C E N DR I L L ON
Jaune potiron ; c'est la mode.
Ht R L I F L O R.
Allons, je vois que vous vous obstine? à taire votre rang, mais vous avez un nom peut-être ?
CENDRILLON, Ct part.
Ah ! mon dieu ! moi qui ai oubliée de demander à ma marraine comment je m'appellerais !
MIRLIFLOR
Eh bien î vous restez muette, femme incomparable!... Cet embarras, ce silence, ce trouble ont trahi votre incognito... Oui, vous êtes la fille d'un roi... Ah ! par pitié , dites-moi, au moins le nom de votre royaume.
Ce n'est pas le Pérou.
MIRLIFLOR
Eh! qu'a-t-on besoin de trône, quand on sait, comme vous, réunir attraits, charmes, appas...
cendrillon, à part.
Ses expressions respirent la passion et me font une impression... ( II indique la salle oh est la société. ) Si nous pastions...
MIRLIFLOR
Ah ! restez, de grâce, je ne suis heureux qu'avec vou».
cendrillon.
Quoi ! auriez-vous des chagrins ?
MIItliIFLO R,
Des chagrins... Ah ! oui, j'en ai.
Eh ! qui peut vous en faire ? vous avez l'air si bonhomme ?
MIRLIFLOR
C'est dans le sang.
Air : L'Amour est un enfant. .
Je n'ai jamais connu la haine , Mon caractère est la douceur ; La mort d'un poulet me fait peine, Et ses cris me saignent le cœur.
Sensible à l'extrême ,
Je vous dirai même, Que lorsqu'on frappe un animal , Ça me fait mal. (bis..)
GENDRILLON.
Ne venez-vous pas de dire que vous n'avez jamais connu la haine !
MIRLIFLOR
Jamais.
Et l'amour?
HIRLIFLOR.
Pas davantage.
CENDRILLON, a part.
Ah ! quel bien il me fait !
MIRLIFLOR
Et vous?
Air de la générale.
Jamais homme , en vérité ,
Ne m'a rien été. ( £fi>is) Et jamais , j'en réponds bien ,
Ne me sera rien. ( 4>fois)
«IRLIILOR, se jetant à genoux.
Même air.
Ah ! révoquez , s'il vous plaît , Ce cruel arrêt , Ce fatal arrêt , 'Cet injuste arrêt , Ce barbare arrêt.
Qu'au moins je puisse entrevoir, Jaloux de vous voir , L'espoir de pouvoir , Un jour vous revoir, Et vous émouvoir.
( On entend la reprise du chœur. )
Jusques à demain , etc.
Seigneur, levez-vous. La compaguie vient ce cote.
MIRLIFLOR
Non, je ne me relève pas que vous ne m'ayez promis... ( Il lui prend la main. )
CENDRILLON, la retirant brusquement.
Laissez-moi.
( Elle s'éloigne de Mirliflor qui tombe et se relève aussitôt. )
mirliflor, se relevant.
Elle est charmante ! Ah ! nous sommes ne's l'un pour l'autre.
( 3o ) SCENE XV.
Les Précédens, M. de la CANARDIÈPE, MADELOIV JAVOTTE, Danseurs, et Danseunes.
m. de la canardière, entre deux vins à ses filles.
Je vais lui parler. {A Mirliflor. ) Seigneur, vons voyez mille et mille beautés toutes plus enivrantes les unes que les autres, qui n'aspirent, ne respirent et ne soupirent qu'après le moment de développer les charmes, les talens...
m a b e l o n , bas a son père.
Mon père, taisez-vous.
Tais-toi donc... les charmes, les talens...
j A v o t t e , bas a son père.
Vous nous compromettez, mon père.
M. DE LA C A N A R D I È R E, bas.
Finis donc... et les grâces, pour la danse, de la couronne et du chant,..
MIRLIFLOR
Je vous devine... mais, dites-moi : mes gens ont-ils en soin de vous ? vous ont-ils fait rafraîchir ? m. de la canardière. Je suis comblé de leurs prévenances.
A la bonne heure... Prenons place. { On se range des deux cotés. )
M. DE LA CANARDIERE, à Mirliflor.
Avec votre permission... ( Montrant ses filles. ) Ces deux enfans vont entrer en lice les premières, et quelque soit votre arrêt, croyez que je suis soumis, d'avance à...
( La Fée paraît dans le fond. )
MIRLIFLOR
Commencez, belle Madelon.
m. de la- canardiere, a Madelon.
Chante l'air: Quoi ! l'amour de ses traits, ne t'a jamais percé. ( La Fée étend sa baguette vers Madelon. ) m a d E l o n , voulant chanter.
Quoi î... ( Elle n'en peut pas dire davantage*}
M. DE LÀ CABABDlhEjà Mirliflor.
Quoi de plus pur que ce quoi là ? ( A Madelon. ) Allons ? de la hardiesse !
madelon, essayant encore.
Quoi ! ( Même jeu que plus haut. On rit. )
M 1 RL l F L OR.
Quoi ! qu'est-ce qui vous arrête ?
madelon, de même.
Quoi ! ( On rit plus fort. )
Ce que c'est que la timidité ! l'agitation !
MIRLIPLOR.
Allez vous remettre un peu à votre place, pendant que votre sœur va danser-.. A vous, séduisante Javotte.
M. DE LA CANARDIÈRI, à Mirlîflor.
Oh ! pour celle-là, c'est une espiègle, rien ne l'intimide. ( A Javotte. ) Danse le pas de trois de dimanche dernier.
( La Fée étend sa baguette vers Javotte , qui lève la jambe 7 et donne un coup de pied à M. de la Canardière , au moment oh il se retourne pour faire admirer à Mirliflor le pied de sa fille. )
Voyez quel rond de jambe ! Elle vous en réserve bien d'autres.
( Javotte reste une jambe en V air un moment, la baisse , la relève et n'en peut pas faire davantage. )
Eh bien ! va donc.
. ( Javotte recommence trois fois. On rit )
mirliflor, a la Canardière.
Il paraît que la jambe gauche n'est pas aussi exercée que la, droite.
Mais c'est donc le diable qui s'en mêle ? ( il lève les deux bras dans son mouvement de surprise, et reste les deux bras en Pair. ) En vérité, les bras m'en tombent !
mirliflor, a Cendrillon.
A votre tour , belle étrangère.
( La Fée disparaît et V enchantement de la Canardière cessé. )
Je n'ai pas assez de talent pour me faire prier..
MiRtiPtoR, avec prétention»
Le talent est le cachet de la modestie.
MADELON et JAVOTTE, Cl part.
Quelle vexation !
C'EN DRILLON.
Mais c'est que j'ai l'habitude de ne jamais danser sans Uft tambour de basque.
M1RL1FLOR
J'en ai toujours un tout prêt à tout événement.
. ( 77 lui donne un tambour de basque. )
CENDRILLON, chante d'abord en s } accompagnant du tambour de basque et danse pendant la ritournelle.
Air : Quand toi sortir de la case.
La pauvre et simple Colette , Travaillait la nuit , le jour, Tandis qu'en grande toilette, Ses sœurs brillaient à la cour j Et quand l'soir elF voulait maudire 1/ chagrin qu'flans l'jour elle avait eu , Tout bas un' voix venait lui dire :
H n'est pas de plaisir , de bonheur sans vertu.
madel-on , à part à Javotte.
Comme cela ressemble . . .
V'ià qu'tout-à-coup , transformée En un' dame du grand ton , Un jour , ell' se voit aime'e Par un seigneur du canton.
Ce chang'ment-là pouvait se'duire Son cœur , par l'orgueil combattu, Mais la voix v'nait toujours lui dire, Il n'est pas de plaisir , de bonheur sans vertu.
jÀvoTTE;*i part.
Comme le Prince la regarde.
CENDRILLOU.
Colett', jusqu'alors tranquille, Sent , pour la première fois , Qu'l'înnocence est bien fragile r Quand l'amour élèv' la voix.
Mais de cett' voix , bravant l'empire , Son cœur , bien loin d'en être abattu , N'écouta qu'celle' qui v'nait lui dire : Il n'est pas de plaisir , de bonheur sans vertu.
( Pendant la ritournelle du dernier couplet et la danse , minuit sonne sans que Cendrillon s^en aperçoive. JEHc n'entend que te dernier coup de Phorïogë. )