AM)HÉ
Non, merci.
LOGERAIS
Allons!... Accepte, va!... .roublierai de te le retenir.
A. Ml RÉ
Vraiment, je nai besoin de rien.
LOGERAIS
Quel drôle de jeune homme tu fais ?... Dis-moi, est-ce que vous êtes tous aussi graves, dans ta génération ?
Tous, non, mais nous sommes beaucoup...
LOGERAIS
Eh bien, ca doit être gai... Ma parole, on ne sait plus s'amuser... Ah! quand j'avais ton âge!... Si j'avais eu à ma disposition autant d'argent que tu en as, j'aurais fait une autre figure que la tienne. Il n'y a plus de jeunesse. Ma parole, il n'y a plus de jeunesse... Nous, nous remplissions le boulevard de nos chansons, la nuit, en sortant des brasseries, avec une grisette à chaque bras... Mais vous...
ANDRÉ
Ça ne nous amuse pas.
LA l'ETITE AMIE
LOGERAIS
Je me demande ce qu'il vous faut !. .
ANDRÉ
Nous n'en savons rien,
LOGERAIS
On chantait : J\ii un pied qui remue... ou : Joséphine arrête la macliinr .. Non : Joséphine, c'est plus moderne... Enfin, on chantait, on chantait n'importe quoi, mais on chantait. . . On aimait n'importe qui, mais on aimait... [Déclamanl.) Donnez-moi vos vingt ans si vous n'en faites rien 1 ANDRÉ, 1res siinpleinenl.
Je n'ai pas le goût d'aimer n'importe qui.
Il te faudrait des duchesses...
ANDRÉ
Ah! mon Dieu non! Mais je suis un sentimental, un casanier.., Tiens, il y a des moments où je regrette que tu m'aies empêché d'épouser mademoiselle Uadety.
LOGERAIS
Avec dix mille francs de dot...
ANDRÉ
Je sais ijien... Tu as peut-être raison... Mais enfin, j'ai vingt-trois ans ..
LOGERAIS
Tu ne me feras pas croire que tu n'as pas quelque part une petite amie à qui tu offres de
temps en temps un banquet à deux couverts ? Hein?... Allons! je ne te demande pas de me dire tes secrets. Seulement, écoute-moi : Méfietoi, précisément du côté sentimental de ton caractère. Je sais ce que c'est que la vie. Il faut que jeunesse se passe. Jette ta gourme. Mais pas de liaison, hein!... Pas de femmes mariées. Ou alors, sois d'une extrême prudence... Le mieux, vois-tu, c'est de rencontrer une personne pas farouche, pas trop exigeante, et dont le bonnet voltige de lui-même par-dessus les moulins. Et tâche qu'elle soit gaie... tu es sérieux pour deux. . Tu suivras mon conseil ?
ANDRÉ
Je verrai...
Alors, pas besoin d'une petite subvention !... «Le père est un caissier donnépar la nature... «Nous chantions cela, dans le temps... Si l'on m'avait dit, par exemple, qu'il me faudrait pousser mon fils à la dépense... Enfin!... Alors, va mon vieux, va à ton banquet du Sud de l'Afrique. . {Moqueur.) Et prenez garde de faire du bruit...
ANDRÉ
Bonsoir, père. Maman est déjà prévenue, doisje l'attendre ?...
LOGERAIS
Mais non, mais non. Je t'excuserai. Va. [Enlre
Març/uerite.)
56 LA l'ETITE AMIE
MARGUERITE
Oh! pardon, monsieur Logerais... je vous dérange ?
LOGERAIS
Pas du tout.
MARGUERITE, à André.
Bonjour, monsieur.
ANDRÉ
Bonjour, mademoiselle. [Il sorL)
LOGERAIS
Qu'est-ce qu'il y a, mon petit chat?
Nous ne savons pas quel velours il faut mettre sur le modèle pour Arras ?
LOGERAIS
Du velours de soie, mon petit chat, du velours de soie, {Entre madame Logerais.) N'est-ce pas, nous garnissons de velours de soie le modèle de madame Dubois?
MADAME LOGERAIS
Oui, oui, oui
MARGUERITE
Bien, madame. [Elle sort.)
LA l'ETlTE AMIE 57