‹ La petite fonctionnaire (volume 2)Chapitre 67 sur 115 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

BRIDEL. VARINOIS. LUCIENNE

\'aiin()i.>, dans un fauteuil, lit son journal.

LUCIENNE. — Moi aussi, je vais m 'habiller.

BRIDEL, à Lycienrie, qui fait niirte de se retirer. — Tu pars

LUCIENNE. — Je vais changer de robe pour dîner.

Elle fait quelques pas.

BRIDEL. — Lucienne'

LUCIENNE. Quoi 1

BRIDEL. — Lucienne, tu n'es plus la même avec moi depuis quelque ten'ps.

Petites Folles

LUCIENNE. — Quelle est cette plaisanterie ? Et eu quoi 6uis-je changée, s'il V0U3 plaît î

BRiDEL. — Ce sont des riens, uu je ne sais quoi... des nuances...

LUCIENNE. — Vous ne pourriez pas me citer un détail un peu pluiS précis ?

BRIDEL. — Oh ! je reconnais que je n'ai rien de bien grave à te reprocher. Nous n'avons pas plus de disputes quautrefoig... Pour un esprit superficiel, comme ta mère par exemple, notre ménage est aussi uni que par le passé. Eh bien ! non, ce n est pas vrai... nous ne faisons plus uu bon ménage. Nous n'en faisons pas encore un mauvais, mais nous n'en faisons plus un bon !

LUCIENNE. — Tu es fou, mon pauvre ami. Que veux-tu que je réponde à de pareils enfantillages ?

BRIDEL. — Est-ce que tu t'ennuies *?

LUCIEXN1E. — Mais pas du tout.

BRIDEL. — Veux-tu faire un voyage ?

Je suis obligé de partir bientôt pour les affaires de la maison. Je vais visiter une carrière à Saint-Sébastien... Veux-tu venir avec moi. à Saint- Sébastien ?

LUCIENNE. — Merci. Le printemps est plus agréable à Paris que n'importe oîi.

BRIDEL. — Je te ferai voir une course de taureaux. Veux-tu voir une course de taureaux ?

LUCIENNE. — Je n'aime pas les coursée et je n'aime pas les taureaux.

BRIDEL. — Quel plaisir peux-tu avoir à te "romener toute la journée avec ta mère ?

LUCIENNE. — Tu ne peux presque jamais m'axîcompagner. Avec qui veux-tu que je me promène ?... Trouve-moi quelqu'un... Oh 1 tu finis par être agaçant, je t'assure. Ce n'est pas moi qui change, c'est toi. Tu deviens nerveux, tu deviens inquiet. Si ça continue, ton caractère finira par s'aigrir et la vie sera insupportable... Et quand je pense que tu me fais cette 8cène-là parce que mainan t'a prié de te mettre en habit noir pour dîner.

BEIDEL. — Il est absurde de mettre un habit pour dîner chez sa belle-mère !... Et encore l'habit, ça me serait bien égal... C'est la société qu'on reçoit.

LUCIENNE. — Elle est très gaie... Et puis, maman reçoit qui lui plaît : ça ne me regarde pas, ni toi non plus.

Kl'c sort.

BRIDEL, à jiftrt, avec des rfe^tcs sncca-

clés. — Nous verrons... nous verrons...

nous verrons... {Se tournant vers Varinois qui sommeille.) Beau-père ?

vARiNOis. — Qu'y a-t-il, moB ami ?

BRIDEL. — N'a,viez-vous pas fait jadis le projet de vous retirer à la campagne avec M"^* Varinois ?

VARiNOis. — Ce serait mon rêve, mon a.mi, ce serait mon rêve... Une propriété au bord de leau... la pêche à la ligne... Pourquoi ai-je travaillé pendant trente ans, douze heures par jour ? C'est pour pouvoir pêcher à la ligne quand je serai vieux... Mais ma femme ne veut pas.

BRIDEL. — Vous devi-iez l'y forcer, que diable ! Vous êtes le maître-

VARINOIS. — Ce n'est pas dans ma nature. D'ailleurs, j'aurais beau l'y forcer, elle ne voudrait pas tout de même.

BRIDEL. — Mais...

VARINOIS. — J'ai essayé de tous les raisonnements, mon ami... j'ai même prié le vieux médecin de la famille de lui recommander la campagne pour sa santé...

Elle ne veut rien entendre... (Apercevant M"^^ Varinois qui revient.) Tenez, vous allez voir.

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