‹ La peste démocratiqueChapitre 1 sur 9 · BRUXELLES · texte numérisé non relu

BRUXELLES

A. MANCEAUX, LIBRAIRE-ÉDITEUR IMPRIMEUR DE L’UNIVERSITÉ DE BRUXELLES Rue des Trois-Têtes, 12 (Montagne de la Cour).

(MORBUS DEMOCRATICUS)

Quand je vois nos hommes d’Êtat se faire les apôtres du suffrage universel et jeter les trésors de civilisation accumulés par de longs siècles de travaux, dus à l’élite de notre espèce, en pâture à ce troupeau de bipèdes encore plongés dans les ténèbres des époques de la pierre brute du miocène, et certainement hors d’état de discerner même ce qui est leur véritable intérêt, je m’étonne de ces abîmes d’aveuglement de la part d’esprits très distingués sous certains rapports. Je l’explique par l’influence d’une épidémie particulière à notre temps, le morbus democraticus.

D r Pantaleoni, sénateur du royaume d’Italie.

Le morbus democraticus, autrement dit la peste démocratique, n’est pas une maladie nouvelle; loin de là. Il y a longtemps quelle a fait son apparition sur le globe : elle a existé à l’état endémique, tantôt d’un côté tantôt d’un autre, selon le degré d’avancement des diverses civilisations. Mais, à l’époque actuelle, elle commence à devenir épidémique, et elle menace l’humanité entière.

Beaucoup d’auteurs ont traité de cette maladie. Mais il importe de s’en occuper plus sérieusement qu’on ne l’a fait jusqu’aujourd’hui.

En effet, la peste démocratique est une affection cérébrale qui atteint les plus belles intelligences comme les plus ordinaires, et si on ne trouvait les moyens de s’opposer à ses ravages, il serait à craindre qu’elle ne finît par faire de l’humanité entière une collection d’aliénés, et de la terre une immense maison de fous. El ce trouble cérébral est d’autant

plus inquiétant pour ceux qui le présentent, et par conséquent pour la société dans laquelle ils vivent, que loin de se croire malades, ils s’imaginent être dans le meilleur état de santé, persuadés que ce sont les autres, ceux qui ne raisonnent pas comme eux, qui sont atteints de la peste et dangereux pour l’ordre social.

Je considère donc comme un devoir d’attirer spécialement, sur cette maladie, l’attention de ceux qui s’occupent de la société, de sa constitution et de sa marche régulière. C’est ce qui m’a engagé à en donner ici une monographie assez développée.

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