SCÈNE m L0(;ERA1S, puis JEANNE
LOGERAIS, prend un chapeau cl ca à la porte
de l'atelier.
Mademoiselle Jeanne. [Jeanne parait, beaucoup mieux habillée qu'au premier acte.)
JEANNE
Monsieur ?
LOGERAIS, ;je//rfa/?/ ejuelle referme la porte
Savez-vous de quelle maison vient la soie de ce... {La porte fermée, il pose le chapeau sur le comptoir., A Jeanne, humblement :) Tu n"es pas venue, hier?
JEANNE
Non, monsieur.
LOGERAIS, très doux.
Pourquoi me dis-tu : « Monsieur » ? Il n'y a personne.
JEANNE
Vous me Tavez si souvent recommandé.
LOGERAIS, de même.
Autrefois, dans les commencements, lorsque je ne croyais pas (fue j'aurais pour toi une afTcction comme celle qui m'est venue ..Je n'en ai jamais connu d'aussi méchante que toi... tu me réponds
LA l'iniTE AMIE 117
mal .. lu me trompes, oui... lu me trompes... {Avec prière.) Combien de foi.s t'ai-je deuiaiidé de ne plus revoir le bijoutier?
.lEANNE
Je no le revois plus.
LOGERAIS, Irisle ci soumis.
Si ! Tu le revois, je le sais... Je te dis : Je n'en ai jamais connu d'aussi méchante que loi, et jamais je n'ai aimé personne autant que je t'aime. Pourquoi n'es-tu pas venue ? Je t'ai attendue jusqu'à sept heures et demie.
JEANNE
Je n'ai pas pu.
LOGERAIS, honleu-T.
Tu étais peut-être avec .. [Regard à la fenêtre,)
JEANNE
Non!
LOGERAIS, pitui/ahle.
C'est bien vrai ?... Je ne demande qu'à te croire, moi. Seulement, tu ne te donnes même pas la peine d'inventer une excuse.
JEANNE
Je n'ai pas besoin d'excuse. Je n'ai rien fait de mal.
LOGERAIS
Vrai... Si c'était vrai... {Parlant à la manière des enfants.) Si c'était vrai que ne petit coco séri n'aimait touzours son vieux toutou, ne vieux tou-
tou ne ferait une tile surprise à son petit coco séri... C'est vrai, dis ?
JEANNE
Oui.
Lor.EHAis Tu ne le jurerais })as ?
JEANNE, avec une iapr sur Ja jonc Je te le jure, gros bébé
LOCERAIS, ému.
Merci... Tu es bien gentille... bien gentille... Tu comprends, moi, je suis vieux, il n'y a que loi qui m'aime... [Silence. Larme à ra'il.] Alors, lu viendras demain soir, dis?
JEANNE
Il y aura la petite surprise ?...
LOfiEHAIS
Voui !
JEANNE
Alors, c'est entendu.
LOGERAIS
Merci. [Il lai haise la main fuiiiccmenl. — /:lli' sori .]
SCÈiNE IV * L0(;ERA1S, ?i»/s MAR(;rEUITE, piii^i AM)[ÎÉ
LOGERAIS, après avoir regardé chez les bijoutiers. Il ricane, lui, là-haut... (Entre Marguerite.)
MARCIERITE
Monsieur Logerais?
LOGERAIS, avec une sorte de déférence.
Qu'est-ce qu'il y a, mademoiselle Marguerite ?
MAROUERITE
Je voulais vous demander la permission de m'absenter pendant deux heures.
LOGERAIS
A quel moment?
MARGIIERITE
J'aurais besoin de partir dans dix minutes. .
LOGERAIS
C'est entendu... [Elle va pour sortir.) Mademoiselle Marguerite?
Monsieur Logerais ?
LOGERAIS
Vous avez l'air d'être mal portante depuis quelque temps.
MARC.UEKITE
Oui, monsieur, je suis un peu malade... C'est pour aller chez le médecin que je vous demandais la permission de sortir.
LOGERAIS
Il faut vous soigner .. Vous êtes une brave, une honnête fille... il ne faut pas que vous tombiez malade... Nous vous aimons et nous vous estimons beaucoup.
MARGUERITE
J'en suis très heureuse.
LOGERAIS
Ah ! je n'en dirais pas autant à tout le monde, ici... Léontine, par exemple... et Jeanne ?.. [Après un silence.) Elle a un des bijoutiers d'en face, n'est-ce pas?
MARGUERITE
Je ne sais pas, monsieur.
LOGERAIS
Oh ! c'est le secret de Polichinelle.
Je ne sais pas 1
LOGERAIS
Maintenant, après tout... peut-être qu'on se trompe. Le monde est si mauvais... Vous croyez que ce n'est pas vrai, vous? Ce n'est peut-être pas vrai ?
MARGUERITE
Peut-êtrabien!
LOGERAIS
N'est-ce pas?... (Regard à Marguerite. — Réflexion. — Peur d'en avoir trop dit.) Après tout, cela m'est indifférent... Du moment que le travail de l'atelier n'en souffre pas... chacun es libre, n'est-ce pas ?
MARGUERITE
Certainement ! [Entre André.)
LA PETITE AMIE iM
LOGERAIS, indifférent.
Tiens, André I Qu'est-ce que tu veux?
ANDBÉ
Rien. Voilà deux heures que je travaille, je venais flâner par ici...
LOC.EHAIS
Flâne, mon ami. (// va à la fenrlrc. Marguerile porte un chapeau auprès de lui.)
MARGUERITE, à voix hasse à André.
Alors, je vais chez le médecin directement?
ANDRE, de même.
Je t'y rejoins.
MARGUERITE
Je pars, monsieur Logerais ?
LOGERAIS
C'est cela. (File sort.)