‹ La petite fonctionnaire (volume 2)Chapitre 87 sur 115 · EDMOND · texte numérisé non relu

EDMOND

Ah ' Lucienne !.

j'ai passée hier !... Pendant tout le temps du dîner vous avez laissé votre pied entre les miens...

LUCIENNE. — Vous avez abusé de votre force.

EDMOND. — N'essayez pas d'amoindrir cette faveur, Lucienne, ne l'essayez pas. Elle est immense et elle me prépare à en recevoir de plus grandes encore... 0«ui, je suis enfin p;irvenu à me faire aimer de voue !

LUCIENNE, avec un air mélancolique . — Qui sait ?

ne m'avez pas froissée, mon ami, comme je l'aurais cru moi-même, mais j'ai éprouvé une sensation très délicate.

EDMOND. — Lucienne !

LUCIENNE. — Oui, très délicate, très fine.

EDMOND. — Alors, vous me permettez ?...

LUCIENNE. — Je VOUS permets de me tutoyer, oui, mon ami.

EDMOND, uu peu interloqué. — Ah!

que vous êtes bonne !

LUCIENNE. — Eh bien ...

EDMOND. — Pardon... Que tu es

petites Folles

bonne... Que t\^ cb jolie... Que tu... (A )part.) Ça me gêne.

LUCIENNE. — N'est-ce pas que ce sera délicieux, ce tutoiement furtif, lorsque le hasard nous fera trouver seuls un instant, Boit ici, soit au théâtre ou dans la rue ? Ce sera comme un rendez-vous d'amour qui ne durerait qu'une seconde.

EDMON'D. — C'est bien peu pour un rendez-vous d'amour.

r.uciENN'E. — Oui, mais quelle douce volupté il nous laissera !

EDMOND. — Très douce, trop peut être...

LUCIENNE. — Non, non..,

EDMOND. — Ce sont des joies plus violentes que j'avai. rêvées auprès de vous, Lucienne.

LUCIENNE. — Encore !

EDMOND. — Auprès de toi, veux-je dire... Et ce tutoiement que vous m'accordez, j'avais juré de le conquérir

LUCIENNE. — Le résultat est le même.

EDMOND. — Grave erreur, ma chérie...

LUCIENNE. — Quelle plus c;rande preuve de confiance, de sincérité, d'amour, une femme peut-elle donner 1 II n'en existe pas, à mon avis, du moins.

EDMOND. — Heu ! heu !

LUCIENNE. — Oui, je comprends ce que vous voulez dire... mais cela, mon ami, ce que vous demandez encore de moi, c'est un sacrifice tellement complet...

EDMOND. — Certes !

LUCIENNE. — Tellement rare, tellement définitif que je ne crois pas qu'aucune femme s'y soit jamais décidée à la légère.

EDMOND. — Il y a quelques exceptions, cependant.

LUCIENNE. — Je ne me sens pas capable d'être une de ces exceptions. Pour moi, mon ami. je vous le dis franchement, avant de succonrber de la façon c^ue vcws semblez désirer, -il faudi'a un de ces événenements brusques, soudains, imprévus, qui font de nous d'aixtres êtres du jour au lendemain, qui cliangent tout d un coup nos idées et nos habitudes...

EDMOND. — Tout cela est bien compliqué.

LUCIENNE. ■ — Si vous u'avez pas la patience d'attendre, allez-vous-en, mon ami, et ne nous revoyons plus.

EDMOND. — Que me dites*voue là ? Ne plus te revoir, Lucienne ? Est-ce possible 'L.. Oui, j'attendrai, car un pressentiment m'avertit que je n'attendrai pas longtemps.

LUCIENNE. — Peut-être.

EDMOND. — Je t'aime trop poar que tu no finisses pas par céder à mon amour...

LUCIENNE. — Oui, parlez-moi conuiie cela, avec cette voix !

EDMOND. — Je t'aime !

LUCIENNE. — Répétez !

EDMONT). — Je t'aime...

LUCIENNE. — Comme un simple tutoiement suffit à rapprocher les âmes !..

EDMOND. — Oui. mais quand aurai-je le droit de te dire a vous » ?

Entre M^e Varini,.

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