‹ La petite amie; pièce quatre actesChapitre 13 sur 46 · AM)HÉ · texte numérisé non relu

AM)HÉ

Non, merci.

LOGERAIS

Allons!... Accepte, va!... .roublierai de te le retenir.

A. Ml RÉ

Vraiment, je nai besoin de rien.

LOGERAIS

Quel drôle de jeune homme tu fais ?... Dis-moi, est-ce que vous êtes tous aussi graves, dans ta génération ?

Tous, non, mais nous sommes beaucoup...

LOGERAIS

Eh bien, ca doit être gai... Ma parole, on ne sait plus s'amuser... Ah! quand j'avais ton âge!... Si j'avais eu à ma disposition autant d'argent que tu en as, j'aurais fait une autre figure que la tienne. Il n'y a plus de jeunesse. Ma parole, il n'y a plus de jeunesse... Nous, nous remplissions le boulevard de nos chansons, la nuit, en sortant des brasseries, avec une grisette à chaque bras... Mais vous...

ANDRÉ

Ça ne nous amuse pas.

LA l'ETITE AMIE

LOGERAIS

Je me demande ce qu'il vous faut !. .

ANDRÉ

Nous n'en savons rien,

LOGERAIS

On chantait : J\ii un pied qui remue... ou : Joséphine arrête la macliinr .. Non : Joséphine, c'est plus moderne... Enfin, on chantait, on chantait n'importe quoi, mais on chantait. . . On aimait n'importe qui, mais on aimait... [Déclamanl.) Donnez-moi vos vingt ans si vous n'en faites rien 1 ANDRÉ, 1res siinpleinenl.

Je n'ai pas le goût d'aimer n'importe qui.

Il te faudrait des duchesses...

ANDRÉ

Ah! mon Dieu non! Mais je suis un sentimental, un casanier.., Tiens, il y a des moments où je regrette que tu m'aies empêché d'épouser mademoiselle Uadety.

LOGERAIS

Avec dix mille francs de dot...

ANDRÉ

Je sais ijien... Tu as peut-être raison... Mais enfin, j'ai vingt-trois ans ..

LOGERAIS

Tu ne me feras pas croire que tu n'as pas quelque part une petite amie à qui tu offres de

temps en temps un banquet à deux couverts ? Hein?... Allons! je ne te demande pas de me dire tes secrets. Seulement, écoute-moi : Méfietoi, précisément du côté sentimental de ton caractère. Je sais ce que c'est que la vie. Il faut que jeunesse se passe. Jette ta gourme. Mais pas de liaison, hein!... Pas de femmes mariées. Ou alors, sois d'une extrême prudence... Le mieux, vois-tu, c'est de rencontrer une personne pas farouche, pas trop exigeante, et dont le bonnet voltige de lui-même par-dessus les moulins. Et tâche qu'elle soit gaie... tu es sérieux pour deux. . Tu suivras mon conseil ?

ANDRÉ

Je verrai...

Alors, pas besoin d'une petite subvention !... «Le père est un caissier donnépar la nature... «Nous chantions cela, dans le temps... Si l'on m'avait dit, par exemple, qu'il me faudrait pousser mon fils à la dépense... Enfin!... Alors, va mon vieux, va à ton banquet du Sud de l'Afrique. . {Moqueur.) Et prenez garde de faire du bruit...

ANDRÉ

Bonsoir, père. Maman est déjà prévenue, doisje l'attendre ?...

LOGERAIS

Mais non, mais non. Je t'excuserai. Va. [Enlre

Març/uerite.)

56 LA l'ETITE AMIE

MARGUERITE

Oh! pardon, monsieur Logerais... je vous dérange ?

LOGERAIS

Pas du tout.

MARGUERITE, à André.

Bonjour, monsieur.

ANDRÉ

Bonjour, mademoiselle. [Il sorL)

LOGERAIS

Qu'est-ce qu'il y a, mon petit chat?

Nous ne savons pas quel velours il faut mettre sur le modèle pour Arras ?

LOGERAIS

Du velours de soie, mon petit chat, du velours de soie, {Entre madame Logerais.) N'est-ce pas, nous garnissons de velours de soie le modèle de madame Dubois?

MADAME LOGERAIS

Oui, oui, oui

MARGUERITE

Bien, madame. [Elle sort.)

LA l'ETlTE AMIE 57

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