‹ La perle noire (volume 3)Chapitre 22 sur 98 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

« Tiens, Joannelti, lui clis-je, raccroche ce portrait. » — Il m'avait aidé à le nettoyer, et ne se doutait non plus de tout ce qui a produit le chapitre du portrait que de ce qui se passe dans la lune. C'était lui qui de son propre mouvement m'avait présenté l'éponge mouillée, et qui, par cette démarche, en apparence indifférente, avait fait parcourir à mon âme cent millions de lieues en un instant. Au lieu de le remettre à sa place, il le tenait pour l'essuyer à son tour. — Une difficulté, un problème à résoudre, lui donnait un air de curiosité que je remarquai. — « Voyons, lui dis-je, que trouves-tu à redire à ce portrait? — Oh! rien, monsieur. — Mais encore? » Il le posa debout sur une des tablettes de mon bureau; puis, s'éloignant de quelques pas : « Je voudrais, dit-il, que monsieur m'ex-

VOYAGE AUTOUR DR MA CIIAMliBE. 91

pliquât pourquoi ce portrait me regarde toujours, quel que soit l'endroit de la cliambre où je me trouve. Le matin, lorsque je fais le lit, sa figure se tourne vers moi, et si je vais à la fenêtre, elle me reg-arde encore et me suit des yeux en ciiemin. — En sorte, Joannetli^ lui dis-je, que si la chambre était pleine de monde, celte belle dame lorg-nerait de tout côté et tout le monde à la fois? — Oh! oui, monsieur. — Elle sourirait aux allants et aux venants tout comme à moi? » — Joannetti ne répondit rien. — Je m'étendis dans mon fauteuil, et, baissant la tête, je me livrai aux méditations les plus sérieuses.

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