‹ La PerseChapitre 19 sur 51 · GRECQUE · texte numérisé non relu

GRECQUE

L'histoire de Perse, telle que nous l'ont transmise les Grecs, ne commence, à proprement parler, qu'au règne de Cyrus. Les auteurs originaux qui ont écrit la vie de ce prince, Hérodote, Ctésias et Xénophon, diffèrent souvent dans leurs récits, et on tenterait en vain de les concilier. Hérodote nous explique la cause de cette contradiction, en nous apprenant que de son temps il existait quatre traditions différentes sur Cyrus. .Nous pouvons donc admettre que les trois auteurs ont écrit avec une égale bonne foi. Il s'agit

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seulement de savoir giiel est celui qui a montré le plus de discernement dans le choix des traditions. Or, il est facile de voir que» dans son récit, Xénophon est infiuiment plus simple et plus éloi- ;né du merveilleux qu'Hérodote et Itésias, et que les actions et les pa.roles qu'il prête à son héros; conviennent parfaitement au caractère qu'on doit lui supposer, à n'en juger que par la vraisemblance. Mais une preuve tout à fait décisive en faveur de Xénophon, c'est l'accord admirable qui existe entre son livre et ce que l'Écriture nous apprend touchant Cyrus.

Cicéron, il faut en convenir, parait regarder la Cyropédie comme un roman historique, et non comme une véritable histoire (*); mais cet auteur ne soutient son opinion d'aucune

Sreuve; et peut-être aurait-il pensé ifféremment , s'il avait eu le contrôle que nous possédons dans nos livres saints. On peut d'ailleurs concilier jusqu'à un certain point les deux opinions, en disant que Xénophon s'est plu à embellir son sujet en y ajoutant quelques détails étrangers, sans altérer toutefois les faits importants. Le précis des trois narrations donnera au lecteur les moyens déjuger. Voici d'abord la relation d'Hérodote i

Astyage, roi des Mèdes, avait une fille unique appelée Mandane. Ayant rêvé que cette princesse rendait une si grande quantité d'eau, que toute l'Asie en était inondée, il consulta les devins qui lui dirent que de sa fille naîtrait un prince qui serait un jour souverain de toute l'Asie. Craignant les résultats de cette prédiction, Astyage ne voulut point marier sa tille en Médie, et il la donna à Cambyse, Perse d'une condition élevée, mais qui n'aurait pas pu soutenir par sa puissance et ses richesses l'ambition de son ûls. Un an après ce mariage, il eut un nouveau songe, et crut voir sortir de Mandane une vigne qui couvrait toute l'Asie.

(*) Cyrus ilie a Xénophon le, non ad historiée fidem scriptus , sed ad effigûem jmti .imperfi. Voy. la pttaùiàr* lettre 4e Cv&pa à son frère Quintus.

Les mages déclarèrent que ce songe indiquait que le fils qui naîtrait de Mandane enlèverait la couronne à son grandpère. Pour éviter ce malheur, Astyage appela en Médie sa fille qui était alors enceinte, dans l'intention de faire périr l'enfant dont elle accoucherait.

Bientôt Mandane mit au monde un fils. Le roi ordonna à Harpage, sur lequel il se reposait du soin de toutes ses affaires, de faire mourir l'enfant.

«Seigneur, répondit- Harpage, j'ai toujours cherche à vous plaire; si vous voulez q^ l'enfant meure, j'obéirai à vos ordres. » Harpage prit l'enfant couvert de riches ornements, et s'en retourna chez lui. En abordant sa femme, il lui raconta tout ce qu' Astyage lui avait dit, ajoutant qu'il n'exécuterait point par lui-même les ordres de ce prince.

Aussitôt il lit venir un berger ap-

Selé Mitradate; sa femme, esclaye 'Astyage , ainsi que lui , se nommait Spach. Le berger que l'on avait mandé en diligence étant arrivé , Harpage lui parla ainsi : « Astyage te commande de prendre cet enfant , et de l'exposer sur la montagne la plus déserte, afin ausï\ périsse promptement. H m'a ordonne aussi oe te (lire que , si tu ne le fais pas mourir , et que tu lui sauves la vie de quelque manière que ce soit, il te fera périr par le supplice le plqs cruel. »

Mitradate prit l'enfant , et retourna à sa cabane. Dès qu'il y fut arrivé , il dit à sa femme : Je n'ai pas plutôt été dans la ville , que j'ai vu et entendu des choses que ie voudrais bien n'avoir ni vues ni entendues; et plût aux dieux qu'elles ne fussent jamais arrivées à nos maîtres ! Toute la maison d 'Harpage était en pleurs; frappé d'effroi , je pénètre dans l'intérieur, je vois à terre un enfant qui pleurait , qui palpitait. Il était couvert de drap d'or et de langes de diverses couleurs ; Harpage ne m'eût pas plutôt aperçu qu'il me commanda d emporter promptement cet enfant, et de l'exposer sur la montagne la plus fréquentée par les bétes féroces : il m'a assuré que c'était Astyage lui-même qui me

donnait cet ordre, et m'a fait de grandes .menaces si je manquais à, l'exécuter.

' Chemin faisant , j'ai appris que l'enfant est. le fils de Man*lane et de Cam- ;byse, et qu'Astyage ordonne qu'opte , fasse, mourir.

En achevant «es mots, Mitrpdate , découvre le petit Cyrus. Charmée de , fca beauté , la femme du berger supplie son mari de ne point l'exposer. « Je suis , accouchée v dit-elle , dîun enfant mort , va lé, porter. sur Ja montagne, et nourrissons celui de la fille d' Astyage, cpmme s'il était à nous. P^r ce moyen , on ne courra pas te convaincre d'avoir offense tes maîtres, et nous aurons pris un bon parti : notre xenfant mort aura une sépulture royale , et celui qui reste ne perdra point la vie. »

Le berger suivit le conseil de sa femme. Trois jours après, ayant laissé pour garder le corps de l'enfant ,im des bergers qui etaient.sous.ses ordres , il se rendit chez Harpage, et luj dit

3u'il était prêt à lui montrer le caavre de l'enfant. Harpage ayant envoyé avec lui .ses gardes les plus affidés , fit , sur leur rapport , donner la sépulture au fils de IVlitradate. Cyrus étant âgé de dix. ans , eut une aventure qui le .fit reconnaître. ^1 jouait avec d'autres enfants de sou âge , qui l'élurent pour leur roi. Il distribuait à l'un la place d'inteudaqt de ses bâtiments; dej'autre il faisait un garde du corps ; celui - ci était l'œil du roi •(*) ; çeltu-là devait présenter les requêtes des particuliers : chaque pvait son emploi , selon ses talents et le jugement qu'en portait Cyrus. Le u> d Artembarès, grand seigneur mède, avant refusé d'obéir à Cyrus , fut frappé de verges. Outré d'un traitement si indigne de sa naissance, iJ porta plainte à son père. Artembarès alla trouver le roi, et, découvrant les épaules de sou fils : C'est ainsi , lui dit-il , que nous a outragés

<*) Cette dénaminarion subsiste toujours dans l'Orieot t et l'on appelle encore en Turquie Ayany c'est-à-dke Yeux, un officier municipal chargé de veiller à la aàreté des particuliers # au bqn qrdre de la flfye. &e mot Ayan est devenu fiançais. '

un de vos esclaves, le fils de votre berger. .

Astyage , voulant venger le fils d' Artembarès, envoya chercher Mitradate et Cyrus. Lorsque ceux-ci furent arrivés , le prince dit à Cyrus : « Comment as-tu osé traiter d'une manière si indigne le fils d'un des premiers de ma cour ?» — « Je l'ai fait , seigneur, avec justice, répondit Cyrus. Les enfants du village, du nombre desquels il, était, m'avaientehoisi , en jouant , pour être leur roi ; je leur en paraissais le plus digne : .tous exécutaient mes ordres.

Le fils cT Artembarès n'y eut aucun égard, et refusa de m'obéir. Je l'en ai puni ; si cette action mérite quelmie châtiment, me voici prêt a le .suhir. »

Les traits de cet enfant, sa réponse noble , son âge gui s'accordait avec le temps de l'exposition de son petit-fils , tout concourait à le faire reconnaître d' Astyage, gui demeura quelque temps sans pouvoir parler ; mais enfin , revenu à lui , et voulant renvoyer Artembarès afin de sonder Mitradate, s Artembarès, lui dit-il , vous n'aurez aucun sujet de vous plaindre de moi , ni vous , ni votre fils. » Ensuite il ordonna de conduire Cyrus dans l'intérieur du palais. Reste seul avec Mitradate, Astyage le presse et fiait par' apprendre de lui la vérité. Alors, pour se venger, il fit couper par morceaux le fils d'Harpage, qu'on servit ensuite dans un repas au père infortuné. Quant à Cyrus, les mages ayant déclaré que le songe avait eu son accomplissement lorsque les enfants l'avaient choisi pour leur roi , Astyage ne se mettant plus en peine de lui , le renvoya en Perse, ou Cambyse et Mandane le reçurent comme un enfant qu'ils avaient cru mort en naissant. Cyrus étant parvenu à l'âge viril , Ilarpage lui envoya dans le corps d'un hevre une lettre ainsi conçue :

« Fils de Cambyse, les dieux veillent sur vous, autrement vous ne seriez jamais parvenu à un si haut degré de fortune; vengez-vous d 'Astyage, votre meurtrie* ; jû ? tout frit pour vçus ôter la vie : si vous Vivez , c'est aux

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dieux et à moi que vous le devez. Vous avez sans doute appris , il y a longtemps, tout ce qu'il a fait pour vous pérore, et ce que j'ai souffert moimême pour vous avoir remis à Mitradate , au lieu de vous faire mourir. Si vous voulez suivre aujourd'hui mes conseils , tous les États d'Astyage seront à vous. Portez les Perses à secouer le joug; venez, à leur tête, attaquer les Mèdes ; l'entreprise vous réussira ; soit qu'A s ty âge me donne le commandement des troupes qu'il enverra contre vous , soit qu'il le confie à quelque autre des plus distingués d'entre les Mèdes. Les principaux de la nation seront les premiers à l'abandonner; ils se joindront à vous , et feront les plus grands efforts pour détruire sa

{missance. Tout est ici disposé pour 'exécution. Faites donc ce que je vous mande, et faites-le sans différer. »

Les Perses, qui depuis longtemps étaient indignés de se voir assujettis aux Mèdes, saisirent l'occasion dé reconquérir leur liberté. Astyage, ayant eu connaissance des menées de Cyrus, fit prendre les armes à tousles Mèdes ; et, dit Hérodote, comme si les dieux lui eussent ôté le jugement, il donna le commandement de son armée à Harpaçe , ne se souvenant plus de la manière dont il l'avait traite. Les Mèdes en vinrent aux mains avec les Perses, et Harpage^uivi de la plus grande partie de ses troupes, se joignit à Cyrus. Aussitôt qu'Astyage eut appris la défection des Mèdes , il fit mettre en croix les mages qui lui avaient conseillé de laisser partir Cyrus, marcha ensuite avec les troupes qui lui restaient , et livra bataille aux Perses. Il fut battu , et tomba entre les mains des ennemis.

Astyage perdit ainsi la couronne, après un règne de trente -cinq ans.

Cyrus le garda prè3 de lui jusqu'à sa mort, et ne lui fit point d'autre mal.

Cyrus retenait donc ainsi Astyage, son aïeul maternel. Crésus, roi de Lydie et allié delà famille d'Astyage, irrité à ce sujet contre Cyrus , avait envoyé consulter les oracles , pour savoir s'il pouvait lui faire la guerre.

D'après une réponse ambiguë, Crésus

se décida à entrer sur les terres des Perses.

Les deux armées s'essayèrent dans la partie de la Cappadoce appelée Ptérie9 par de violentes escarmouches.

On en vint ensuite à une action générale , où il périt beaucoup de monde des deux côtés : enfin la nuit sépara les combattants , sans que la victoire se fût déclarée en faveur de l'un ou de l'autre parti.

Crésus voyant que ses troupes étaient beaucoup moins nombreuses que celles de Cyrus , et que ce prince ne tentait pas une nouvelle attaque , retourna à Sardes , et envoya sommer ses alliés , par des hérauts , de se joindre à lui dans cinq mois.

Cyrus , instruit du dessein de Crésus , se décida à marcher vers Sardes, pour ne pas laisser aux Lydiens le temps d'assembler de nouvelles forces.

Cette résolution prise , il l'exécuta sans délai , et porta lui-même à Crésus la nouvelle de sa marche. Ce prince fit sortir les Lydiens, et les mena au combat.

Les deux armées se rangèrent en

bataille sous les murs de Sardes , dans

une plaine spacieuse et découverte,

traversée par l'Hyllus et par d'autres

- rivières qui se jettent dans FHermus.

Cyrus, craignant la cavalerie lydienne, rassembla tous les chameaux qui portaient les vivres et le bagage , et les fit monter par des hommes vêtus en cavaliers , avec ordre de marcher à la tête des troupes , contre la cavalerie de Crésus. Il commanda en même temps à l'infanterie de suivre les chameaux , et plaça la cavalerie derrière l'infanterie. Les troupes ainsi rangées, il opposa les chameaux à la cavalerie ennemie , parce que le cheval craint le chameau , et n'en peut soutenir ni la vue ni l'odeur. Les chevaux n'eurent pas plutôt aperçu et senti les chameaux, qu'ils reculèrent ; et les espérances de Crésus furent perdues. Cependant les Lydiens , ayant reconnu le stratagème , mirent pied à terre et attendirent les Perses ae pied ferme. Mais enfin , après une perte considérable de part et d'autre, ils prirent la fuite, et se renfer-

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