ACTE DEUXIEME
SUZANNE -
Moi, amoureuse de!...
LE VICOMTE
C'est idiot, évidemment... mais avouez que ça explique bien...
SUZANNE
Vous êtes fou, n'est-ce pas?
LE VICOMTE, près d'elle en ce moment.
Vous n'êtes pas amoureuse de moi?... Vous ne Têtes pas, c'est bien sûr?
SUZANNE
Oh! oui, c'est... c'est bien sûr... c'est bien sûr...
LE VICOMTE, la regardant.
Vous ne Têtes pas?
SUZANNE, brusquement.
Eh bien! oui... j'aime autant vous le dire.
Ça n'en finirait plus... oui... je suis amoureuse de vous*., oui... oui. «oui.:. Et maintenant, allez-vous-en ! Allez-vous-en !
LE VICOMTE, stupéfait tout de même.
Vous m'aimez?
SUZANNE
Oui, je VOUS aime. (Lui montrant la porte.) Sortez !
LE VICOMTE
Que c'est bète, mon Dieu, que c'est bête!
SUZANNE
Vous n'allez pas rester planté là, je suppose ? Si je vous ai fait un pareil aveu, dans un moment d'énervement, c'est pour que vous me laissiez tranquille à partir d'aujourd'hui,- pour
que vous ne m'adressiez plus la parole... pour que je ne vous vois plus enfin... ou le moins possible...
LE VICOMTE
Que c'est bête, mon Dieu, que c'est bêle!
Et pourquoi vous êtes- vous montée la tèle sur moi, je me le demande?
SUZANNE
Moi aussi.
LE VICOMTE
Oh! parbleu, je m'en doute un peu.
SUZANNE
Eh bien! vous en avez de la chance!
LE VICOMTE
Vous êtes romanesque. Toutes les jeunes filles sont romanesques. Je suis le vicomte de Samblin, le dernier rejeton d'une des plus
vieilles familles de France.. Tout ça vous a tourné la tête.
SUZANNE
Oh! bien! la noblesse!... Ça m'est un peu égal, la noblesse... Je n'ai plus de famille, moi; mais quand j'en avais une, elle était aussi noble que la vôtre.
Alors, il faudrait admettre que ce soit ma personne, que ce soit pour moi-même?
SUZANNE
Nous n'allons pas recommencer, n'est-ce
pas?
LE VICOMTE
J'aime autant ça, d'ailleurs! ça m'embête d'un côté, à cause de vous, mais de l'autre côté, je suis flatté. J'avais déjà été aimé plusieurs fois, mais jamais pour moi-même.