‹ La petite fonctionnaire; comédie en trois actesChapitre 129 sur 136 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

SUZANNE

Aucune comparaison.

LE VICOMTE, se levant brusquement.

Ce qui me stupéfie, par exemple, ce que je ne m'explique pas, el ce que je ne m'expliquerai jamais, c'est que vous ayez accepté de Monsieur Lebardin, une chose que je vous ai proposée, moi, et que vous avez refusée... Car enfin, je vous l'ai proposé d'être ma bonne amie... je vous l'ai proposé formellement... Et c'est Monsieur Lebardin que vous avez préféré... Si vous pouvez m'expliquer ça!

SUZANNE, ironiquement.

Il y a dans la vie une foule d'événements qu'on ne peut pas expliquer et qui arrivent tout de même.

LE VICOMTE

C'est ça qui me stupéfie le plus. Alors, vous ne m'aimez plus?

SUZANNE

Écoutez, Monsieur le vicomle, trouvez-vous qu'il y ait un intérêt quelconque à prolonger cette conversation?

LE VlCOfllTE

Mais oui, il y a un intérêt, un intérêt très grand... parce que moi, maintenant, je vous aime!... parfaitement, je vous aime. Tenez, voilà encore une de ces choses que l'on ne peut pas expliquer et qui arrivent tout de même.

SUZANNE

Allons donc! Monsieur le vicomte, vous badinez !

LE VICOMTE

Oh ! je ne vous aimais pas, à Pressigny, lor.sque vous m'avez avoué... vous vous rappelez?... Non, à ce moment-là, je ne vous aimais pas... Je pensais à vous de temps en temps, souvent même, je me répétais ce que

VOUS m'aviez dit, mais ce n'élaitpas Tamour... Ça a duré comme ça jusqu'à mon mariage. Mais le jour de mon mariage, par exemple, il s'est passé une chose extraordinaire. Lorsque Monsieur le Maire m'a demandé : « Consentezvous à prendre pour femme Madame veuve Lureau? » Eh hien! alors, tout dun coup, pendant qu'il prononçait la phrase, je me suis aperçu que c'était vous que j'aimais; j'ai répondu oui, tout de même, parce qu'il était trop tard. Mais j'étais furieux. Et maintenant, il n'y a pas d'erreur... C'est vous que j'aime, c'est vous ! Il est impossible que vous ne m'aimiez plus.

(Il s'aproche d'elle et lui prend la main.) SUZANNE

C'est pourtant la vérité, Monsieur le vicomte.»

LE- VICOMTE

Yous ne m'aimez plus?

SUZANNE

Je ne vous aime plus... non... Et quand même je vous aimerais encore, je ne recommencerais pas l'expérience que je viens de faire... Non, décidément... Ce n'est pas ma vocation de détourner de leurs devoirs les hommes mariés.

LE VICOMTE

Les hommes mariés?... Ah! ah! elle est bien bonne...

SUZANNE

Quoi?... Vous êles marié, je suppose?

• Gomment, si je suis marié? mais je crois bien que suis marié... Je crois bien, puisque j'ai dit oui! Et même, à ce propos-là, je vais vous dire une chose, une chose que jr n'ai encore dite à personne... Je suis cocu !

Page 1