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MARGUERITE
Trois cent vingt-deux francs. Je travaillerai tant que je pourrai. Après, cet argent me fera vivre jusqu'à mes couches. Je connais une sagefemme qui ne prend que quarante-cinq francs pour les neuf jours. J'irai là... Après, on verra.
LOCEHAIS
Vous comprenez bien, mon petit, que je ne vais pas vous laisser partir comme cela. Vous vous figurez avec trois cent vingt-deux francs pouvoir vivre pendant plusieurs mois! Vous allez nous laisser vous aider un peu.
Non, monsieur.
LOGERAIS
Si. Ne soyez pas orgueilleuse. Si vous le désirez, André n'en saura rien.
MARGUERITE
Oh! qu'est-ce que ça peut me faire qu'il sache, ou qu'il ne sache pas, maintenant...
LOGERAIS
Vous auriez peut-être le droit de refuser, s'il ne s'agissait que de vous. Mais il s'agit de votre enfant dont il faudra bien payer les mois de nourrice. Enfin, supposez qu'il tombe malade parce que vous n'auriez pas eu de quoi le faire soigner, est-ce que vous ne vous reprocheriez pas, à ce moment, votre fierté d'aujourd'hui. Dites?
MARGUERITE
Faites comme vous voudrez I
LOGERAIS
Je vais vous donner... voyons... je vais vous •donner mille francs...
MARGUEMITE
Mille francs !
LOGERAIS
Ah ! mon petit chat, il m'est absolument impossible de dépasser ce chiffre... Les affaires sont mauvaises, vous le savez...
MARGUERITE, simplement.
Mais, monsieur... je trouvais que c'était trop 1
LOGERAIS
C'est beaucoup, en effet, mais je ne veux pas que '^ous ayez le moindre reproche à nous adresser. .)e A'ais vous donner un chèque, cela vous est égal... je n'ai pas d'argent en caisse.
MARGUERITE
Oh ! cela m'est égal.
LOGERAIS
Seulement, entendons-nous bien. Cette somme représente la totalité de ce dont je puis disposer pour vous.
MARGUERITE
Je comprends bien, monsieur l^ogerais.
LOGERAIS
Et je vous la donne à la condition formelle que
LA l'ETlTK AMIC 153
Ivous ne reverrez plus André... Cela, vous me l'avez juré... et à cette autre condition que vous ne nommerez mon tils à personne.
MARdlEHITE
Je vous le jure.
Vous m'avez bien compris?
MARGUERITE
Oui, monsieur Logerais.
LOGERAIS
Asseyez-vous une minute, je vais vous préparer cela- (Il prend son trousseau de clefs dans sa poche et disparaît par la porte de droite. Il revientpresque aussitôt avec un carm't de chèques à la main.) Voilà! [Il s^installe nu pupitre et écrit.) Nous sommes le vingt-quatre...
MARGUERITE
Le vingt-cinq, monsieur Logerais.
LOGERAIS
Le vingt-cinq, c'est juste. [Long silen<ie. Logerais rédige son chèque avec précision.) Mille francs... Payez à mademoiselle Marguerite... Barier... votre nom de famille, n'est-ce pas?
MARGUERITE
Oui, monsieur.
LOGERAIS
Avec un R.
MARGUEKITE
Avec un R.
LOGERAIS
... Ou à son ordre, la somme de mille francs. (// signe et sèche Vencre avec son haleine.) Vous n'avez qu à aller au Comptoir d'Escompte, à l'agence de la place de la Bourse... Vous savez?...
MARGUERITE
Oui, monsieur.
LOGERAIS, lui donnant le chèque.
Voilà... Et vous n'oubliez pas nos conventions?
MARGUERITE
Non, monsieur... Merci, monsieur... [Après avoir plié le chèque et Vavoir mis clans son portemonnaie.) Est-ce que je dois partir tout de suite?
LOGERAIS, avec douceur.
Non. Finissez votre journée... Vous êtes sur la commission Bouchard et Chalmet.
MARGUERITE
Oui, monsieur.
LOGERAIS
Qu'est-ce qu'il reste encore?
MARGUERITE
Trois bords plats, deux pailles et quatre N° 23. 11 manque six garnitures bleues et deux mauves.
LOGERAIS, se dirif/eant vers la jjorte de droile. Envoyez-les chercher boulevard Saint-Martin, finissez cela... et soignez bien les N° 23.
-MARGIERITE
Oui, monsieur Logerais. [Elle sort.)
LOGERAIS revient avec le livre du premier acte. Il r ouvre et écrit.
Mille francs. (Entre madame Lofjerais.)