‹ La perse en automobile à travers la Russie et la CaucaseChapitre 3 sur 21 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Cette brève histoire renferme une moralité.

Comment sept personnes raisonnables prirent-elles la résolution d'aller à Ispahan en automobile ?

Le désir de voyager en auto ailleurs que sur la route qui mène de Toulon à Nice, incita un de mes amis, le prince Emmanuel Bibesco, à parcourir la corniche de la Crimée. Il la visita d'abord sans quitter son domicile, en lisant son Bœdeker et en regardant les cartes. LeBaedeker lui apprit, entre autres choses, qu'il y a un service de bateaux de Sébastopol à Batoum au Caucase. C'est à ce moment, vers le i" janvier 1905, qu'il m'en parla.

Il faudrait ne rien savoir de la géographie pour ignorer que le Caucase est un pays de montagnes admirables et que les Russes y ont construit des routes. Nous voici donc voyageant au Caucase (toujours de la même paresseuse manière), remontant les vallées, franchissant les cols, nous reposant dans les villes. Et nous arrivons sur la carte à Bakou. La mer Caspienne nous arrête. Nous passons quelques jours dans la ville du pétrole.

Puis Emmanuel Bibesco revient me voir.

— Savez-vous où est Resht ? me dit-il.

— Resht en Perse ?

— Resht en Perse.

— Pas très loin de la mer Caspienne, au sud.

— Souvenez-vous que nous sommes à Bakou.

— Je vois les patroiiilles de cosaques dans les rues.

— Des bateaux à vapeur vont deux fois par semaine de Bakou à Enzeli, port de Resht...

Mon cœur commence à s'agiter.

— ht de Resht à Téhéran, continue-t-il, les Russes ont construit une route excellente de trois cent vingt-cinq kilomètres, où les automobiles...

PREFACE xr

— N'en dites pas davantage. Quand partons-nous ? Il fallut trois mois pour préparer ce départ.

Entre temps la révolution commençait en Russie. Les journaux étaient pleins des pires nouvelles. Celles qui venaient du sud nous intéressaient particulièrement. On annonçait à Odessa la grève générale ; Odessa était une de nos étapes. A Sébastopol, des émeutes éclataient dans les arsenaux; nous devions toucher à Sébastopol. Au Caucase, ce n'étaient que brigandages sur les routes, massacres dans les villes, pillage et assassinat partout, l'état de siège dans chaque gouvernement, l'anarchie régnant à Batoum, et les paysans de Gori révoltés proclamaient la République. Nous ne pouvions éviter de traverser le Caucase pour nous rendre en Perse.

Chaque jour les journaux donnaient deux colonnes de dépêches lugubres sur les choses russes. Il suffisait que nous missions une ville sur notre itinéraire pour qu'il lui arrivât malheur. Ainsi de Yalta. A peine avions-nous décidé de visiter Yalta, qu'elle était pillée...

Aussi les gens sages hochaient la tête, et lorsqu'ils apprenaient que nous emmenions deux jeunes femmes avec nous, ils nous traitaient de fous.

Pourtant rien ne nous retint. Aux premiers jours d'avril, nous étions tous à Bucarest. Et c'est là que je vais vous présenter nos compagnons de route : le prince Georges 'V^. Bibesco, sportsman émérite et fils d'un Bibesco doublement français, par les deux guerres auxquelles il prit part, celle du Mexique, celle de 1870; sa très jeune femme qui eut toujours avec elle, — où les trouvait-elle dans le désert? — des fleurs, et qui autant que les fleurs aime les vers, jus-

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