méchanceté, et à la trahison. Mes amis et camarades, vous n'êtes pas assez insensés pour songer à un acte si coupable et si absurde.
URS. (résolument.) Bien, alors, au moins, donnons-nous la satisfaction de mettre le feu à la mai son de quelque autre. Ce sera une espèce de com-
pensation, puisque nous sommes foulés aux pieds chez nous.
PLUSIEUR: La maison de qui sera-ce ?
Brs. J'aime l’idée, comme unesorte de diversion, vous comprenez, à nos propres griefs. Voyons. Oh! oui, c’est cela. Il y a une quantité de voisins, pas loin d'ici ; leurs gens semblent passablement à
l'aise, et leurs maisons sont en bon ordre. Mais il
y en a quelques-uns là-dedans qui ne seraient pas
fâchés de voir un bon feu de joie; et pourquoi )
n’avons-nous pas le droit de leur en offrir un ? " EUSEBE. Pourquoi cela ? > Br8. Pourquoi cela ? mais pour cinquante rai-
sons. D'abord, ils ne mangent pas de bœuf, comme
nous faisons. Ils devraient manger du bœuf.
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Ver. Oui, ilsle devraient, c’est une raison capitale ; quelle autre ?
Bts. Ensuite, ils ne sont pas comme nous. Pas un d’eux nose parler ouvertement de mettre le feu ce à la maison de son maître, comme je le fais. Nous, nous sommes libres.
Eusee Et sens gêne.
Dav. Oui, libres et sans gêne. C’est le siècle, monsieur. Nous nous fichons des aristos: nous sommes tous pour la démonocratie. Pas vrai ?
Tous Certainement, nous le sommes.
Br8. Nous nous occupons fort peu de maîtres ou d’intendants. N'est-ce pas ?
Tous. Nous, pas du tout.
Br8. Nous les ferons tous sauter par la fenêtre. À. el N'est-ce pas ?
Tous. Ça, oui, R BB. À commencer par Proc.—Holà ! le voici.
LA PERL’ CACHÉE, 25
(LT saute en bas, et se cache sous la table. Entre ProcULUS. Ils ont tous l'air penauds.)
Proc, Eh bien! messieurs, que signifie cette étrange assemblée dans ce vestibule ? Comment se fait-il que vous soyez tous ici, au lieu d’être à votre besogne ? Allons, parlez quelqu'un. J ’entendais tant de bruit, il n’y a qu’un instant.
Dav. Eh bien! monsieur, voyez-vous, comme c'est le douloureux anniversaire de la famille, nous avons cru qu’il était de convenance de tenir une espèce de réunion d'amis, justement pour secouer un peula douleur. C’est pourquoi nous nous sommes parlé de nos torts.
Proc. Vos torts ?
VER. C’est-à-dire de nos droits, vous savez, monsieur. :
Proc. Encore mieux. Ce doit étre quelque nouvelle invention de Bibulus ; je suis sûr d’avoir entendu sa voix-—où est-il?
Dav. Il s’est esclipé, monsieur : mais, si je ne me trompe, c’est bien tout si déjà il est à un mille d'ici,
Proc. On le pincera en temps convenable, et il recevra ce qu’il mérite. (Bibulus sort la tête de dessous la table, et nargue du poing Proculus, qui ne le voit pas. Tous se mettent à rire.) De quoi riezvous? Lui n’y trouvera pas de quoi rire, je puis
vous l’assurer, Cependant, puisque vous êtes ici,
Je puis tout aussi bien vous apprendre. une petite nouvelle,
Tous. Qu'est-ce ?
PROC. Mais c’est que votre maître vient justement de s’éprendre d'amitié pour un mendiant.
Tous. Un mendiant ?
Proc. Oui, un mendiant, un individu qui se dit pêlerin, et qu’il veut recevoir dans la maison, pour le faire dormir ici, manger et boire de ce qu’il Y a de meilleur, Tels sont les ordres. Et conséquemment vous aurez à vous mettre humblement à son service,
Urs. C’est une vraie infamie !
Dav. Nous ne ne le SUpporterons pas! C’est trop au-dessous de nous.
Ver. Nous ne nous ÿY Soumettrons jamais, Nous sommes bien au-dessus de cela.
Proc. (troniquement.) Oh ! mais sans doute, vous ferez tout ce qui dépend de vous pour lui donner ses aises,
Dav. Oh! certainement !
Proc. S'il dort, vous aurez soin de ne pas faire de bruit autour de Jui pour le déranger.
VER. Sans doute !
Proc. Et si votre maître lui envoie quelques morceaux délicats, vous ne les intercepterez point,
mais vous verrez à ce qu'il soit bien nourri, et devienne luisant et dodu.
URs. Oui, hein !
Proc. Il va mener une vie douce—n’est-ce pas ? qu’en dites-vous ?
Tous. Comptez sur nous pour cela! Diantre!
un mendiant.
Proc. Eh bien! vous paraissez passablement unanimes sur ce point, je pense.
Dav. Parfaitement magnanimes, comme. vous dites, monsieur. Mais où logera-t-il? car c’est bon à savoir s’il faut éviter le bruit.
Proc. (montrant la cellule.) Là, sous les escaliers.
Tous. Ha! Ha! Ha!
Dav. C’est bien tout sil a un brin de lumière.
Ver. Ou une gueulte d’air,
Urs. Ou de l’espace pour se tourner.
Proc. Alors, il ne s’en retournera que plus vite.
EUSEBE (A part) Mais, il est aussi méchant que Bibulus ! (4 Proculus) Monsieur, est-ce ainsi que notre maître prétend que l’on traite son nouvel ami ?
Proc. Tais-toi, esclave. Tu es toujours à bavarder quand on n’a pas besoin de toi. Mes braves, vous êtes tous d'accord ?
Tous. Tous.
Pr c. Sur la manière de le faire dormir ?
Tous. Oui, monsieur.
Proc. Et manger ?
Tous. Oui, monsieur.
Proc. Et de le jeter dehors ?
Tous. Oui, monsieur.
CHœvr DES ESCLAVES.
Il entend des sanglots pour toute mélodie !.…
Point de repos, jamais, ponr ses membres souffrants,. Un oreiller de plomb pour sa tête alourdie !
Et sa couche est pareille aux pierres des torrents.
Ses lèvres sans couleur seront toujours avides ; Nul pour le relever ne lui tendra la main ; Puis il boira la lie au fond des coupes vides, Et fouillera le sol pour y trouver son pain !
Ts sortent tous.
ScExE III.— Même décor.
Entre Brieuius, sortant de dessous la table.
Brr. Ma foi! je pense vraiment que je ne m’en porte que mieux pour m'être un peu dégrisé sous la table. Pour sûr, si je n'avais pas écouté, dès mon enfance, cette maudite inclination que jai, je serais devenu le chef le plus populaire de l'empire! Voyez un peu comme, sans ce stupide d’Eusèbe,
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qui n’est bon qu’à gâter tout ce qu'il y a de mieux, j'aurais amené ces imbéciles de camarades à mettre le feu au logis; j'aurais tiré vengeance, et pris la fuite au milieu de la confusion. Plus d’un gaillard s’est élevé à la pourpre romaine, d’un commencement qui promettait moins que celui-là.
Mais puisque ce plan a échoué, mettons-nous sérieusement à la recherche de quelque autre. Maintes et maintes fois, j'ai été indignement traité, jusqu’à hier soir. Oh! hier soir ! C’était la derniére goutte ! Une pareille chose ne peut jamais être effacée que d’une seule manière. Oui, dans la profonde solitude de cet affreux donjon, dans le Tartare de cette ardente fournaise—dans les ténèbres de cette interminable nuit—encore plus, dans l’amertume d’une âme ulcérée—dans la fièvre du désespoir—oui, en grinçant des dents, et de ma gorge brûlante, moi, Bibulus, je Jurai vengeance, vengeance à mort. Mes menottes et mes chaînes résonnaient comme des cymbales, et mes membres tremblaient, lorsque je proférai les paroles de feu ; et un gémissement caverneux, ou un rire—je ne sais lequel—les répéta, sous forme d’écho, par toute la voûte.
Et quand donc le cœur d’un Asiatique rétractat-il un tel serment ? Quand renonça-t-il à la douce,
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à la délicieuse pensée — la seule volupté d’un esclave — vengeance ?
Euphémien, tu ne seras pas longtemps mon maître. Cependant Euphémien est un bon maître— bienveillant, humain — En est-il ainsi ? Alors, pourquoi donc permet-il que je sois fouetté chaque jour comme un chien de chasse — mis à la chaîne comme un chien de basse-cour ?
Mais c’est Proculus qui te fait cela, Bibulus.— Et qui est-il, et qu’est-il, ce Proculus ? Simplement le bras de autre — sa main — ses membres. Je ne dirige pas le coup contre un membre — Je vais droit à la tête — au cœur — à l’âme: je n’estropie pas, je ne mutile pas — j’assassine, je tue.
Puis, si Proculus meurt, en quoi me trouvé-je mieux ? Il y en a cinquante, pires que lui, et prêts à prendre sa place. — Tiens, par exemple, en voici venir un, de ces gens-là!
Entre EUSERE.
Eusee. Je te trouve à point, Bibulus; voici quelque chose pourtoi. (Zllui donne un papier.)
Br8. Qu'est-ce que cela ? Tu sais que je ne suis pas un savant.
(Il essaie de le lire.)
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LA PERLE CACIHÉE. 31
Eusege. Eh bien! en deux mots, c’est un ordre de Proculus, qui connaît tes récents procédés; et ceci t’apprend que tu es dégradé de la condition d'esclave domestique à celle d’esclave des champs, et t’enjoint de te rendre dès ce soir à Ardée, pour y commencer tes travaux.
Bis. (bondissent.) À Ardée! Au plus fort même des chaleurs de l'été! Au point le plus pestilentiel du territoire romain, où les plus robustes périssent en un an, à moins d'y être nés! C’est la que j'irais moi, dégrade encore, pour mourir peut-être dans un mois, Comme une grenouille sur un lit de boue, alors que le soleil a mis à sec la mare saumâtre ! Est-ce que Proculus y a songé ?
Eusege. Très-certainement ; car non-seulement le sait-il, mais il a fait observer expressément que c'était un châtiment plus doux que de mourirsous la verge, comme tu l’as mérité. Tu succomberas bientôt, disait-il, et nous nous trouverons débarr. js pour toujours d'un dangereux garnement.
Br8. Plutôt fouetté à mort avec des scorpions, que sucé à mort par des insectes venimeux ou qu’empoisonné par des miasmes dél'tères. Est-ce qu'Euphémien sait cela ?
EuseBe, Pas encore ; mais il n’y a pas de doute qu’il ratifiera l’injonction. Adieu, Bibulus ; aie le
Courage de supporter ce que tu as bien mérité. (71 sort.) .
Bis. Adieu, sycophante! Adieu, vraiment ? Non, pas si tôt.— On g'mira sur la mort dans cette maison, avaut que j'ailie, moi, la rencontrer. Après cette sentence cruelle, qui me blâmera si J'essaie d'y échapper ?—Pourtant iei encore revient la question — qui fait cela ? Proculus, Alors, n'est-ce pas sur lui que doit tomber ma vengeance? De la prudence, du calme — et pesons bien tout.
Si Proculus mouruit, Eusèbe serait pire que lui. Maintenant, si c’est Euphémien qui meurt, c’est bien différent. On sait que par son testament il à libéré tous ses esclaves. Donc que ce soit lui qui meurs, et me voilà libre. Mais est-ce que cela est généreux ou honorable ? Fil— fi donc! qui a jamais été généreux ou honorable avec moi ? Et vais-je être le premier, moi, à me ranger du côté de la vertu ? Loin de 1à — non !
Cependant cela doit s'exécuter avec précaution, et sûrement. C’est une vilaine chose, oui, une vilaine chose, que de tuer, même à titre de vengeance, Il faut jeter un voile sur une telle action—et la présenter comme un accident, même à ses propres yeux. Ha! une heureuse combinaison . .. Je sais Comment me procurer d’un seul coup les moyens nécessaires, et alors—le pèlerin
LA
Les
LA PERLE CACIÉE. 88
qui est pour dormir Ïà (désignant du doigt la cellule.) —Parfait ! Quoi de plus vraisemblable ?—TI a quelque dessein, nul doute—et il va se trouver le seul près de l’endroit On peut facilement disposer le fil de l’histoire de manière à faire tout aboutir à lui.—Bravo, Bibulus, tu as la main bonne quand il s’agit de méchanceté. D'un seul coup tu vas conquérir ta liberté, ton salut, et tirer vengeance! Eh !
Douce est la vengeance prise sur l’ennemi, Quand le gain est pour soi, ét la perte pour lui.
(IT sort.)