SCENE XVI
SUZANNE, RIRI
SUZANNE. — Mademoiselle, voue déshonorez l'administration des postes.
RiKi. — C'est ce gamin...
SUZANNE — Comment! vous n'êtes ici que depuis un mois...
RIRI. — Ce n'est pas de ma faute, il m'embrassait de force.
SUZANNE. — De force! Vous appelez ça de force! Regardez-moi donc en face... Vous riez? Oh ! il y a bien de quoi? Vous me mettez dans une jolie situation. Il m'est impossible de garder Auguste.
RIRI. — Oh!
SUZANNE. — Ça retomberait sur moi.
RIRI. — Mais personne ne sait rien.
SUZANNE. — On finira par vous pincer comme je viens de le faire.
RIRI. — C'est impossible, nous allons dans la grange du père Fouat.
SUZANNE. — Voue avez l'audace d'aller dans une grange, tous les deux seuls !
RIRI. — Dame!
SUZANNE. — C'est trop fort. Et à quelle heure?
RIRI. — Le soir... tous les soirs.
SUZANNE. — Et depuis quand, petite malheureuse ?
RIRI. — Depuis lundi... On avait dansé ensemble dimanche, au bal. Il m'avait embrassée tout le tempe, et alors, après le bal, en rentrant...
SUZANNE. — Vous êtes allés dans la grange ?
RIRI. — Non... parce qu'il y avait déjà quelqu'un.
SUZANNE, indignée. — Oh !
RIRI, tranquillement. — On est resté sur la route.
SUZANNE. — Vous êtes révoltante, Riri, je vous assure; vous êtes abominable... (Ai'ec une certaine curiosité.) Alors, Auguste est votre amant?
RIRI. — Oh! ça, oui.
SUZANNE. — C'est le premier, j'espère,
RIRI. — A peu près.
SUZANNE. — Et vous allez vous marier, au moins?
RIRI. — Avec qui?
SUZANNE. — Avec Auguste.
RIRI, très sincère. — Pour quoi faire, maintenant?
SUZANNE. — Tenez, je n'insiste pas, vous êtes d'une inconscience qui désarme. Vous n'avez pas l'ombre de dignité et vous compromettez votre carriè-re.
H RIRI. — Ma chère, quand ce sera votre tour d'être amoureuse, nous verrons ce que vous ferez.
SUZANNE. — Si jamais je suis amoureuse, ce sera d'un homme de ma condition, vous entendez, d'un garçon intelligent et instruit, qui sera mon égal, et que je pourrai épouser.
RIRI. — Vous me faites rire, vous aussi, avec vos idées. Est-ce que vous le savez, de qui vous serez amoureuse? Non, ma chère, vous ne le savez pas. Ce sera peut-être d'un paysan, comme Auguste, ou d'un prince... Ce sera peut-être ce soir, ce sera peut-être dans dix ans, mais oui! Vous êtes comme les camarades. Ou
Auguste. — Tu viendras