SCÈNE II LEBARDIN, PAGENEL
PAGENËL
Quand rentres-tu à Pressigny?
LEBARDIN
Demain, après déjeuner.
PAGENEL
Tu es arrivé hier soir, 'par le train de onze heures ?
LEBARDIN
Oui.
Et ta femme? Qu'est-ce que tu as raconté à ta femme ?
LEBARDIN
Ça, c'est le point noir. J'ai dit que Blanchet mariait une de ses nièces et qu'il me suppliait d'être témoin. J'ai même emporté mon habit pour donner plus de vraisemblance.
PAGENEL
Et ça a pris?
LEBARDIN
Ça a eu l'air de prendre. Ma femme m'a dit : « Ce bon Blanchet, tu l'embrasseras pour moi. »
PAGENEL
Et c'est tout?
C'est tout.
LEBARDIN
PAGENEL
Tu aurais dû y passer à tout hasard, chez Blanchet, pour le prévonir.
C'est ce que j'ai fait, mais il n'y était pas. 11 a justement quitté Paris hier soir.
PAGENEL
Tout ça va très bien.
LEBARDIN'
Espérons-le, mon ami, espérons-le.
PAGENEL
Alors, tu es ici depuis vingt-quatre heures. . . Heureux homme ! Heureux homme ! Elle est charmante, tu sais; c'est une maîtresse délicieuse. Je le fais mes compliments bien sincères.
LEBARDIN
Oh ! ne va pas croire des choses...
PAGENEL
Pas de fausse modestie ! D'autant plus que
je peux te le dire maintenant, jene le croyais pas.
LEBARDI.X
Qu'est-ce que tu ne croyais pas?
PAGENEL
Que tu réussirais. Quand tu m'as demandé d'aller te louer un appartement à Paris, de le meubler, j'étais convaincu que tu le faisais des illusions. Tu l'as enfin, ta Louisette, cette fois-ci !
LEBARDIN
Il est inutile de rappeler... de rappeler... Quelle manie tu as !