‹ La petite Cendrillon;Chapitre 19 sur 25 · C E N DR I L L ON · texte numérisé non relu

C E N DR I L L ON

Jaune potiron ; c'est la mode.

Ht R L I F L O R.

Allons, je vois que vous vous obstine? à taire votre rang, mais vous avez un nom peut-être ?

CENDRILLON, Ct part.

Ah ! mon dieu ! moi qui ai oubliée de demander à ma marraine comment je m'appellerais !

MIRLIFLOR

Eh bien î vous restez muette, femme incomparable!... Cet embarras, ce silence, ce trouble ont trahi votre incognito... Oui, vous êtes la fille d'un roi... Ah ! par pitié , dites-moi, au moins le nom de votre royaume.

Ce n'est pas le Pérou.

MIRLIFLOR

Eh! qu'a-t-on besoin de trône, quand on sait, comme vous, réunir attraits, charmes, appas...

cendrillon, à part.

Ses expressions respirent la passion et me font une impression... ( II indique la salle oh est la société. ) Si nous pastions...

MIRLIFLOR

Ah ! restez, de grâce, je ne suis heureux qu'avec vou».

cendrillon.

Quoi ! auriez-vous des chagrins ?

MIItliIFLO R,

Des chagrins... Ah ! oui, j'en ai.

Eh ! qui peut vous en faire ? vous avez l'air si bonhomme ?

MIRLIFLOR

C'est dans le sang.

Air : L'Amour est un enfant. .

Je n'ai jamais connu la haine , Mon caractère est la douceur ; La mort d'un poulet me fait peine, Et ses cris me saignent le cœur.

Sensible à l'extrême ,

Je vous dirai même, Que lorsqu'on frappe un animal , Ça me fait mal. (bis..)

GENDRILLON.

Ne venez-vous pas de dire que vous n'avez jamais connu la haine !

MIRLIFLOR

Jamais.

Et l'amour?

HIRLIFLOR.

Pas davantage.

CENDRILLON, a part.

Ah ! quel bien il me fait !

MIRLIFLOR

Et vous?

Air de la générale.

Jamais homme , en vérité ,

Ne m'a rien été. ( £fi>is) Et jamais , j'en réponds bien ,

Ne me sera rien. ( 4>fois)

«IRLIILOR, se jetant à genoux.

Même air.

Ah ! révoquez , s'il vous plaît , Ce cruel arrêt , Ce fatal arrêt , 'Cet injuste arrêt , Ce barbare arrêt.

Qu'au moins je puisse entrevoir, Jaloux de vous voir , L'espoir de pouvoir , Un jour vous revoir, Et vous émouvoir.

( On entend la reprise du chœur. )

Jusques à demain , etc.

Seigneur, levez-vous. La compaguie vient ce cote.

MIRLIFLOR

Non, je ne me relève pas que vous ne m'ayez promis... ( Il lui prend la main. )

CENDRILLON, la retirant brusquement.

Laissez-moi.

( Elle s'éloigne de Mirliflor qui tombe et se relève aussitôt. )

mirliflor, se relevant.

Elle est charmante ! Ah ! nous sommes ne's l'un pour l'autre.

( 3o ) SCENE XV.

Les Précédens, M. de la CANARDIÈPE, MADELOIV JAVOTTE, Danseurs, et Danseunes.

m. de la canardière, entre deux vins à ses filles.

Je vais lui parler. {A Mirliflor. ) Seigneur, vons voyez mille et mille beautés toutes plus enivrantes les unes que les autres, qui n'aspirent, ne respirent et ne soupirent qu'après le moment de développer les charmes, les talens...

m a b e l o n , bas a son père.

Mon père, taisez-vous.

Tais-toi donc... les charmes, les talens...

j A v o t t e , bas a son père.

Vous nous compromettez, mon père.

M. DE LA C A N A R D I È R E, bas.

Finis donc... et les grâces, pour la danse, de la couronne et du chant,..

MIRLIFLOR

Je vous devine... mais, dites-moi : mes gens ont-ils en soin de vous ? vous ont-ils fait rafraîchir ? m. de la canardière. Je suis comblé de leurs prévenances.

A la bonne heure... Prenons place. { On se range des deux cotés. )

M. DE LA CANARDIERE, à Mirliflor.

Avec votre permission... ( Montrant ses filles. ) Ces deux enfans vont entrer en lice les premières, et quelque soit votre arrêt, croyez que je suis soumis, d'avance à...

( La Fée paraît dans le fond. )

MIRLIFLOR

Commencez, belle Madelon.

m. de la- canardiere, a Madelon.

Chante l'air: Quoi ! l'amour de ses traits, ne t'a jamais percé. ( La Fée étend sa baguette vers Madelon. ) m a d E l o n , voulant chanter.

Quoi î... ( Elle n'en peut pas dire davantage*}

M. DE LÀ CABABDlhEjà Mirliflor.

Quoi de plus pur que ce quoi là ? ( A Madelon. ) Allons ? de la hardiesse !

madelon, essayant encore.

Quoi ! ( Même jeu que plus haut. On rit. )

M 1 RL l F L OR.

Quoi ! qu'est-ce qui vous arrête ?

madelon, de même.

Quoi ! ( On rit plus fort. )

Ce que c'est que la timidité ! l'agitation !

MIRLIPLOR.

Allez vous remettre un peu à votre place, pendant que votre sœur va danser-.. A vous, séduisante Javotte.

M. DE LA CANARDIÈRI, à Mirlîflor.

Oh ! pour celle-là, c'est une espiègle, rien ne l'intimide. ( A Javotte. ) Danse le pas de trois de dimanche dernier.

( La Fée étend sa baguette vers Javotte , qui lève la jambe 7 et donne un coup de pied à M. de la Canardière , au moment oh il se retourne pour faire admirer à Mirliflor le pied de sa fille. )

Voyez quel rond de jambe ! Elle vous en réserve bien d'autres.

( Javotte reste une jambe en V air un moment, la baisse , la relève et n'en peut pas faire davantage. )

Eh bien ! va donc.

. ( Javotte recommence trois fois. On rit )

mirliflor, a la Canardière.

Il paraît que la jambe gauche n'est pas aussi exercée que la, droite.

Mais c'est donc le diable qui s'en mêle ? ( il lève les deux bras dans son mouvement de surprise, et reste les deux bras en Pair. ) En vérité, les bras m'en tombent !

mirliflor, a Cendrillon.

A votre tour , belle étrangère.

( La Fée disparaît et V enchantement de la Canardière cessé. )

Je n'ai pas assez de talent pour me faire prier..

MiRtiPtoR, avec prétention»

Le talent est le cachet de la modestie.

MADELON et JAVOTTE, Cl part.

Quelle vexation !

C'EN DRILLON.

Mais c'est que j'ai l'habitude de ne jamais danser sans Uft tambour de basque.

M1RL1FLOR

J'en ai toujours un tout prêt à tout événement.

. ( 77 lui donne un tambour de basque. )

CENDRILLON, chante d'abord en s } accompagnant du tambour de basque et danse pendant la ritournelle.

Air : Quand toi sortir de la case.

La pauvre et simple Colette , Travaillait la nuit , le jour, Tandis qu'en grande toilette, Ses sœurs brillaient à la cour j Et quand l'soir elF voulait maudire 1/ chagrin qu'flans l'jour elle avait eu , Tout bas un' voix venait lui dire :

H n'est pas de plaisir , de bonheur sans vertu.

madel-on , à part à Javotte.

Comme cela ressemble . . .

V'ià qu'tout-à-coup , transformée En un' dame du grand ton , Un jour , ell' se voit aime'e Par un seigneur du canton.

Ce chang'ment-là pouvait se'duire Son cœur , par l'orgueil combattu, Mais la voix v'nait toujours lui dire, Il n'est pas de plaisir , de bonheur sans vertu.

jÀvoTTE;*i part.

Comme le Prince la regarde.

CENDRILLOU.

Colett', jusqu'alors tranquille, Sent , pour la première fois , Qu'l'înnocence est bien fragile r Quand l'amour élèv' la voix.

Mais de cett' voix , bravant l'empire , Son cœur , bien loin d'en être abattu , N'écouta qu'celle' qui v'nait lui dire : Il n'est pas de plaisir , de bonheur sans vertu.

( Pendant la ritournelle du dernier couplet et la danse , minuit sonne sans que Cendrillon s^en aperçoive. JEHc n'entend que te dernier coup de Phorïogë. )

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