‹ La "Petite Hermine" de Jacques Cartier, et diverses monographies historiquesChapitre 41 sur 50 · Harrisse, pp · texte numérisé non relu

Harrisse, pp

bonne, Alby, Lymous, Allais et pays de Saiilt ». Et le vendredi, 1 1 mars, Roberval fit une troisième procuration, à Rouen, pour Alonce de Cyville, sieur de Saint-Martin-aux-Buneaux, lui donnant la charge d'enrôler des prisonniers dans le ressort du parlement de Rouen.

D'après la teneur de ces trois procurations, tous les prisonniers devaient être rendus à Paris ou à Rouen avant le dernier jour de mars, ou à Saint-Malo avant le lo avril. Les procédés furent lents, car partout l'on s'opposa à livrer les prisonniers avant que les sentences prononcées contre eux eussent été confirmées. Puis les criminels eux-mêmes semblaient hésiter à dire adieu à la France pour courir les risques de la mer. Tant et si bien qu'à la date du 20 avril, Guillaume de Magdaillan déclarait n'avoir retiré de prison qu'un nommé Jehan Grevyn, condamné à être étranglé et pendu par le bailli d'Autun, et cju'il avait fallu réinterner, faute d'avoir satisfait à son naulage.

Comme on le voit, les papiers de Roberval étaient en règle, et il aurait pu partir de bonne heure au printemps de 1540, s'il n'eut eu à résoudre la grande question d'argent nécessaire pour un armement aussi dispendieux. Bien que le roi lui eiàt fait remettre 45,000 livres

par Jean Duval, trésorier de l'épargne, les ressources lui faisaient encore défaut, car il importait que ses navires fussent bien approvisionnés et bien équipés.

L'année 1540 se passa ainsi dans des atermoiements qui ne semblèrent pas améliorer la situation.

Durant l'hiver Roberval parcourut la Champagne et la Normandie afin d'y acheter de l'artillerie, de la poudre et autres munitions. Cependant, lorsque l'heure fixée pour le départ, le 15 a\ril, vint à sonner, Roher\a1 était encore plongé dans des embarras nuiUiples, allant à droite et à gauche pour se procurer des armes et des provisions de bouche.

Le 10 a\ril il n'avait pas encore de navires. Ce ne fut que le 8 mai qu'il réussit à affréter à Saint-?\lalo la Marie, du port de quatre-vingts à cent tonneaux, dont les propriétaires s'appelaient Pierre Guehemene, Jehan Pépin et Jehan Ebcrard, l'aîné. Au mois d'août, la Marie était ancrée dans la rade de Honlleur.

Le 19 juin, Roberval réussit à passer un contrat avec Simon Harel maître de la ]'alentine, du port de quatre-vingt douze tonneaux, et avec Jehan Mallet, maître de la Sainte- A nue, du port de (|uatre-vingts tonneaux, toutes

deux destinées à faire la traversée de l'Atlantique avec la Marie.

Le naulage comportait plusieurs conditions :

i'' Les maîtres auront de fret, suivant l'ordonnance du seigneur de Fosseulx, lieutenant pour le roi en sa marine de France, 40 sous par tonneau, sur quoi une avance leur sera faite, avant le départ, de trois mois de fret; le surplus devant leur être remboursé au retour du voyage de Roberval ;

2" Alonce de Cyville devra faire ces paiements au nom de Rober\-al en la ville de Rouen;

3'^ Harel et ]\Iallet devront recevoir chacun 30 écus soleil pour aller recueillir des marins le long de la Seine;

4'' Les gens de l'équipage devront recevoir: chaque maître, par mois, 22 livres 10 sous; le contre-maître, 11 livres 5 sous tournois; le maître varlet, 7 livres 10 sous; le charpentier, 7 livres 10 sous; le reste de l'équipage, chacun 100 sous tournois par mois, avec une avance de trois mois;

5'^ Enfin il fut stipulé qu'après le congé donné aux maîtres et marins par le seigneur de Roberval à la côte de Terre-Xeuve, chacun d'eux aurait le tiers de tout ce qu'il pourrait, Raoulin Le Gracieux et Jacques Guéroult, no-

taires à Honfleur, en présence de Martin Chambon, commissaire de l'artillerie du roi en sa marine de France, et Etienne Lelou, tous deux citoyens de Honfleur.

Il semble qu'après avoir pu se procurer ces trois navires, Roberval aurait dû mettre à la voile et se hâter de courir en Amérique. Mais l'infortuné vice-roi connut encore de nouveaux déboires. Les propriétaires de la Valcntine préféraient maintenant la vendre que la louer. Roberval dut en passer par là, et il chargea Alonce de Cyville de surveiller les négociations. Simon Harel, Pierre Le Cordier, Philippe Levesque, Robert Convart et Pierre Turterel, tous propriétaires pour un quart ou un demiquart, consentirent à la vente de la Valcntine avec ses agrès, apparaux, victuailles, etc., etc., moyennant 4,500 livres tournois, payables par moitié le i^"" mars 1542 et le i" mai suivant. Le contrat de vente fut passé le 14 août 1541, devant les notaires Raoulin Le Gracieux et Etienne Lelou.

Le 18 août, Roberv^al écrivait de Honfleur qu'il partirait pour les terres neuves dans quatre jours. Ce départ eut-il réellement lieu, comme on Ta dit et comme je l'ai écrit moi-même sur la foi des autres, dans un ouvrage paru en

1891 ? Roben'al était encore présent à Honfleur le 30 août, et lui-même nous apprend dans ses lettres de grâce accordées à Paul d'Auxilhon, capitaine d'un de ses vaisseaux nommé Canne, qu'il était en France le jour de Noël 1541. S'il partit pour l'Amérique, disons le 31 aoîit, ce voyage n'aurait pas duré tout à fait quatre mois. Or, Jacques-Cartier avait mis quatre mois et demi à accomplir son premier voyage au Canada, et il s'était attardé en maints endroits.

Voici ce que j'écrivais en 1891 au sujet des voyages de Roberval :

« Cartier et Roberval avaient décidé de passer au Canada dès le printemps de 1541. Ce dernier n'étant pas suffisamment préparé à l'époque convenue (15 avril), son pilote (Cartier) reçut l'ordre de prendre les devants et de choisir le lieu qu'il jugerait le plus propice à un établissement. Trois mois plus tard, Roberval partit à son tour, mais comme la saison était avancée, il ne jugea pas prudent de remonter le fleuve, et il explora le Cap-Breton. Repassé en France, oii il arriva vers le 25 décembre, il y fit la rencontre de Noël et de Jalobert, que Cartier avait renvoyés pour ob-

tenir des secours et aussi pour s'informer si Roberval irait le rejoindre à Charlesbourg- Royal. L'on s'adressa au roi afin d'obtenir du renfort pour la colonie, et celui-ci en effet chargeait Paul d'Auxilhon, sieur de Senneterre, de ravitailler deux navires pour le Canada. De son côté, Roberval terminait ses préparatifs de l'année précédente, recrutait ses marins, et au printemps de 1542, il quittait de nouveau la France, mais, cette fois, avec l'intention de se rendre au poste occupé par Cartier depuis près d'une année. On sait le reste. A Terre-Neuve il fit la rencontre de Cartier, et il poursuivit sa route jusqu'à Charlesbourg- Royal.

« D'où il suit que Roberval fit deux voyages au Canada, l'un en 1541 et l'autre en 1542. Cette opinion est assez conforme au témoignage de Bergeron. La plupart des historiens s'accordent aussi sur le nombre de ces voyages, mais ils placent le deuxième en 1549. Harrisse est d'opinion que Roberval partit le 22 août 1541 et resta au Canada jusqu'en mai 1544. Le savant historien fait évidemment erreur, car il est parfaitement constaté que Roberval était en France à la fin de l'année 1541. Nous voyons par une lettre du roi, en date du 26 janvier

1542, adressée à Paul d'Auxilhon, qu'il lui donnait autorité pour ravitailler deux navires, afin d'aider Roberval de vivres et autres choses dont il a très grand besoin et nécessité ainsi qu'avons entendu es terres du Canada qu'il est allé déjà découvrir. Cette lettre laisse voir assez clairement que Roberval avait fait un premier voyage en Amérique. »

Quoi qu'il en soit, le sieur de La Rocque partit pour le Canada, le 6 avril 1542, avec trois navires qui cinglèrent de La Rochelle et arrivèrent à Charlesbourg-Royal vers le milieu de juillet. Il y demeura jusqu'à l'automne de l'année suivante. On le retrouve en France au commencement d'avril 1544, alors que fut agitée entre lui et son pilote Jacques Cartier la question des sommes d'argent dépensées pour l'expédition.

Ou'advint-il ensuite du premier vice-roi du Canada?

Absolument ruiné, Roberval ne dut plus songer à retourner à Charlesbourg-Royal.

En 1544, François i®"" lui fit transmettre une

commission pour faire construire des fortifications à Senlis \

En vertu de lettres patentes données à Lyon le 30 septembre 1548, Henri II lui concéda toutes les mines de France pour une période de neuf annéees, à condition qu'il en ouvrirait au moins trente. Dès lors Roberval s'intitula maître, gouverneur général et surintendant des mines et minières de France. Ce vaste privilège n'enrichit pas le gentilhomme pauvre ".

En 1557 il travaillait aux fortifications de Paris.

Roberval vivait encore à la date du 30 avril 1560. Mais, le 10 février 1561 il n'existait plus, car on constate qu'à cette date, Louis de Magdaillan présentait une requête au parlement en sa qualité « de tuteur et curateur ordonné par justice à François de Magdaillan, héritier par bénéfice d'inventaire de feu François de La Rocque, son oncle ».

Roberval mourut donc vers la fin de l'année 1560 ou au commencement de 1561, à l'âge de soixante ans, après s'être vu enlever à tour de

1. Flammermont, Hist. des Institutions municipales de Seyilis, 1881, p. 128.

2. Bulletin de la Société des Antiquaires de France, t. XXXI, p. 115.

rôle tous ses domaines, terres ou seigneuries. Pour comble de malheur, on croit qu'il fut assassiné nuitamment, près le charnier des Innocents. Personne n'a contredit le témoignage de Thévet sous ce rapport.

Vice-Rois et Lieutenants Généraux de la Nouvelle-France

LA Nouvelle-France a été pendant de longues années soumise à la juridiction de hauts personnages auxquels les documents, et d'après ceux-ci les historiens, ont indifféremment donné le nom de vice-rois et de lieutenants généraux du roi. Ce défaut de précision dans les termes a fini par amener la confusion et l'incertitude. Qui, en effet, pourrait aujourd'hui, sans craindre de se tromper, dresser une liste de ces personnages, quel que soit le titre qu'on veuille leur attribuer, lorsque tant d'écrivains, historiens et historiographes ont apporté chacun la sienne avec des résultats si dissemblables?

Il se rencontre plusieurs noms qui ne prêtent aucune prise à la discussion: ceux-là furent vraiment vice-rois ou lieutenants généraux du roi qui s'appellent Jean-François de La Rocque, sieur de Roberval, Troïlus du Mesgouez, sieur de La Roche, Pierre du Gua, sieur de Monts, Charles de Bourbon, comte de Soissons, Henri de Condé, Henri de Montmorency et Henri de Lévis, duc de Ventadour. Mais en fut-il de même de Pierre de Chauvin, sieur de Tontuit, et d'Aymar de Chastes, dont les provisions sont moins connues et les titres partant plus contestables ?

Tel est le sujet que nous nous sommes proposé d'étudier, afin d'apporter un peu de lumière à ceux qui en éprouveraient le besoin.

D'abord qu'est-ce qu'un vice-roi et qu'est-ce qu'un lieutenant général du roi? Y avait-il à cette époque reculée, disons de 1 540 à 1 740, une différence appréciable entre les deux charges?

Ouvrons Larousse:

« Un vice-roi est le chef d'un Etat dépendant d'un royaume ou d'un autre Etat, le gouverneur d'une grande province qui a été un royaume indépendant, ou que son importance fait considérer comme un véritable Etat.

« Un lieutenant général du roi est le gou-

verneur d'une ville importante, ordinairement d'un port ou d'une forteresse qui ne relève que du roi ».

D'après ces deux définitions, il semblerait que le vice-roi occupât un rang plus élevé dans la hiérarchie du royaume de France qu'un lieutenant général. Mais en fut- il réellement ainsi au temps passé? Il est loisible de croire, d'après nous, qu'à cette époque déjà reculée, les deux charges étaient à peu près équivalentes, puisque dans certains cas particuliers, le roi les appliquait toutes deux au même individu. Ainsi dans sa seconde commission datée de 1578, le marquis de La Roche est nommé lieutenant général et vice-roi, et, qui plus est, gouverneur des terres neuves.

Dans d'autres circonstances, le roi emploie indifïéremment les deux appellations tout en les appliquant au même personnage, soit dans les lettres de provisions soit dans les lettres de moindre portée. Ainsi de Champlain. Les lettres patentes en faveur du comte de Soissons l'intitulent « lieutenant général du roi au pays de la Nouvelle-France », et quelques semaines plus tard, le roi lui donne pour successeur le prince Henri de Condé qu'il nomme son vice-roi. Estce que parce que les privilèges accordés à ce

dernier étaient plus amples? Dans cette hypothèse la vice-royauté comporterait plus de poids et d'autorité que la lieutenance générale. Mais n'a-t-on pas le fait historique que le marquis de Tracy fut nommé lieutenant général du roi pour toute l'Amérique, dans le même temps où le comte d'Estrades, maréchal de France, en était le vice-roi? La vice-royauté, dans ce cas particulier, dut céder le pas à la lieutenance, car les pouvoirs déférés au marquis de Tracy l'emportaient de beaucoup sur ceux du comte d'Estrades.

Soissons, Condé, Montmorency et Ventadour (i 612-1627) sont généralement considérés comme des vice-rois. Tous les historiens s'accordent à les appeler ainsi, à l'exception peut-être unique de l'abbé Paillon, qui les intitule lieutenants généraux. Lui-même cependant ajoute, en parlant du duc de Montmorency, que le roi « voulut le décorer du titre fastueux de vice-roi de la Nouvelle-France pour réprimer plus siirement, en son nom, la témérité des marchands qui n'étaient pas de la compagnie ». Le vénérable abbé a pu pénétrer plus intimement que d'autres dans les idées royales, cependant son allégation nous semble un peu risquée en présence du fait qu'il y avait eu des vice-rois

avant la fondation des compagnies mercantiles. Du reste les lettres patentes de Condé et de Soissons ne mentionnent pas le titre de vice-roi, mais bien celui de lieutenant général du roi. Et pour être encore plus précis, Henri de Ventadour vit ajouter à son titre de vice-roi celui de lieutenant général.

La vice-royauté de la Nouvelle-France n'était pas une complète sinécure, du moins dans l'esprit de ceux qui en devinrent les titulaires. Champlain comptait beaucoup sur eux pour faire progresser la colonie, et à chaque nomination, il s'interposa pour faire arriver le personnage qui lui paraissait le mieux disposé. Les vice-rois eux-mêmes achetèrent à grands frais un titre qui, certes, n'était pas de nature à leur enlever du prestige.

Il y eut deux groupes bien distincts de vicerois ou de représentants du roi en Amérique. Le premier groupe commence avec Roben^al pour finir avec Ventadour, de 1540 à 1627 ; le second commence avec François-Christophe de Lévis, duc de Damville. et s'arrête à la mort de Marie- Victor, comte d'Estrées et de Cœuvres, de 1644 à 1737.

Les vice-rois du premier groupe avaient juridiction sur la Nouvelle-France proprement dite.

Quoique intéressés au sort de la jeune colonie, ne fiit-ce qu'en raison des bénéfices matériels qu'ils en pouvaient espérer, il leur était parfaitement loisible de ne pas y résider. Du reste que seraient-ils venus faire en Canada, lorsque tout y était à créer, et que les marchands avec qui ils avaient à transiger, ne s'occupaient euxmêmes que de retirer quelques profits de leur commerce avec les sauvages du Canada? Un lieutenant résidant à Québec pour faire leur besogne suffisait amplement.

Les vice-rois du second groupe exerçaient leur autorité sur la terre ferme et les îles d'Amérique, c'est-à-dire sur toutes les possessions françaises du continent américain, y compris, bien entendu, la Nouvelle-France. Quoique aucun d'eux n'ait résidé à Québec, il en est, sur le nombre, qui, comme nous le constaterons bientôt, portèrent quelque intérêt aux Canadiens. L'un d'entre eux, qui ne fut pas vice-roi, mais lieutenant général, le marquis de Tracy, résida plusieurs années dans la colonie, et y opéra une somme de bien dont celle-ci eut à se féliciter pendant longtemps. Quelques-uns de ces vice-rois passèrent en Amérique et firent quelque séjour aux îles des Antilles.

Examinons maintenant à la lueur des docu-

ments les titres de chacun des personnages, afin de pouvoir dresser la liste des vice-rois de la Nouvelle-France d'abord, et puis de l'Amérique française tout entière.

ROBERVAi, — 1 540-43

Le premier qui figure sur cette liste est Jean- François de La Rocque, sieur de Roberval. Sa commission est datée du 15 janvier 1540 (1541, n. s.) Le roi François i" le nomme « le lieutenant général, chef ducteur et capitaine de l'entreprise projetée » dans le but de coloniser un coin quelconque de la Nouvelle- France. Roberv^al était un grand seigneur que ses extravagances menaçaient de conduire à une ruine totale. Il espérait, en venant au Canada, refaire une fortune déjà compromise, et il comptait pour cela sur les mines précieuses et les diamants dont on disait le pays couvert. Tout le monde connaît son histoire, et son plan heureusement avorté de coloniser les pays avec des repris de justice

Dans ses lettres patentes, Roberval n'est jamais désigné autrement que soas le nom de lieutenant général.

Le Marquis de La Roche 1577-1578-1598

Troïlus du jMesgOLiez, marquis de La Roche, prsonnage de haute distinction, vient en second Heu.

En Tannée 1577, il avait obtenu du roi Henri III une commission qui lui accordait le pouvoir de fréter et d'équiper des navires pour aller aux terres neuves, et là s'y établir, s'emparer des terres, bâtir des forts, pour en jouir, lui et ses successeurs. Le marquis, pour des raisons inconnues, ne se prévalut point de cette première commission, non plus que d'une autre qui lui échut l'année suivante. Cette dernière lui accordait des pouvoirs beaucoup plus amples. Le roi le nommait gouverneur, lieutenant général et vice-roi des terres neuves. Muni de ces trois titres, le noble seigneur pouvait marcher le front haut et courir arborer en Amérique l'étendard de son roi. Il n'en fit rien cependant. Mettant en poche sa précieuse commission, il attendit que les troubles de la Ligue, qui commerçaient à absorber l'attention de tout le royaume, vinssent à cesser. Il lui fallut pour cela attendre vino^t ans.

Ce ne fut, en effet, qu'en 1598, à l'avènement de Henri IV, qu'il reprit son projet d'aller en Amérique. Le roi agréa sa demande et lui accorda de nouvelles lettres patentes, avec les mêmes privilèges que ceux de Roberval. Henri IV le nomma son « lieutenant général es pays de Canada, Hochelaga, Terres-Neuves, Labrador, rivière de Canada, la Grande Baye de Norembégue ». Le marquis de la Roche partit, la même année, pour les terre<i neuves. Arrivé à l'île de Sable, il y déposa quarante hommes de son équipage, puis il continua sa route dans un but d'exploration. Après avoir visité les côtes acadiennes, il rebroussa chemin et voulut aborder à l'île de Sable pour reprendre ses gens. Mais le vent le poussa vers l'est avec une violence telle, qu'en moins de douze jours il atteignit la côte de France. Ce ne fut qu'en 1603 qu'un nommé Chefdhostel, pilote, put rapatrier les délaissés. Onze seulement avaient survécu.

Malgré cet échec malheureux, le marquis de La Roche eût été prêt à recommencer son œuvre de colonisation en Amérique, mais il vit échouer ses plans devant les intrigues de personnages plus puissants que lui à la cour. Ce fut Pierre de Chauvin, sieur de Tontuit, qui

réussit, en promettant mer et monde, à obtenir les privilèges convoités.

PIERRE DE CHAUVIN, SIEUR DE TONTUlT 1600- 1603

Chauvin ne se présentait pas les mains vides, car il possédait tout ce qu'il faut pour réussir auprès du roi : il avait de la fortune, de l'influence et du crédit dans son milieu; il était capitaine pour le roi en la marine, maître de camp d'un régiment d'infanterie française et gentilhomme ordinaire de la chambre. Il avait servi la royauté sous la Ligue. En 1590, on le voit agir en qualité de capitaine d'une compagnie de garnison, à Honfleur.

S'étant adjoint François Gravé, sieur du Pont, et Pierre du Gua, sieur de Monts, Chauvin équipa une flotte de quatre navires et vint se fixer à Tadoussac, avec l'idée simulée de s'y établir en permanence. Mais ce n'était qu'un trompe-l'œil, car son plan consistait à trafiquer avec les sauvages ; il ne voyait rien au delà.

Chauvin doit-il être mis sur la liste des vice-

rois ou lieutenants généraux du roi? Nous le croyons sincèrement, bien que nous n'ayons pas sous les yeux le texte de sa commission. La seule preuve écrite repose dans deux actes faits devant un notaire de Rouen, les 14 et 23 février 1600. Dans ces deux documents, Chauvin est appelé lieutenant pour le roi au pays de Canada ^. Gosselin, dans ses Nouvelles Glanes normandes, dit que Chauvin et ses associés « s'entendirent et obtinrent du roi, non seulement la lieutenance générale du Canada, mais, en outre, le privilège exclusif du commerce des fourrures ^ ».

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