Beîation de 1637. d
aux exercices de piété, de l'accord qui régnait entre eux et de leur désir de bien faire. Pour ne citer qu'un trait de la manière dont ils comprenaient les préceptes de l'Eglise, un jour le Père Anne de Noiie amena avec lui deux d'entre eux chez les Montagnais cabanes à sept ou huit lieues de Québec. L'heure du repas étant venue, on leur présenta à manger de la viande d'orignal, qu'ils ne voulurent pas toucher, parce que c'était un samedi, jour d'abstinence à cette époque. Le Père leur assura que n'étant point encore baptisés, ils n'étaient point tenus d'observer les commandements de l'Eglise. « Il n'importe, dirent-ils d'une commune voix, nous ne désirons pas d'en manger, puisque vous n'en mangez point. »
Les séminaristes n'obser\-aient pas seulement leur règle, mais ils allaient quelquefois au devant des désirs de leurs maîtres ; c'est ainsi qu'ils s'ofïrirent un jour à faire des travaux de défrichement. De la part de sauvages une telle proposition avait quelque chose de prodigieux. La permission leur fut donnée de faire comme bon leur semblerait. Durant l'hiver ils se mirent à ébrancher les arbres sur une assez vaste étendue de terrain, ils en abattirent même un certain nombre. L''^ne cabane destinée à recevoir
leur récolte à l'automne s'éleva bientôt du milieu des bois. Bref, les séminaristes ne rêvaient plus que semences, labour et moisson. Les Pères leur donnèrent du blé d'Inde qu'ils enfouirent dans le sol avec une grande précaution. Juin se passa, et le blé ne poussa pas. Même apparence en juillet. Nos agriculteurs improvisés avaient trop bien caché leurs grains de semence, ils n'avaient pu germer.
C'est ainsi que les Pères aimaient à développer chez leur élèves le goiàt de l'agriculture, car ils espéraient par leur entremise auprès des Hurons amener peu à peu ceux-ci à établir une bourgade dans les environs de Québec. Avoir des Hurons sédentaires, telle était l'ambition des Religieux. Ils comprenaient l'avantage de les avoir auprès de leur maison, non seulement dans le but de les convertir à la foi, mais encore dans le but de protéger la petite colonie française, en tenant en respect les ennemis qui, les sachant amis et alliés des Français, deviendraient plus prudents et plus réservés dans leurs attaques. M. de Montmagny était absolument du même avis que les Pères Jésuites. Comme eux, il comprenait l'importance du séminaire sous le double point de vue de la gloire
de Dieu et de la prospérité des affaires spirituelles et temporelles des colons.
Les vaisseaux de France arrivèrent en retard au printemps de 1637. Les vivres étaient à la veille de manquer, et Ton faisait maigre chère au couvent de Notre-Dame-des- Anges. Le Père Le Jeune, dans un moment de découragement, courut un jour s'ouvrir au gouverneur et lui communiquer ses appréhensions sur l'avenir du Séminaire des Hurons. M, de Montmagny lui dit qu'il ne fallait pas renvoyer les séminaristes. Plutôt souffrir, ajouta-t-il, et faire des épargnes dans les provisions de tout le monde. Cette belle réponse ayant été rapportée aux élèves, le plus âgé d'entre eux s'écria : « Voilà qui va bien; c'eût été un grand mal de nous renvoyer dans notre pays: il vaut bien mieux un peu souffrir ça bas que de retourner dans de si grands dangers ^. »
Ce garçon, si bien disposé pourtant, devait