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Voici lu Chandelle du jour :
Entrée,
On disait devant JL de Tillancourt qu Eugène Pelletan était allé prendre les canx de Plom- ; bières.
-—Pelletan à Plombières! s'écrie l'illustre ami jdcM.Pamard, c'est impossible, impossible, impossible!
— Pourquoi donc ! demande M, Roy de Loulay, qui fart partie, je crois, du Corps législatif.
— Mais parce quePelletan est fou de Roy an.
Fremter Service*
te moment est venu pour moi de prouver au Gouvernement combien je lui sois dévoué, corps et Chandelle.
L’acte éminemment dynastique, quoique sentant le mouchard, que je vais accomplir,, aura, Je ne me le dissimule pas, pour résultat immédiat défaire flanquer la Chandelle à la porte du département des Basses-Pyrénées,
Mais c'est égal, rapproche du août m'inspire et me rend capable d’une foule de bassesses, dont voici un premier spécimen*
Je dénonce au Gouvernement le préfet de Pau comme coupable de pousser à la vente de la Lcm. terne *
Ce rusé fonctionnaire, voyant que YIndépçndant, feuille locale, servait par extraits à ses abonnés ia
brochure de Rochefort, a menacé ledit J ndêpendùnt de lui retirer la voie publique s’il continuait ses reproductions.
En province, la lutte entre un fonctionnaire et un journal n'est guère possible. Celui-ci finirait par succomber.
Aussi est-il toujours adroit d’obéir, et le eom^ mandant des sapeurs-pompiers de T. Ch,, gros bourg de la Saintonge, me paraît avoir prononcé quelque chose de modelé sur le moule du parfait citoyen quand, dernièrement, félicité par M, l'adjoint sur sa bonne conduite et sa poigne pendant les troubles des deux Charcutes, il répondit :
— Oh! M. l'adjoint! vous m'auriez ordonné de tirer sur une population, même inoffenSîve, que je n'aurais pas hésité !
Donc, pour en revenir, Y Indépendant de Pau n’a plus cité la Lanterne ,
Et il est arrivé qu'une centaine de lecteurs qui s'étaient contentés jusque-là des extraits publiés par leur journal, ont couru chez les libraires pour se procurer la brochure défendue.
C'est ce que voulait évidemment M* le préfet*
Car, si tel n'avait pas été son but, il aurait commis la une maladresse inqualifiable.
Supposition qui serait irrévérencieuse et que je me garde bien de faire.
Hors d'œuvre^
Câlin o est garçon de bureau à la Chandelle *
Je le trouve ce matin on train de tondre soigneusement mon unique balai de crin,
— Malheureux! que fais Ut là ?
— Mais, monsieur, si je ne le rafraîchis pas un peu, ça ne repoussera jamais.
Deuxième service.
Brioude ne me paraît pas précisément jouir d'une population bien recommandable*
C'est, du moins, l’avis du sous-préfet qui déclare au Conseil d’État qu’un cure, quinze conseillers municipaux et un grand nombre de propriétaires du pays sont des gens tarés, sans aveu qui signeraient aujourd’hui pour quelques pièces de monnaie le contraire de ce qu’ils ont signé il y a six mois.
Ce qu’ils ont signé, il y a six mois, ce sont les pièces :i l’appui desquelles M. de Lacombe demande au Conseil d’Ëtat l’autorisation de faire quelque chose de très-désagréable à M. le Sous-Préfet de Brioude, chose que la nature impolilique et partant morale de la Chandelle ne me permet pas de préciser.
je m’en console en rappelant à mes lecteurs que le fonctionnaire dont il est ici question a déclaré un jour « se f..„ des journaux. »
Il y a, dans le lîoi s’amuse, de Victor Hugo, une noble tête de vieillard qui, sous le futile prétexte que le roi a déshonoré sa tille, vient débiter au monarque susdit un long réquisitoire.
Le roi le laisse parler tout à son aise, après
quoi, Triboulet s’avance et prononce cette ordonnance de non-lieu :
Le bonhomme est fou, sire !
Les citoyens qui» de nos jours, s’avisent de soumettre au Conseil d'État leurs griefs contre de hauts fonctionnaires, me font l'effet de ce pôre assez inconstitutionnel, assez anarchique, assez communiste, disons le mot, pour trouver mauvais que lé roi trouve sa fille bonne et jolie.
Le Conseil d'Etat conclut toujours comme Triboulet.
Celait en Abyssinie.
Le jour de la fcte nationale approchait.
L’un des ministres induits de ta confiance de 1 Empereur rtjcodopos, voulant donner aux popu-
îalions un genre de spectacle agréable*., au gouvernement, décida ;
Qu'il serait fait grâce aux condamnés les plus couverts de crimes ;
À la charge par eux de courir, le jour de la fête, dans les rues et places publiques de Magdala.
Et d’ injurier grossièrement quelques journalistes qui avaient osé imprimer que l'entourage de l'Empereur était sale, mais tenait tout de meme de la place.
Tous les forçats, comme un seul homme, refusèrent avec dégoût.
Des renseignements puisés à une source authentique me permettent de raconter à mes vingt mille lecteurs comme quoi le maire de" * qui na pas encore trente ans de bons et loyaux services, va être décoré au 15 août.
Depuis longtemps, ce magistrat communal visait le ruban rouge. Il avait déjà fait pour 1 obtenu tout ce qu’il est possible de faire a un maire de campagne : une quinzaine d'abonnements au Petit Moniteur t une vingtaine de procès-verbaux aux
volailles de Imposition picorant sur le pré communal, etc., etc*
Mais la croix no venait pas*
Dernièrement, à une grande partie tle pêche, où figuraient grand nombre d’ invites, il a l’honneur de se trouver avec le Préfet.
Dès lôrs il marche constamment sur ses talons, épiant l'occasion de chauffer sa croix*
Mais ce haut fonctionnaire, pêcheur passionné, est tout entier au programme qui les rassemble* Désappointé par quelques coups infructueux, M* le préfet déclare bientôt vouloir jeter lui-même Pépervier et se met en devoir d'en réunir les plis sur PépauJe.
Tout à coup, une idée lumineuse jaillit du cerveau du candidat à la décoration, toujours posté derrière son soleil!
— Cette fois, murmure* t- il, je tiens ma croix! U engage délicatement un bouton des basques de Th abit préfectoral dans r engin*
Une seconde après, Pépervier se déployait et tombait à Peau, entraînant avec une force irrésistible notre infortuné pêcheur, qui, quoique préfet, allait se noyer*
Mais un homme se précipite immédiatement après lui, et ne tarde pas a Je ramener sur la rive.
Mes vingt mille lecteurs ont assez d’intelligence pour deyiner le reste*
Le maire de YYY sera décoré pour d’importants services rendus à l'État,
El O VH- lï * OB 11 V V G
Chavelte, accompagne d’un amî do la province, passe vers six heures devant le Vaudeville.
— Qu'attendent donc ces braves gens? demande le provincial en désignant quelques personnes simulant un commencement de queue,
— ils attendent T heure du spectacle*
— Comment! ils vont poser là jusqu'à ce soir?
— S'ils en étaient quittes encore pour si peu! reprit Ghavetle, mais à huit heures, * ,
— Eli bien, à huit heures, que leur arrivera- t-îl donc?
— Ils entreront, les malheureux !
Un Anglais de vingt-cinq à trente ans, le crêpe au chapeau et tout de noir habillé, entre l’antre
jour au cale de Madrid et, s’adressant à la dame du comptoir :
— Mille pardons, Médème, vô n'avez pas vu une grande andoaille comme moâ?
Un éclat de rire homérique partit aussitôt de tous les coins de la salle.
La dame de comptoir était décontenancée, quand Camille Debans mit un terme à son embarras, en expliquant que le fils d'Albion voulait tout simplement demander si fou n'avait pas vu un grand jeune homme en deuil comme lui»
L'affaire n'eut pas de suites.
Courbet assistait dernièrement à une vente aux enchères.
L'aboyeur annonça :
— Paysage ! par Courbet !
— Mais pas du toutl s'écrie le peintre d’Ornans, cela n'a jamais été de moi î qu’est-ce que c'est que cette, horreur!
— Taisez-vous 1 lui dit le commissaire-priseur.
— C’est un peu fort ! reprend le célèbre peintre. Je vous dis que celte omelette n'est pas de mob,. Je suis Courbet, je connais bien mas œuvres!
— Peu nous importe que vous soyez Courbet ou un autre, vous n’avez pas ïc droit de troubler la vente ! et si vous élevez encore la voix, je vais vous faire expulser.
Et l'aboye ur reprend tranquillement :
— Paysage! par Courbet!
Troisième service
Un événement aussi étrange que douloureux vient de jeter la consternation dans le faubourg Saint- Germain ou le faubourg Saint-Germain dans la consternation,
Le jeune comte de R. allait s'unir à fa belle et ravissante Mlle de V.
Toutes les formalités avaient été remplies, les bans publiés et les petits bancs offerts à l'église et aux dames, les actes respectueux signifiés aux bons parents, la dispense du pape obtenue, le contrat lu et signé, etc*, etc.
Enfin, on en était au repas de noce.
Et la table étincelait de cristaux et de sourires, pétillait de champagne et de gaieté, embaumait de fleurs et de parfums culinaires.
Et par les fenêtres ouvertes, la brise apportait les fraîcheurs de la nuit ainsi que les doux accords
d’un orchestre habilement dissimule dans les verdoyants massifs du jardin .
Oh! c'était ù donner, à un ange du ciel, envie de descendre pour prendre la place de l'époux*
Tout à coup, celui-ci se trouble* rougît, pâlît, verdit, sa cuillère pleine de crème au café qu'il allait porter h sa bouche, s'échappe de sa main et tombe sur le tapis.
Se roidissant contre la souffrance intérieure à laquelle il est en proie, le jeune comte de R, se baisse pour ramasser ladite cuillère.
Et voila qu'au milieu du profond silhnee des convives pantelants d'émotion, se fait entendre un petit bruit, un son vague qu’on ne peut attribuer ni au violon, ni à la flûte, ni aux autres instruments habilement dissimulés dans les massifs du jardin; un de ces bruits, enfin* dont parle le confident d’Àgamemnon, quand il s'écrie :
Un bruit aesez étrange ost venu jusque moi ï
Aussitôt les convives, en gens bien élevés, toussent, crachent, sc mouchent et attendent de l’air le plus naturel la réapparition de l’époux.
Mais celui-ci reste toujours sous la table.
Cinq minutes, dix minutes s’écoulent.
L'époux ne reparaît pas.
Inquiets, les convives relèvent la nappe, regardent, cherchent de tous côtés sous la table.
Rien 1
Plus d’époux !
La honte l’avait dévoré ! ! !
Ces jours derniers, plusieurs vagabonds, se disant hommes de lettres, comparaissaient devant le jury de**, Charleston (Amérique), pour avoir empoisonné, au moyen de brochures pestilentielles, quelques journalistes des plus honorables*
Il y eut acquittement*
En conséquence de ce verdict, le président prononça la mise en liberté des accusés.
Les jurés allaient se retirer, lorsque le chef du jury, tournant son chapeau entre ses mains, demanda la parole au président pour un fait personnel*
— Que désirez-vous? dit le magistrat*
— Monsieur le président, je désirerais, si c’est un effet de votre bonté, que For gardât les aèquiL tés jusqu à demain malin : j’ai un bois à traverser ce soir*
Dessert
Dans la rue Saînte-Catherine, à Bordeaux, sur la marche d'une porte, une femme épucc des chiens.
Passe un sergent de ville qui lui signifie d’aller exercer ailleurs sa délicate industrie.
Vexée, répuceusc répond ;
— Ne vous éloignez pas , votre tour va venir î
Indignation du sergent de ville, procès-verbal, comparution en police correctionnelle, condamnation de Vépueeuse à six jours de prison.
Donc :
Prix d’une douzaine de grossières in jures adressées à un journaliste» . « , %
Prix d’une menace d’épueer un sergent de ville . 6 jours de prison
Dn homme honorable, un graveur île ta leu I,
M, Ulysse Parent, est arrêté sans motifs par un agent de police qui le désigne à la foule comme un voleur, le conduit au poste en l’étranglant un petit peu, le traite de misérable coquin, et d’un coup de poing l’étend sur un lit de camp.
Ces faits se sont passés il y a quatorze mois, pendant lesquels M. Parent, demandant justice, a été renvoyé de juridiction en juridiction.
La Cour d’Orléans vient enfin de se prononcer : elle déboute >L Parent de sa demande contre l’agent de police.
Ainsi, un agent de police peut impunément vous traiter de voleur, de misérable coquin, vous étrangler à moitié, vous flanquer le poing sur la figure, etc., etc.
Vous n’avez droit à aucune réparation.
Un honnête, courageux et utile journaliste, poussé à bout, exaspéré par les calomnies les plus fangeuses, frappé sauvagement dans l'enfant qu’il adore, va appliquer un soufflet sur la seule figure responsable que sa main puisse toucher sans se salir.
L’honnête homme, le père outragé, est con-
damné à quatre mois de prison cl 200 francs d'amende I
Üù tout cela nous conduira-t-il, bon Dieu !
Àïi ! je le sais bien, et mon ame en tressaille de joie et d'impatience.
Le sieur Charles Marchai a été, l’a u Ire jour, expulsé tic la salle d’audieuec où se plaidait l’affaire du sieur Rochette contre M. Henri Rochefort.
Pourquoi celte salle u’est-elle pas la France entière !
Bureaux : 16, rue du Croissant.
Le gérant : André Hirlgoyom
TARIS, — IMPRIMERIE VALLÉE, 15, RLE ÜRKDA.