SCENE III
Les précédens , M. de la CANARDIÈRE, en pet en V air de soie a ramage, accourant , une longue épée à la main.
Où est-elle ? où est elle ?
A qui donc en avez-vous mon père ?
Mon dieu ! monsieur, qui voulez-vous tuer avec cette longue épée ?
Qui je veux tuer ? qui je veux tuer ? votre peste de chatte, qui semble se faire un malin plaisir de me contrecarer eu tout.
cendrillon, à part.
Hé vite! Hé vite! cachons-la dans ce panier. (£7/e la met dans le panier oît étaient les légumes. )
M. DE LA CtA N A R D I È R E.
Tantôt elle efface d'un coup de patte ce que j'écris ; tantôt elle me saute sur la tête au moment où je viens de me faire coëffer ; une autrefois , elle emporte ma perruque sur la gouttière , et a l'air de me rire au nez quand je la menace.
Oui , voilà de ses gentillesses.
Elle nous en fait bien d'autres tous les jours.
En vérité, en vérité, si j'étais superstitieux, je croirais que cette bête-la est un génie.
Mais que vous a-t-elle donc fait encore aujourd'hui ?
Ce qu'elle m'a fait ? ce qu'elle m'a fait ? ( il tire de sa poche une paire de manchettes déchirées. ) Tenez, voyez.
JAVOTTE
Ah ! mon dieu ! votre belle paire de manchettes de Yalenciennes qui était toute neuve.
Pourquoi aussi les avoir ôtées du chiffonnier ?
Pourquoi? pourquoi? pour les faire figurer dans la fête la plus brillante qui se soit vue à plus de dix lieues à la ronde 7 et que nous donne. . .
j a v o t t e , vivement.
Le seigneur aimable que nous avons rencontré dimanche denier ?
Comment Pavez-vous trouvé ?
Séduisant.
Eh bien!
M. DE LA CANARDIERE:
Air de la danse de Saint-Malo.
Ce riche seigneur vous invite A venir orner Le bal qu'il va donner.
( à Cendrilloa. ) De bonne heure il faudra dîner.
( à ses deux filles. ) Vous , sans tarder , Sans musarder , Fleurissez-vous , -Parfumez-vous , Pomponez-vous vite , Sur-tout n'allez pas A ce bal faire de faux pas.
madeloh et javotte, répétant.
Fleurissons-nous , Parfumons-nous , Pomponons-nous vite ,
Sur -tout n'allons pas , etc.
M ADELON
Allons, Cendrillon, va préparer tout ce qu'il faut pour nos toilettes.
Tout-à-l'heure ? mesdemoiselles.
JAVOTTE
A l'instant même.
M. DE LA CANARDIERE.
Obéissez 7 quand mes filles commandent.
cendrillon. cachant le panier avec son jupon. (A part. ) Ah ! mon dieu ! s'il allait trouver ma pauvre chatte dans le panier.
M. DE LA. ÇASARDIÈRE.
Faites ce qu'on vous dît.
cindrillon? prenant le panier et hésitant a sortir. J'y vais.
Qu'avez-vous besoin de ce panier ? qu'y a-t-îl là-dedans?
Rien. '
M. DELA CANAÎIDIÈRE.
Bien ? ( il le prend. ) Il est bien lourd -, voyons. ( il va pour l'ouvrir. )
cENDUiLLON, se jettant à genoux.
Ah I monsieur , ne la tuez pas.
M. DE L A C. A N A ft D I È R E.
Ah ! je la tiens donc ! ( il ouvre le panier et rfy voit rien. ) Il n'y a personne.
cendrillon, a part.
C'est singulier î par où donc est-elle sortie ?
Mais n'importe , si je la rattrappe, elle me payera cher mes manchettes, et malheur au perroquet , à la pie, au caniche, si je viens à me monter une fois la tête contre eux. Air : La maison de monsieur Vautour,
Chez moi, ces maudits animaux.
Ont1 toujours fait remue-ménage 3 Et toujours j'en ai de nouveaux.
Pour amuser votre jeune âge.
( A ses Filles. ) Mais un jour vous vous marierez»
Et vos noces une fois faites , Du moment que vous partirez -, Chez moi je n'aurai plus de bêtes.
(îlsori.)