‹ La petite fonctionnaireChapitre 4 sur 130 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

PAGENEL, LEBARDIN

Au lever du rideau, Pagenel prend Lebardio par les épaules et le retourne Ters lui vigoureusement, pour regarder sa figure. Pagenel doit être élégant, d'allure jeune, rasé de frais ; Lebardin, au contraire, doit avoir une

barbe de huit jours, et être habillé d'une longue redingote démodée, allure traînante, œil morne.

LEBARDIN

Laisse-moi. tranquille !

PAGENEL

Je % te demande un peu si tu as l'air d'un homme de quarante-cinq ans?

LEBARDIN

De qui ai-je donc Pair?

PAGENEL

Tu as l'air d'un vieux monsieur. Et je dis quarante-cinq ans, tu ne les as même pas.

LEBARDIN

Tu crois ?

PAGENEL

Tu ne te rappelles plus ton âge, maintenant?

LEBARDIN, haussant les épaules.

Quel intérêt ça a-t-il?

PAGENEL

Mais regarde-moi donc, nom d'un chien!

Et j'ai un an de plus que toi!

LEBARDIN

Tu es très bien. Ça durera ce que ça durera, mais en ce moment tu es très bien.

PAGENEL

Je prétends qu'aujourd'hui un homme de quarante-cinq ans est un jeune homme, ou en tout cas, un homme encore jeune. Mais c'est un âge admirable, quarante-cinq $ns!

c'est l'âge par excellence! A quarante-cinq ans, on peut épouser une jeune fille de dix-huit ans, aussi bien qu'une femme de vingt-cinq, de trente ou de quarante ans.

On peut épouser n'importe qui. On peut

être aimé' pour soi-même, et on peut également donner de l'argent aux femmes, sans être ridicule. Et on peut encore, si on est marié, comme nous le sommes, tromper sa femme sans être odieux. Toutes les joies de la vie sont à la disposition de l'homme de quarante-cinq ans. Ah! mon ami, quel bel âge! Et quand je pense que je ne l'aurai peut-être plus dans sept ou huit ans !

Dans sept ou huit ans! où serons-nous, mon Dieu, où serons-nous?

' * PAGENEL

Mais tu n'as donc plus de nerfs, plus d'imagination? La vie que tu mènes te suffit donc?

*' LEBARDIN

Parfaitement.

PAGENEL

Tu ne deiftandes pas autre chose que de

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