‹ La petite fonctionnaire (volume 2)Chapitre 18 sur 115 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

LEBARDIN, PAGENEL

PAGENEL. — Ce bon vicomte !

LEBARDIN, virement. — Ah! mon ami.

PAGENEL. — Eh bien ! Qu'est-ce qu'il y a ?

LEBARDIN. — Tu ne me trouves pas changé ?

PAGENEL. — Cest-à-dire que je ne te reconnaissais pas.

LEBARDIN.

aventures !...

PAGENEL.

à toi ?...

LEBARDIN,

amoureux.

Il m'arrive une de ces

— Il t'arrive quelque chose,

, baissant la voix. — Je suis Je suie amoureux follement !

PAGENEL. — Hein

quoi

LEBARDIN. — Ressemible-t-elle assez à Louisette ! C'est Louisette à vingt ans !

PAGENEL.

LEBARDIN

Borel. .

PAGENEL.

que tu es ?.

LEBARDIN PAGENEL.

Mais qui - M"* Borel... Suzanne

Comment ! c'est d'elle

oui ! oui !

Oui

Ah ! par exemple !...

Mais oii diable prends-tu qu'elle ressemble à Louisette 1

LEBARDIN. — Tu ne trouves pas ?

pagenel: — Aucun rapport, mon cher ami. Seulement, comme tu as aimé Louisette et que tu aimes celle-là, tu t'imagines qu'elles se ressemblent. Mais elles ne se ressemblent pas du tout. M"' Borel est cent fois mieux

LEBARDIN. — Je l'adore, mon ami, je l'adore !

PAGENEL. — Voilà une histoire ! Mais depuis quand ?

LEBARDIN. — Depuis un quart d'heure.

Quand je l'ai aperçue, j'ai senti un coup là, au creux de l'estomac.

PAGENEL. — Oui... Ça devrait prendre au cœur et ça prend au creux de l'estomac.

LEBARDIN. — Et dcpuis qu'elle est par-

tie,' j'ai là devant les ' yeux comme un brouillard oii j'aperçois un peu encore sa figure, sa taille, les petits gestes délicats qu'elle fait... et j'ai dans l'oreille le son de sa voix, qu'elle m'a laissé en s'en allant. Enfin, moi, Lebardin, dont le nom dans tout le pays est synonyme de chasteté et de fidélité, je suis amoureux comme un fou de cette petite femme blonde !

PAGENEL. — Ce serait grave, si c'était vrai. Heureusement, ce n'est pas vrai... LEBARDIN. — Je ne suis pas amoureux?

PAGENEL. — Non... Tu as simplement envie... je vais te dire, moi, de quoi tu as envie... Tu as envie de faire une bonne débauche... Voilà...

LEBARDIN. — Quelle horreur ' PAGENEL. — Tu as vingt ans de fidélité, c'est tout ce que tu pouvais supporter ; moi, je n'ai pu supporter que SiX mois, chacun a sa mesure.

LEBARDIN. — Sais-tu bien que si je trompais ma femme, ce serait la première foie.

PAGENEL. — Je t'envie.

LEBARDIN. — - Rien que l'idée de la tromper me donne des remords d'avance.

PAGENEL. — Heureux homme ! Moi ça ne me fait plus rien.

LEBARDIN. — Et tiens ! je vais peutêtre t'étonner... Il me semble que si je la trompais, je l'aimerais encore davantage.

PAGENEL. — Ta femme ?

LEBARDIN. — Oui, ma femme.

PAGENEL. — Mais certainement, tu l'aimerais davantage. C'est le côté moral de l'adultère du mari.

Page 1