‹ La petite insuffisance thyroïdienne et son traitementChapitre 16 sur 61 · SYKNOKÉNOSE · texte numérisé non relu

SYKNOKÉNOSE

Un autre trouble intestinal, qui se rattache à la dysthyroïdie, et qu’il y a intérêt à mettre en évidence, est celui auquel nous avons donné le nom de syknokénose, auyyoç fréquent, xevoaiç évacuation. Nous avons décrit ce phénomène en 1908 (première série à' Études) qI voici comment. Il s’agit de sujets qui ont chaque jour plusieurs garde-robes : le matin au lever, puis quelquefois au bout de I à 2 heures, et en général après le repas de midi, souvent à ce moment à la suite d’un besoin pressant, enfin quelquefois à la suite du repas du soir. Ces sujets n’ont, à proprement parler, ni diarrhée, ni constipation. Leurs matières sont de consistance parfois dure, souvent pâteuse, — quelquefois elles sont comme une purée plus ou moins fétide. Les malades ont la sensation de n’avoir jamais vidé leur intestin. A propos de ce trouble, nous posions la question ; y a-t-il parésie intestinale; y a-t-il exagération du péristaltisme? et nous restions dans le doute; car d’une part nous avions vu des sujets constipés, qui, sous l’influence du traitement thyroïdien, tombaient dans ce t}^pe de fonctionnement

intestinal. Nous avions vu aussi des hypothyroïdiens, allant plusieurs fois à la garde-robe par jour, et dont l’intestin s’est trouvé régularisé par le corps thyroïde.

En réalité, le phénomène de la syknokénose est intermédiaire entre la constipation thyroïdienne et la diarrhée basedowienne. Il se rattache à la diarrhée du goitre exophtalmique, parce qu’il survient parfois, par crises, dans la maladie de Basedow, avant la diarrhée elle-même.

Le mécanisme qui le détermine est variable. Lorsque ce trouble survient chez des constipés soumis au traitement thyroïdien, il se rattache parfois à une augmentation de l’appétit, à une augmentation de la quantité de nourriture ingérée. Il est comparable aux garde-robes fréquentes des gros mangeurs. Nous avons rapporté un cas de ce genre. Un rhumatisant chronique, considérablement amélioré par le corps thyroïde, lorsqu’il l’ingère à doses suffisantes et suffisamment prolongées, est pris, à propos du traitement thyroïdien à doses moyennes, d’un appétit considérable et engraisse d’une façon notable. En même temps il a deux ou trois garde-robes par jour.

Le mécanisme de cette syknokénose peut être différent et correspondre aux expériences de Verstraeten et Vanderlinden, qui, chez des animaux thyroïdeclomisés, ont noté la stagnation des matières dans le tube intestinal, en même temps que de Yindicanurie qu’ils expliquent de cette façon. Ce que nous tenons à mettre en relief ici, c’est la régulation, du fait du traitement thyroïdien, de cette svknokénose, ce qui d’une part constitue le traite-

EXPOSÉ CLINIQUE

ment d’un symptôme souvent difficile à combattre — et ce qui montre, d’autre part, l’action régulatrice du corps thyroïde sur le fonctionnement de l’intestin, comme le prouvent d’ailleurs ses effets sur la diarrhée chronique et sur l’instabilité thyroïdienne intestinale.

Dans notre travail sur la migraine thyroïdiene de l’enfant, nous avons rapporté un cas de ce genre (obs. 4). L’enfant, âgé de 12 ans, qui était venu consulter pour une migraine héréditaire, qui simultanément avait du retard testiculaire et une pigmentation intense sur le dos et sur l’abdomen, présentait 3 garde-robes en moyenne par jour. Les selles sont fétides et presque liquides. Le traitement thyroïdien, prescrit par cachet de 25 milligrammes, a donné un résultat dès les premiers cachets. Et en ce qui concerne les garde-robes, dès le quatrième ou cinquième cachet, l’enfant, au lieu d’en avoir 3 ou 4, une au moins après chaque repas, n’en a plus que le matin. Son intestin reste ultérieurement réglé. Dans nos diverses notes successives, nous lisons que le sujet ne va plus à la garderobe qu’une fois par jour : le matin. Les selles ne sont plus fétides, elles deviennent moulées.

Une autre observation met en évidence la régulation de l’intestin par le corps thyroïde.

Il s’agit d’un sujet de 29 ans, dentiste, qui fait partie d’une famille de thyroïdiens et qui est venu nous consulter pour toute une série de troubles que nous allons résumer :

Sujet très maigre, refroidissement des extrémités et frissons dans le dos vers 5 heures du soir ou après les repas. Grande tendance à l’alopécie et raréfac-

lion du sourcil dans son tiers externe. Fatigue matutinale. Douleurs passagères de l’articulation tarso-métatarsienne ou des genoux, douleurs ambulantes diffuses. Troubles dyspeptiques : congestion du visage après les repas, somnolence habituelle, plénitude stomacale, le tout depuis trois ans. Garde-robes répétées (trois fois en moyenne) avec sensation que l’intestin n’est pas complètement vidé; tendance aux hémorroïdes. Besoin de sommeil, varices, rhino-pharyngite, thorax étroit.

Le traitement thyroïdien, commencé en fin décembre 1909, par cachets de Os' ,025, puis de O»' , 10, le transforme complètement : l’appétit s’améliore, les troubles dyspeptiques disparaissent; la somnolence et le besoin de sommeil n’existent plus, la poitrine s’élargit de 8 centimètres: il augmente de 7 kilogs de poids; les douleurs, les troubles de calorification ont disparu ; les cheveux cessent de tomber, s’épaississent et repoussent; le tiers externe du sourcil se recomplète.

En ce qui concerne l’intestin, au lieu d’avoir des garde-robes fréquentes, avec la sensation de l’intestin qui n’est jamais complètement vidé, et des matières trop dures ou trop molles, il s’est établi une véritable régulation intestinale, le sujet a 2 garderobes par jour, les selles sont bien moulées, il n’a plus de paresthésie intestinale. Les hémorroïdes ont simultanément disparu. Nous reviendrons sur ce point.

Le malade ayant grossi de 7 kilos, sans augmenter son alimentation, on peut se demander si ce n’est pas à une meilleure assimilation qu’est due cette augmentation de poids.

A propos de ce sujet, on peut poser la question des rapports du corps thyroïde avec les hémorroïdes.

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