EDMOND
Ah ' Lucienne !.
j'ai passée hier !... Pendant tout le temps du dîner vous avez laissé votre pied entre les miens...
LUCIENNE. — Vous avez abusé de votre force.
EDMOND. — N'essayez pas d'amoindrir cette faveur, Lucienne, ne l'essayez pas. Elle est immense et elle me prépare à en recevoir de plus grandes encore... 0«ui, je suis enfin p;irvenu à me faire aimer de voue !
LUCIENNE, avec un air mélancolique . — Qui sait ?
ne m'avez pas froissée, mon ami, comme je l'aurais cru moi-même, mais j'ai éprouvé une sensation très délicate.
EDMOND. — Lucienne !
LUCIENNE. — Oui, très délicate, très fine.
EDMOND. — Alors, vous me permettez ?...
LUCIENNE. — Je VOUS permets de me tutoyer, oui, mon ami.
EDMOND, uu peu interloqué. — Ah!
que vous êtes bonne !
LUCIENNE. — Eh bien ...
EDMOND. — Pardon... Que tu es
petites Folles
bonne... Que t\^ cb jolie... Que tu... (A )part.) Ça me gêne.
LUCIENNE. — N'est-ce pas que ce sera délicieux, ce tutoiement furtif, lorsque le hasard nous fera trouver seuls un instant, Boit ici, soit au théâtre ou dans la rue ? Ce sera comme un rendez-vous d'amour qui ne durerait qu'une seconde.
EDMON'D. — C'est bien peu pour un rendez-vous d'amour.
r.uciENN'E. — Oui, mais quelle douce volupté il nous laissera !
EDMOND. — Très douce, trop peut être...
LUCIENNE. — Non, non..,
EDMOND. — Ce sont des joies plus violentes que j'avai. rêvées auprès de vous, Lucienne.
LUCIENNE. — Encore !
EDMOND. — Auprès de toi, veux-je dire... Et ce tutoiement que vous m'accordez, j'avais juré de le conquérir
LUCIENNE. — Le résultat est le même.
EDMOND. — Grave erreur, ma chérie...
LUCIENNE. — Quelle plus c;rande preuve de confiance, de sincérité, d'amour, une femme peut-elle donner 1 II n'en existe pas, à mon avis, du moins.
EDMOND. — Heu ! heu !
LUCIENNE. — Oui, je comprends ce que vous voulez dire... mais cela, mon ami, ce que vous demandez encore de moi, c'est un sacrifice tellement complet...
EDMOND. — Certes !
LUCIENNE. — Tellement rare, tellement définitif que je ne crois pas qu'aucune femme s'y soit jamais décidée à la légère.
EDMOND. — Il y a quelques exceptions, cependant.
LUCIENNE. — Je ne me sens pas capable d'être une de ces exceptions. Pour moi, mon ami. je vous le dis franchement, avant de succonrber de la façon c^ue vcws semblez désirer, -il faudi'a un de ces événenements brusques, soudains, imprévus, qui font de nous d'aixtres êtres du jour au lendemain, qui cliangent tout d un coup nos idées et nos habitudes...
EDMOND. — Tout cela est bien compliqué.
LUCIENNE. ■ — Si vous u'avez pas la patience d'attendre, allez-vous-en, mon ami, et ne nous revoyons plus.
EDMOND. — Que me dites*voue là ? Ne plus te revoir, Lucienne ? Est-ce possible 'L.. Oui, j'attendrai, car un pressentiment m'avertit que je n'attendrai pas longtemps.
LUCIENNE. — Peut-être.
EDMOND. — Je t'aime trop poar que tu no finisses pas par céder à mon amour...
LUCIENNE. — Oui, parlez-moi conuiie cela, avec cette voix !
EDMOND. — Je t'aime !
LUCIENNE. — Répétez !
EDMONT). — Je t'aime...
LUCIENNE. — Comme un simple tutoiement suffit à rapprocher les âmes !..
EDMOND. — Oui. mais quand aurai-je le droit de te dire a vous » ?
Entre M^e Varini,.