‹ La petite amie; pièce quatre actesChapitre 26 sur 46 · SCÈNE m L0(;ERA1S, puis JEANNE · texte numérisé non relu

SCÈNE m L0(;ERA1S, puis JEANNE

LOGERAIS, prend un chapeau cl ca à la porte

de l'atelier.

Mademoiselle Jeanne. [Jeanne parait, beaucoup mieux habillée qu'au premier acte.)

JEANNE

Monsieur ?

LOGERAIS, ;je//rfa/?/ ejuelle referme la porte

Savez-vous de quelle maison vient la soie de ce... {La porte fermée, il pose le chapeau sur le comptoir., A Jeanne, humblement :) Tu n"es pas venue, hier?

JEANNE

Non, monsieur.

LOGERAIS, très doux.

Pourquoi me dis-tu : « Monsieur » ? Il n'y a personne.

JEANNE

Vous me Tavez si souvent recommandé.

LOGERAIS, de même.

Autrefois, dans les commencements, lorsque je ne croyais pas (fue j'aurais pour toi une afTcction comme celle qui m'est venue ..Je n'en ai jamais connu d'aussi méchante que toi... tu me réponds

LA l'iniTE AMIE 117

mal .. lu me trompes, oui... lu me trompes... {Avec prière.) Combien de foi.s t'ai-je deuiaiidé de ne plus revoir le bijoutier?

.lEANNE

Je no le revois plus.

LOGERAIS, Irisle ci soumis.

Si ! Tu le revois, je le sais... Je te dis : Je n'en ai jamais connu d'aussi méchante que loi, et jamais je n'ai aimé personne autant que je t'aime. Pourquoi n'es-tu pas venue ? Je t'ai attendue jusqu'à sept heures et demie.

JEANNE

Je n'ai pas pu.

LOGERAIS, honleu-T.

Tu étais peut-être avec .. [Regard à la fenêtre,)

JEANNE

Non!

LOGERAIS, pitui/ahle.

C'est bien vrai ?... Je ne demande qu'à te croire, moi. Seulement, tu ne te donnes même pas la peine d'inventer une excuse.

JEANNE

Je n'ai pas besoin d'excuse. Je n'ai rien fait de mal.

LOGERAIS

Vrai... Si c'était vrai... {Parlant à la manière des enfants.) Si c'était vrai que ne petit coco séri n'aimait touzours son vieux toutou, ne vieux tou-

tou ne ferait une tile surprise à son petit coco séri... C'est vrai, dis ?

JEANNE

Oui.

Lor.EHAis Tu ne le jurerais })as ?

JEANNE, avec une iapr sur Ja jonc Je te le jure, gros bébé

LOCERAIS, ému.

Merci... Tu es bien gentille... bien gentille... Tu comprends, moi, je suis vieux, il n'y a que loi qui m'aime... [Silence. Larme à ra'il.] Alors, lu viendras demain soir, dis?

JEANNE

Il y aura la petite surprise ?...

LOfiEHAIS

Voui !

JEANNE

Alors, c'est entendu.

LOGERAIS

Merci. [Il lai haise la main fuiiiccmenl. — /:lli' sori .]

SCÈiNE IV * L0(;ERA1S, ?i»/s MAR(;rEUITE, piii^i AM)[ÎÉ

LOGERAIS, après avoir regardé chez les bijoutiers. Il ricane, lui, là-haut... (Entre Marguerite.)

MARCIERITE

Monsieur Logerais?

LOGERAIS, avec une sorte de déférence.

Qu'est-ce qu'il y a, mademoiselle Marguerite ?

MAROUERITE

Je voulais vous demander la permission de m'absenter pendant deux heures.

LOGERAIS

A quel moment?

MARGIIERITE

J'aurais besoin de partir dans dix minutes. .

LOGERAIS

C'est entendu... [Elle va pour sortir.) Mademoiselle Marguerite?

Monsieur Logerais ?

LOGERAIS

Vous avez l'air d'être mal portante depuis quelque temps.

MARC.UEKITE

Oui, monsieur, je suis un peu malade... C'est pour aller chez le médecin que je vous demandais la permission de sortir.

LOGERAIS

Il faut vous soigner .. Vous êtes une brave, une honnête fille... il ne faut pas que vous tombiez malade... Nous vous aimons et nous vous estimons beaucoup.

MARGUERITE

J'en suis très heureuse.

LOGERAIS

Ah ! je n'en dirais pas autant à tout le monde, ici... Léontine, par exemple... et Jeanne ?.. [Après un silence.) Elle a un des bijoutiers d'en face, n'est-ce pas?

MARGUERITE

Je ne sais pas, monsieur.

LOGERAIS

Oh ! c'est le secret de Polichinelle.

Je ne sais pas 1

LOGERAIS

Maintenant, après tout... peut-être qu'on se trompe. Le monde est si mauvais... Vous croyez que ce n'est pas vrai, vous? Ce n'est peut-être pas vrai ?

MARGUERITE

Peut-êtrabien!

LOGERAIS

N'est-ce pas?... (Regard à Marguerite. — Réflexion. — Peur d'en avoir trop dit.) Après tout, cela m'est indifférent... Du moment que le travail de l'atelier n'en souffre pas... chacun es libre, n'est-ce pas ?

MARGUERITE

Certainement ! [Entre André.)

LA PETITE AMIE iM

LOGERAIS, indifférent.

Tiens, André I Qu'est-ce que tu veux?

ANDBÉ

Rien. Voilà deux heures que je travaille, je venais flâner par ici...

LOC.EHAIS

Flâne, mon ami. (// va à la fenrlrc. Marguerile porte un chapeau auprès de lui.)

MARGUERITE, à voix hasse à André.

Alors, je vais chez le médecin directement?

ANDRE, de même.

Je t'y rejoins.

MARGUERITE

Je pars, monsieur Logerais ?

LOGERAIS

C'est cela. (File sort.)

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