‹ La petite mère (volume 4)Chapitre 33 sur 33 · LE COLONEL DE LA LIVINIÈRE · texte numérisé non relu

LE COLONEL DE LA LIVINIÈRE

contre son mari pour songer à formuler la moindre excuse, elle prit congé de lui sans articuler une parole, l'abandonnant seul à ses réflexions dans la chambre des Tapisseries.

Comme s'il était sûr d'être suivi, le prêtre attendit la baronne, planté au milieu du vaste palier, dans les bas-côtés duquel s'ouvraient les embrasures de plusieurs portes hautes enrichies de magnifiques pilastres de marbre blanc. Quant il l'aperçut, il se remit en marche de la même allure compassée, solennelle; maisy au lieu de tirer à gauche vers le grand escalier, il tira à droite tout à coup.

Devinant sans doute à quelles préoccupations obéissait le Supérieur du Jugement- Dernier, madanie Fusier se précipita en avant, et, posait la main sur un bouton de cuivre, dont le point lumineux sMteignait dans Tobscurité envahissante, poussa le battant d'une porte. Le religieux, soit qu'il ne jugeât

pas à propos de faire honneur à une femme que la dévotion mettait à sa merci, soit que, trop absorbé, il oubliât désormais les plus simples notions du savoirvivre, passa le premier rondement.

La pièce où entrèrent nos deux personnages était' exiguë et assez chétivement meublée. Des fauteuils^ dépareillés, des chaises de cuisine, ô surprise! un banc de sapin, puis au milieu une lourde table à pupitres, comme on en voit dans les écoles publiques. Cette table grossière, à laquelle Fencre débordant des godets de verre avait, çà et là, imprimé ses stigmates, formait un singulier contraste avec les boiseries de teinte grise, encadrées de moulures légères lançant leurs feuillages délicats de haut en bas des panneaux, entourant Tunique fenêtre de festons déliés, gracieux, qui abotrtissaient aux angles à des médaillons d'où jaillissaient, en uni relief admirable, des nids de fauvettes et de rossignols.

Évidemment, à Tépoque où les Trémière de la Sylve habitaient cette somptueuse demeure, cette chambrette , où tout était mignon, souriant, exquis, avait une destination a:ppropriée au luxe qui la décorait. Là, plus d'une fois, quelque aïeule de madame Fuster se retira pour pleurer des larmes discrètes, pour lire le billet doux du chevalier Trois-Étoiles, pour chuchoter avec lui des riens charmants.

Aujourd'hui ce réduit, d'où la piété austère avait chassé les amours folâtres, servait de salle d'études à'

Madeleine, ainsi qu'aux Frères et aux Sœurs du Jugement- Dernier, pauvres gens sans culture, voués aux gros ouvrages de la Communauté^ et auxquels le révérend père Barandon, et à son défaut la baronne, ne dédaignaient pas de temps à autre de faire déchiffrer une page de l'Évangile ou tracer des bâtons sur le papier.

Madame Fuster, toujours empressée, poussa un fauteuil au-devant du moine. Celui-ci demeura debout, tête baissée, en proie à une méditation tenace qui ne lui permettait de rien voir, de rien comprendre, de rien juger autour de lui. La baronne se sentit gagnée par une inexprimable terreur.

«— Ce qui vient de se passer sans doute. Révérend Père Supérieur ?. . . articula-t-elle péniblement.

Il leva les yeux sur elle et la brûla de son regard*

— Ce qui vient de se passer me désole, répondit-il 'une voix altérée.

— Je n'ai rien dit pourtant...

— J'éprouve un grand ennui* •• Vous perdrez tout«

— Tout?

— Oui : les vôtres, vous-même, l'Ordre du Jugement-Dernier.

— Ah ! mon Dieu !

— Les vôtres, parce que vous ne saurez les conque» rir à Dieu ; vous-même, parce que vous ne pourrez conserver longtemps l'esprit de charité, dans les luttes violentes où je vous vois engagée ; l'Ordre du Juge-

ment-Dernier, parce qu'après tant de vicissitudes diverses, votre appui est devenu sa ressource unique et que votre appui va lui manquer.

— Jamais il ne lui manquera !

— Toujours la passion...

— Révérend Père Supérieur, il est des passions saintes, riposta-t-elle.

Malgré son entier dévouement aux pauvres, l'austérité de sa vie, l'anéantissement, croyait-elle, de son être, cette femme indomptable se révoltait contre un prêtre; elle aurait ouvert le feu contre Dieu lui-même, si Dieu eût posé le doigt sur la fibre si sensible de son orgueil.

Le révérend père Phalippou eut un geste découragée. Puis, du fond de son âme, s'échappèrent ces mots amers :

— On n'arrachera point la créature humaine à l'humanité.

— L'humanité? interrogea-t-elle, curieuse de pénétrer, fût-ce à son dommage, une pensée dont elle n'avait point saisi l'étendue.

-^ Je dis que vous n'avez pas vaincu l'humanité, qu'elle est toujours vivante en vous. Vous ne l'ignorez pas cependant, l'humanité a été maudite, parce qu'elle est le mal, parce qu'elle est le péché. Vous avez été comblée de la faveur céleste, et vous possédez le sentiment des choses divines. Mais prenez-y garde, la grâce

n'a pas soumis votre nature tout entière : il est des I 28

endroits de vous-même qui restent la conquête du Démon... Depuis l'arrivée du général, je vous observe.

A ce mot, madame Fuster, qui essuyait patiemment le courroux du moine, les yeux rivés au sol, releva la tête d'un mouvement altier.

— Oui, madame, je vous observe. Et n'en ai-je pas le droit? Ne suis-je pas le juge de votre conscience? Qui sait, du reste, si plus d'une fois, pénétré des élans de votfe charité admirable^ je ne caressai pas quelque cher projet? A. la naissance des grandes fondations moiiastiques, le nom .d'une femme se trouve généralement associé. A côté de saint Bazile, sainte Macrine; de saint Augustin, sainte Monique; de saint Benoît, sainte Scholastique; de saint François-d' Assise, sainte Claire; de saint François de Sales, sainte Jeanne de Chantai. Peut-être Dieu, prenant pitié de mes efforts, m'avait- il conduit vers madame Fuster, née Thérèse Trémière de la Sylve, comme il conduisit saint Vincent de Paul vers madame Legras, née Louise de Marillac. Ne vous ai-je pas nommée déjà directrice du Tiers-Ordre du Jugement-Dernier ? Qui sait si dans la suite...

— O mon Révérend Père Supérieur, je vous implore les mains jointes, acceptez-moi pour coopératrice de votre œuvre!

Eblouie pîir la vision sublime que le nom de tant de saintes évoquait, elle avait senti un frisson élec

trique lui parcourir les jambes, les lui couper, et elle était tombée à genoux.

— Relevez-vous, lui dit durement le religieux.

— Non... Flagellez-moi jusqu*au sang,

— Je vous le répète, relevez-vous !

Elle se souleva, et, brisée, pantelante, s'appuya contre la table.

Le révérend père Phalippou, qui, pour la centième fois, mettait en pièce l'orgueil de Thérèse de la Sylve, la voyant anéantie, terrassée, fut envahi par une soudaine pitié.

— Asseyez-vous, madame, lui dit-il.

Et lui-même il lui tendit un siège.

Il y eut un long silence.

— Êtes- vous disposée à poursuivre cet entretien, ou devons-nous en remettre la suite à un autre jour?

— Parlez, Révérend Père Supérieur, votre servante vous écoute, repondit-elle traduisant sans s'en douter ces paroles de l'Ecriture : — a LoquerCj Domine^ quia audit servus tuus. i>

— L'arrivée du général, dit le moine, qui renoua le fil de la conversation là où il avait été rompu, étant un fait énorme dans votre vie, et par contre-coup dans la vie si précaire de l'Oidre du Jugement-Dernier, mes observations ont dû porter sur la nature de vos relations avec votre mari... Elevez-vous, et ne vous épouvantez point d'entendre la vérité : ces relations

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ont été constamment embarrassées, souvent acerbes, quelquefois empreintes d'une amertume qu'aucune faute du général ne saurait à mes yeux justifier. Après tout, quels sont les manquements si impardonnables de M. Fuster? Il vous a quittée, il a mené la vie à grandes guides de tous les officiers riches? Expliquons* nous loyalement, madame : à l'époque où vous vécûtes avec votre mari, le rendîtes-vous complètement heureux?... Répondez.

— Il y avait, entre M . Fuster et moi, incompatibilité absolue d'humeur.

— Madame, l'Eglise a fait du mariage un sacrement, et à tout sacrement elle attacha des grâces spéciales. Celui-ci, qui lie un être faible à un être fort, sans autre défense que le « cœur du bien-aimé, » pour me servir du langage si doux du roi Salomon, remplit la femme de résignation aimable, de douceur pénétrante, d'affection persuasive, et, pourquoi ne pas prononcer le mot qui résume tout et que Dieu n'a pas interdit aux lèvres pieuses? d'amour... Madame, avez-vous aimé votre mari ?

— Je le crois, Révérend Père Supérieur.

— Quoi ! vous n'en êtes pas certaine ? C'est qu'alors vous ne l'avez pas aimé.

— Je vous assure...

— Non, non I

— Seulement...

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Comme si l'aveu qu'elle avait à faire soulevait ses pudeurs intimes, son visage pâle se colora d'une nuance rosée, puis tout à coup elle le couvrit de ses deux mains.

— Ayez pitié de moi, murmura-t-elle, ayez pitié de moi...

— Madame, vous n'êtes pas ici au tribunal de la pénitence, et rien ne vous oblige à vous confesser. Quand, enhardi par vos bienfaits, j'ose vous interroger sur les choses si secrètes de votre cœur, ce n'est pas le directeur qui vous parle, c'est Tami... La maladie condamnant M. Fuster à réintégrer le domicile conjugal, je crus que cet homme, éprouvé par tant de chagrins, écrasé par la catastrophe finale de sa carrière anéantie, allait vivre paisiblement à l'hôtel Trémière, et qu'il ne nous serait pas difficile deTattirer au grand œuvre du Jugement-Dernier. Mais je ne vous connaissais pas assez profondément, et j'eus tort de ne point compter avec votre caractère irritable, impérieux, où l'orgueil, cet alliage bourbeux, se mêle à l'or des plus solides vertus... Madame, savçz- vous ce qui, chez la femme, dompte Torgueil, mieux que la prière, la retraite, le cilice, les plus cruelles austérités de la vie chrétienne ? C'est l'amour, cette étincelle tombée du ciel et que Dieu laissa à l'homme comme un espoir de retour dans la patrie. Si vous eussiez aimé votre mari, si vous l'aimiez encore, votre voix serait plus douce, votre humeur plus conciliante, votre volonté moins

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absolue ; si vous eussiez aimé votre mari, si vous l'aimiez encore, vous n^auriez pas conservé cette inflexibilité d'attitude qui parfois a poussé le général à des paroles extrêmes, et, en une minute, nous a ravi les bénéfices d'une conversion que nous n'avions pas espérée.

— Mais, Révérend Père Supérieur, articula la baronne presque scandalisée, un pareil langage. . .

— Un pareil langage vous étonne. Je sais que tous les prêtres ne s'expriment pas avec cette liberté sur l'amour humain, que beaucoup d'entre eux le considèrent ou comme méprisable ou comme dangereux. Pour moi, quand je vois la femme s'unir à rhomme, loin d'éprouver aucun sentiment de mépri3> d'être envahi de Je ne sais queh dégoûts ou de quelles appréhensions funestes, je me sens pénétré d'allégresse. Je ne songe point à deviner, moins encore à salir les mystères d'où naîtront les enfants qui, aux termes de l'Ecriture, entoureront, « comme de jeunes plants d'olivier, la table du père de famille, sicut novellœ olivarum in circuitu mensœ tuœ. » J'honore ces mystères sacrés, je pense à ma mère, dont Dieu daigna bénir les entrailles, afin que je vinsse à la lumière pour le prier, le bénir, le publier jusqu'à la fin.

— Ah I Révérend Père Supérieur, vous ne connaissez pas ce que l'amour, tel qu'on l'entend chez les hommes, peut contenir d'impuretés, dé hontes, de servitudes abjectes et répugnantes.

LA CHAMBRK NUPTIALE 33l

— Madame, l'épouse, fût-elle païenne, adonnée aux plus basses idolâtries.^ a un moyen de se fair^ respecter par Tépoux.

— Quel moyen ?

— Son amour, madame, son amour! répondit énergiquement le religieux, qui, dans la solitude de sa cellule, avait entrevu le fond de la nature humaine.

— Son amour? balbutia la baronne interdite.

Le révérend père Phalippou se recueillit cinq secondes.

— Pour ne pas perdre de vue ce qui vous touche exclusivement, reprit-il, croyez-vous que le général, qui vous aime avec des transports dont la chaleur demeure encore si vive, eût été capable, à l'époque oîi vous viviez l'un près de l'autre, de vous refuser le réfrènement de ses passions, si vous jugiez ses passions en quoi que ce soit alarmantes pour les légitimes pudeurs de l'épouse?

— Je le crois.

— Je pense le contraire.

— Je lui parlai de Dieu, de ce qu'il permet, de ce qu'il ije permet pas...

— Vous parlâtes trop, et, je vous le répète, vous n'aimâtes pas assez. Dans des épanchements que la nature autorise et que le ciel n'a pas réprouvés, vous vous réclamâtes trop souvent de votre foi et marquâtes d'un mot trop inflexible le point que vqus n'entendiez pas dépasser. Cect me prouve que vous n'avii^z

pas été émue, que vous aviez épousé M. André Fuster sans amour.

— Il fallait donc m'abandonner à cet homme, dont a dépravation pouvait me perdre, et oublier Dieu qui me jugera?

Un mouvement d'irrésistible colère avait mis en vibration tout son être.

— Madame, répondit le moine, dont pas u'n muscle n'avait tressailli, il fallait avoir le cœur plein de tendresse, et opposer cette tendresse abondante à ces débordements condamnables. Je vous le jure, ils n'eussent pas franchi cette digue.

— Qu'en savez- vous ? s'écria-t-elle relevant la tête par un mouvement d'incomparable fierté.

— Dans ce cas, « Dieu qui vous jugera » se fût montré plein de miséricorde, car, la tempête des sens essuyée, vous fussiez arrivée à son tribunal tenant par la main le principal auteur de votre faute, sauvé par votre généreuse faiblesse, par votre amour.

Elle n'eut pas un mot.

— D'ailleurs, poursuivit-il, pourquoi s'obstiner à croire à de pareilles fureurs de la part d'un homme si entièrement épris? Encore une fois, ces fureurs, si vous les connûtes, ce sont vos refus qui les provoquèrent, et c'est toujours vous qui fûtes la cause du mal.

— J'aime Dieu! dit-elle avec exaltation.

— Si vous aimez Dieu, montrez-vous plus attentive aux devoirs que cet amour impose.

— Mon premier devoir est de l'aimer, lui, par dessus tout.

— Et votre second devoir est d'aimer votre prochain comme vous-même.

— C'est à quoi je me conforme fidèlement.

— Vous vous aimez mieux que vous n'aimez votre mari.

-^Moil

— Vous vous aimez mieux que vous n'aimez votre enfant.

— Moi!

— Madame, je suis prêtre de la sainte Église, et je vous le dis en vérité, votre religion m'épouvante ; j'ignore si elle ne vient pas toute de Taridité de votre cœur.

Ces mots furent terribles, et la lionne encore une fois hérissa sa crinière fauve.

— Jugez-moi sévèrement, Révérend Père Supérieur, dit-elle, les dents aiguisées pour le carnage; vous me forcez à vous avouer que Thomme, avec ses penchants grossiers, sa violente et sotte nature, ses sauvages appétits, oîi la créature de Dieu cède la place à la bête immonde de TEcriture, que l'homme enfin, l'homme me fait horreur!

— Mais votre enfant?

— Ahl murmura-t-elle, levant ses bras vers le ciel par un élan désespéré, pourquoi me rappeler mon ^uppliç^ 4^ t?^9 les iours, ma pureté perdue |

— Vous voyez bien que je ne me trompe point, que vous n'aimez personne que vous I s'écria le moine pénétré d'une sorte d'efiFroi.

Il fit trois pas vers Ja porte. Il éprouvait le besoin de rentrer dans la solitude de la rue Oudinot pour se recueillir et prier. Au fond de sa cellule, penché sur le crucifix, il lui viendrait une lumière nouvelle, dont il éclairerait l'obscurité farouche où se débattait la religion de madame Fuster. En ce moment, il sentait son esprit aux abois, et la fuite qui le déroberait à un entretien dangereux, devenait une suprême habileté.

'Quand la baronne vit le religieux battre en retraite, elle éprouva un sentiment d'angoisse horrible. Affreuse torture l il lui sembla que la grâce, si précieuse, s'en allait d'elle. Dans la surexcitation de son cerveau, une idée se dégagea avec une netteté surprenante : évidemment, elle avait dépassé la mesure. Un remords cuisant l'envahit tout entière, et ses yeux, qui ne connaissaient pas les larmes^ se mouillèrent.

Cependant le révérend père Phalippou s'éloignait. Elle s'agita sur sa chaise et se leva. Un soupir s'échappa de sa poitrine, long, déchirant comme le cri de détresse d'un naufragé roulé dans la houle des flots. Le moine se retourna. Il la vit qui se soutenait à peine, appuyée contre la table à pupitres. Il la considéra une seconde, tout en maintenant un de

ses bras tendu vers le bouton de cuivre de la porte. Elle ne sut dominer le tumulte de ses émotions, et, se voilant la face avec Y Histoire Sainte de sa fille^ ouverte à portée de sa main, elle éclata soudainement en sanglots.

Le religieux, saisi, laissa retomber son bras et demeura immobile. Devait-il sortir? devait-il rester? Ces larmes qui coulaient lui devenaient un embarras cruel. Il poussa la porte entr'ouverte déjà et, rétrogradant vers la baronne, cet homme, que le caractère sacerdotal n'avait pas diminué, comme cela arrive à tant d'êtres misérables ou petits imprudemment voués aux autels, dont il avait au contraire agrandi la nature nativement supérieure, articula ces paroles :

— Madame, je ne devrais pas voir vos pleurs peutêtre, mais c'est ma parole qui vous a touchée, et j'étouffe de vaines délicatesses pour demeurer témoin de ma victoire. Il fallait vous ébranler jusqu'aux entrailles. Dieu m'a accordé le pouvoir de le faire. Que Dieu soit béni ! Désormais, ce sera à Thôtel Trémière une vie nouvelle.

7- Que désirez-vous de moi ? balbutia-t-elle. — • Je désire que Tépouse que vous ne fûtes pas, vous la deveniez.

— Je gravirai mon Calvaire.

— Je désire que la mère que vous ne fûtes pas, vous la deveniez.

— Oui, oui.

' — Comme il n'a pas oublié de nous le faire remarquer, nous avons beaucoup obtenu du général. Songez à ce que nous obtiendrons encore si vous le voulez. Et de quoi s'agit-il pour vous ? D*aimer le plus noble des hommes, car il faut que vous ayez ma pensée : le général Fuster est, au foyer domestique, le plus noble des hommes, comme il en fut, à l'armée, le plus vaillant... Un grand danger nous menaçait : M. Stéphane Nadalewski. Ce pécheur endurci, qui est l'ennemi de Dieu et de son Christ, pouvait, par l'influence sur votre mari d'une vieille amitié, le tourner contre nous, se servir de lui comme d'une arme meurtrière pour atteindre TOrdre du Jugement-Dernier, pour tenter de vous précipiter avec votre enfant dans les ténèbres du siècle, d'où personne ne vous eût vue revenir. M. Stéphane Nadalewski a parlé sans doute, mais le général ne Ta pas entendu. A quoi devonsnous le miracle de cette surdité providentielle? A -la tendresse dont M. Fuster demeure pénétré pour vous... Et vous souffleriez obstinément sur cette lumière qui vous sauve, sauve votre fille, sauve le général luimême, sauve l'Institut du Jugement-Dernier d'une ruine inévitable!

— Que Dieu féconde ma poitrine, dure comme le roc, du don de toutes les affections de la terre ! s'écria la baronne électrisée.

— Vous serez exaucée.

— Qu'il touche mes os glacés et fasse que j'aime.

LA CHAMBRE NUPTIALE SBy

pour l'œuvre du Jugement-Dernier, si sublime et si haute, pour ma si chère enfant Madeleine^ pour mon mari si bon, pour moi-même qui fus impitoyable à tous!

Cette prière ardente bouleversa le révérend père Phalippou.

— Ma fille, dit-il d'un ton où respira une douceur paternelle ineffable, tout à l'heure, glissant une allusion à votre maternité, vous avez laissé percer je ne sais quelles alarmes. Cela ne prouve qu'une chose : votre désir enflammé de gravir les plus extrêmes degrés de la perfection. Soyez rassurée: Dieu n'estime pas moins la pureté des épouses que la pureté des vierges, et la chasteté, cette fleur mystique de la solitude, s'épanouit aussi dans la chambre nuptiale. Saint Grégoire de Nazianze, mon patron, en une de ses lettres raconte que toutes les fois que le hasard de ses pas lui faisait rencontrer une femme «dont le mariage chrétien avait comblé les entrailles, il la saluait du profond respect de son âme. » Ce génie si tendre^ qui eut pour sa mère une affection devenue l'une des légendes les plus touchantes de PEglise, rendait ainsi un solennel hommage à celte pureté de l'épouse qui vous est si précieuse et dont vous brillez comme Ruth, la compagne de Booz. Je vous dis maintenant : soyez consolée I

*- Grâces vous soient rendues, au nom du Seigneur, mon Révérend Père I Je suivrai docilement les sentiers où votre main me guidera.

338 LA PETITK MÈRE

— Achevez de vous remettre en paix ici. Ne quittez pas encore cette" chambre. Moi, je vais descendre; je verrai M. de la Livinièrc et l'informerai que le général ne peut le recevoir aujourd'hui. Le vicomte ne s'ofiFensera point, il nous est trop attaché.

Il leva la main. Madame Fuster, dont l'œil était redevenu sec, inclina la tête.

— Ma fille, lui dit le moine, non sans solennité, pour les saintes résolutions que vous venez de former, je vous bénis au nom du Père, et du Fils, et du Saint* Esprit.

Il dessina un' signe de croix dans l'espace, puis se retira lentement.

M. LE VICOMTE EUSTAZADE.

Le Supérieur de TOrdre du Jugement-Dernier s'engagea dans le grand escalier monumental de l'hôtel Trémière. Il en desendit les marches une à une, s'arrêtant de temps à autre. Sa forte tête inclinée sur sa poitrine, les yeux recueillis, regardant pour ainsi dire en dedans, il réfléchissait. C'était bien la première fois qu'il pénétrait madame Fuster à fond, intiis et in cutCj selon le mot du poëte latin, et ce prêtre énergique recevait à Tâme comme de vagues tremblements. Il avait fallu l'arrivée du général pour qu'il connût la baronne. Dans les luttes âpres d'une union mal assortie, elle s'était montrée à lui telle qu'il ne l'eût jamais soupçonnée, même au confessionnal, violente, despotique, cruelle, capable d'emportements religieux

effrénés... Il eut peur... Pourtant il l'avait connue si calme , si maîtresse d'elle-même , si douce autre* fois !

Le révérend père Phalippou, retenu dix fois immobile par sa pensée inquiète, — sa pensée, on le devine, c*était sa fondation monastique, — toucha enfin à la porte du petit salon. Après une halte dernière, il ou* vrit.

— Mon cher vicomte, dit*il entrant... Ah! mon Dieu I s'écria-t-il.

Madeleine, qui, nous le savons, venait de confectionner elle-même tout un petit trousseau à Marie David, était là, en train de lui essayer une chemise. Loulou, à moitié nue, se trouvait installée sur les genoux de M. Eustazade delà Livinière, lequel faisait les plus consciencieux efforts pour tenir les bras joueurs du baby, tandis que la marraine, affairée, fronçait une coulisse trop large autour de son cou mignon.

— Vous voyez. Révérend Père Supérieur, à quel office ridicule m'emploie mademoiselle Fuster, dit le vicomte.

— Et si vous vous mariez un jour et que vous ayez des enfants!... répliqua Madeleine avec Faudace de l'innocence.

— Mademoiselle a raison, conclut le moine, que le spectacle ravissant de Marie David, dont les petits pieds |L fossettes, dans un jeu folâtre, frôlaient 4e temps H

M. LE VICOMTE EUSTAZADE 84!

autre les joues de Madeleine baissée, tenait pour ainsi dire en arrêt.

— Finiras-tu, méchante guêpe, finiras-tu de me piquer I chantait la jeune fille, charmée de cette familiarité enfantine et distribuant de légères tapettes à Loulou qui riait et laissait voir sa bouche fraîche comme une rose, oti les dents, nées d*hier, figuraient de légers points de grésil.

— Malé! Maléf... balbutiait-elle, répétant un abréviatif du nom de Madeleine tout à fait de son invention.

— Votre Malé ne vous aime plus.

^ Si! si!

— Non l non !

Les yeux de Marie se gonflèrent, et de grosses gouttes d'eau claire arrosèrent ses joues rondelettes de poume d'api.

— Allons, je t'aime, lui dit Madeleine.

Et, dans un long baiser^ la petite mère but les pleurs épars de l'enfant.

— Mais, Révérend Père Supérieur, le général m'attend peut-être? s'informa M. de la Livinière, faisant mine de déposer son fardeau sur le tapis près du feu.

— Le général, trop fatigué , ne peut vous recevoir aujourd*hui. Nous sortirons ensemble.

Le vicomte Eustazade ne changea pas d'attitude, et Madeleine noua un jupon chaud de finette autour de la taille frêle de Loulou.

Le Supérieur du Jugement-Dernier regardait. Lui qui, jusqu'ici, n'avait vu la fille du général Fuster que dans la salle d'études du premier étage, accoudée sur son pupitre devant ses livres effondrés, en proie au plus accablant ennui, ne revenait pas de sa surprise, en lui découvrant, quand elle s'occupait de Marie David^ tant de grâce, tant de joie, tant de dévouement maternels.

9- Quelle sœur de charité admirable ! > pensa cet homme, dont toutes les idées, par un pli de nature, aboutissaient à la religion.

Une chose le toucha particulièrement, ce fut lorsque, robe de flanelle et blouse passées, accrochées, Madeleine se mit à genoux devant sa filleule pour la chausser de petits bas de laine blancs et de microscopiques souliers de maroquin bleu. La jeune fille déposa un baiser bien tendre sur chacun des pieds de Loulou, qui, agréablement chatouillée, recommença ses rires éclatants et appela à plusieurs reprises, ouvrant tout grand son bec d'oiseau :

— Malé! Malé.K..

— Que veux- tu ? lui demanda- t-elle,

— Prends Loulou, prends ! fit-elle tendant ses jolis bras potelés.

D'un mouvement, elle l'enleva et la serra contre sa jeune poitrine avec un élan passionné dont ses yeux, tout son visage reçurent comme le reflet enflammé.

M. LE VICOMTE EUSTAZADE 3^3

€ Quel cœur pour diriger un Orphelinat f » rêva le Supérieur de l'Ordre du Jugement- Dernier.

Cependant M.<iela Livinière, libre de toute charge, se mit debout. C'était un homme grand, sec, maigre. Le visage, d'un 'ton blafard, parsemé de taches terreuses, avait une coupe allongée, âne, presque aiguë. Les yeux, très enfouis, ne laissaient pas facilement deviner leur nuance. Les joues étaient creuses, les lèvres minces. Le nez droit, renflé, à narines égales bien ouvertes, offrait un obstacle sérieux à des lunettes enchâssées dans des fils d*or, qui, sans cette barrière redoutable où elles chevauchaient librement, fussent tombées sur le menton. Pas de barbe, pas de moustache, peu de cheveux autour du crâne à arêtes saillantes; mais en revanche, ce peu de cheveux, d'un noir de jais.

Ce portrait ne serait pas complet sans le cadre. M, le vicomte Eustazade était tout de noir habillé, et, luxe peu ordinaire chez un dévot I son pantalon, sa redingote, son gilet révélaient un ciseau savant. C'était avec une élégance parfaite, d'ailleurs, la désinvolture de bon goût que communique la fréquentation assidue de la bonne compagnie, qu'il allait et venait dans un costume embarrassant, taillé plutôt pour la démarche discrète d'un prêtre que pour l'allure affairée d'un fonctionnaire de l'Etat.

Ce personnage jaune et noir s'inclina devant Madeleine. 1

•^ Mademoiselle, dit-il en grimaçant un sourire, je m'explique à présent qu'à la Légion-d'Honncur, on vous ait appelée « petite mère. »

"-.•.T'/te mère... balbutia Loulou en son jargon enfantin.

Et elle se blottit de plus belle dans le sein de la jeune fille.

— Mais il me semble que vous, monsieur, vous mériteriez qu'on vous appelât « petit père », lui riposta Madeleine riant.

•«. j'aspire à devenir père... sans épithète, insinua le chef de bureau à la division des Cultes, se croyant spirituel.

— Vicomte! intervint le révérend père Phalippou, qui le tira furtivement par la manche de son habit.

— Vous comprenez bien, mademoiselle, que je me marierai un jour ou l'autre, poursuivit M. de la Livi« nière, incapable de s'arrêter en si beau chemin,

— Sans doute, monsieur, sans doute, répondît-elle négligemment, occupée qu'elle était à dresser Marie David debout sur un fauteuil pour lui remonter à la taille son jupon qui dépassait sa robe.

— Savez- vous avec qui je serais heureux de me marier ? insista l'acharné vicomte.

— Mon ami, la nuit vient, et...

En articulant ces paroles embarrassées, le moine avait passé son bras au bras de M. de la Livinière et essayait de l'entraîner. Mais l'autre, enchanté de saisir

M. LE VICOMTE EUSTÀZÀDE 3^5

aux cheveux une occasion unique, se dégagea vivement.

— Vous êtes bien pressé, Révérend Père Supérieur, dit-il de mauvaise humeur. Attendez une minute, )e vous en supplie. Puisque j'ai osé l'interroger, mademoiselle me fera l'honneur deme répondre...

— Que vous répondrais-je, monsieur?

Et, lui montrant Loulou d'un geste malin:

— Voulez-vous épouser ma filleule ?

— Marie David!

Puis, après cette exclamation, contractant les lèvres et laissant voir des dents longues et larges comme des amandes, il ajouta finement, d'un ton mellifiu :

— Encore s'il s'agissait d'épouser sa marraine I

— Moi?

Elle eut un éclat de rire si bruyant, si prolongé, oîi retentissaient tant et de si folles notes moqueuses, que le chef de bureau des Cultes, sentant le ridicule de son rôle d'amoureux transi, ne sut que courber la tête et tortiller entre ses mains aux doigts secs, indéfiniment allongés, les grandes ailes de son chapeau.

Madeleine nouait les cordons de Loulou. Soudain elle releva la tête, puis enveloppant le malheureux vicomte Eustazade d'un regard d'ironie joyeuse :

— Quel âge avez-vous, monsieur de la Livinière? lui demanda-t-elle hardiment.

•^ Jç crois..,

— Je crois que vous êtes bien vieux.

— Vieux! balbutia-t-il éperdu... Cest à peine si j'ai trente ans, mademoiselle.

— Moi, j'en ai dix-sept ou dix-huit, je ne sais trop; mais le Révérend Père Supérieur vous dira que j'en ai dix pour le bon sens. Vous voyez quel ménage serait le nôtre!.,. D'ailleurs, je vous avouerai que je suis promise.

-— Vous, promise? Elle devint sérieuse.

— Certainement.

— Et qui vous a promise, mademoiselle? interrogea le religieux, qui devait faire aujourd'hui la connaissance de toute la famille Fuster.

— Par exemple ! a-t-on besoin qu'on vous promette? Je me suis promise moi-même, voilà.

— A qui, mademoiselle? demanda le vicomte, ahuri de tant d'indépendance chez une jeune fille qu'il avait le droit de croire modeste et réservée.

— A Daniel Nadalewski, parbleu! A quel autre voulez-vous que ce soit?

— Ah! charmant! charmant! répéta M. de la Livinière riant jaune.

— Mademoiselle, dît le Révérend Père Phalippou, dissimulant un trouble subit sous la sévérité de ses paroles, trêve de folies, je vous prie. Voici l'heure oîi, chaque jour, vous préparez vos devoirs. Renvoyez cette enfant à Rosalie et remontez dans la salle d'études. Il

M. tE VICOMTE EÙSTAZADE i^^

serait honteux, demain, de me réciter vos leçons aussi mal que vous Tavez osé aujourd'hui •

En achevant sa dernière phrase, le moine s'était approché du cordon d*une sonnette et l'avait tiré. La sœur Euphrasie parut aussitôt.

— Portez Marie à ses parents, commanda-t-il.

La sœur, instrument passif au service du Jugement- Dernier, enleva Loulou qui pleurait. Elle s'éloigna avec son fardeau.

Le moine et le vicomte allèrent vers la porte. Au moment de sortir, M. de la Livinière se courba de toute sa longue échine pour saluer Madeleine. Le ré* vérend père Phalippou, raide et morne, ne se retourna même pas* Il avait bien d'autres idées en tête vraiment!

Madeleine, encore qu'un peu abasourdie, ne songea plus qu'à obéir à l'ordre reçu. Parmi toutes les personnes de Thôtel Trémière, une seule intimidait sa jeune intrépidité : le Révérend Père Supérieur du Jugement-Dernier. Pour son père, elle n'en faisait cas, s'il se fâchait; pour sa mère, elle était capable de lui résister, si elle se montrait trop exigeante; pour le révérend père Phalippou, elle se soumettait.

Une nuit glaciale d'hiver avait envahi le petit salon. I^a jeune fille alluma un flambeau, chercha sur un meuble un chaud mantelet fourré de marte zibeline, qu'elle se jeta sur les épaules. Les brandebourgs de ce vêtement de forme élégante apparaissaient effilochés par ci par là; elle les noua distraitement, ôt, ne pen-

sant pas à emporter la bougie, qu'elle laissa brûler dans le désert, svelte, légère, sautillant, chantonnant, elle s'élança à travers les ténèbres du grand escalier.

c C'est égal, se disait à elle-même cette tête de linotte, c'est égal, Tourlet du jupon est trop étroit, et ce n'est pas joli. Il faudra reprendre ça, car je veux que Loulou soit habillée tout entière de mes mains, qu'elle soit belle par moi, par moi seule... Est-il ennuyeux, le Révérend Père Supérieur, avec ses livres 1... »

Elle eut un haussement d'épaules qui manqua de détacher son mantelte.

« C'est comme les chemises, reprit-elle, les manches sont trop longues. On ne voit presque pas les bras si admirables, si frais de ma Loulou. Ah I mon Dieu ! je ne suis pas une fameuse couturière, allez!... Et cet autre avec son mariage I Est-il assez béte, je vous pfiel... %

Encore une fois elle eut un rire éclatant; puis, tapageuse et folle, elle entra dans la salle d'études.

L*obscurité était profonde.

« Tiens, pas de lumière! dit-elle. David ne veut donc pas que je travaille ce soir? Le brave homme ! n

Elle allait sortir pour folâtrer à travers le palier du

premier étage, pour monter peut-être à la lingerie de

Thôtél, où la sœur Euphrasie avait dû déposer Loulou,

quand deux bras, dans l'ombre, la saisirent brusque*

ment. Elle poussa un cri perçant.

^ C'est moi, ma petite Madeleine, c'est moi !.;. I 3o

— Vous, maman?

— N'aie pas peur.

— Mais au contraire, chère maman, je suis contente.

Et tout heureuse, en effet, de se trouver dans les bras de sa mère, ce qui lui était si rarement arrivé, elle ajouta :

— Je. cuis si contente, maman, que, si vous le permettez, je vous embrasserai .

— Ma fille I ne put que balbutier la baronne, étreignant son enfant et lui donnant peut-être le premier baiser maternel.

— Quoi! vous pleurez, maman? interrompit Madeleine qui avait senti des gouttes chaudes lui brûler les joues.

— C'est que je t^aime î

Puis, d'un accent étouffé par les tressaillements inconnus de ses entrailles :

— Viens I

Elle l'attira vers un canapé et l'assit sur ses genoux.

Madeleine ne savait plus se tenir^ ne savait plus parler. Cette enfant vive, alerte, babillarde, était paralysée par un saisissement qui l'avait gagnée tout entière, ne lui laissant la liberté ni du geste, ni de la voix. — Sur les genoux de sa mère, où elle ne se souvenait pas de s'être jamais reposée I — Elle crut que son cœur cessait de battre, qu'elle allait mourir.

En cette angoisse horrible et délicieuse, Madeleine,

TRAITÉ DE PAIX 35l

peu habituée aux tendres cajoleries, se demanda si, dans les ténèbres qui l'enveloppaient, c'était bien sa mère qui la retenait, si quelqu'un, caché là, ne se faisait pas un jouet... Pourquoi David, aujourd'hui justement, tardait-il tant à monter la lampe ? Il n'était donc pas cinq heures encore ?... Elle sentait une sueur glacée lui perler aux tempes, au front, partout... Et sa mère qui se taisait, qui se contentait de la palper affectueusement et de soupirer 1... Enfin son ouïe, singulièrement aiguisée par son désespoir intinje, perçut un bruit très distinct de pas. La porte s'ouvrit, et une lumière blanche, tombant de globes de verre dépoli, s'infiltra dans la pièce doucement... O bonheur 1 c'était sa mère ! c'était sa mère !

David portait une lampe à chaque main ; il posa la plus petite sur la table à pupitres et se retira.

Madame Fuster était fort pâle. Elle regardait sa fille de ses deux grands yeux dilatés, humides- de larmes répandues.

— Vous m'en voulez peut-être, maman? demanda Madeleine, qui parvint à délier sa langue.

— T'en vouloir, chère enfant I... Pourquoi t'en voudrais-je ?

— Je suis si étourdie, je travaille si mal, et puis... efpuis j'ai si peu de religion î

— Tu es un ange, et je t'aime telle que tu es, telle que Dieu veut que tu sois.

— Allez, maman, je me corrigerai, balbutia-t-elle, luttant contre l'émotion qui lui crevait le cœur... Dès ce moment, je m'efforcerai de vous ressembler en tout et pour tout. . . Du reste, vous verrez comme le Révérend Père Supérieur sera satisfait de moi...

La baronne lui prit les deux mains dans les siennes par un mouvement presque brutal à force d'être passionné.

— Tu me promets au moins de faire ce qui dépendra de toi pour répondre aux bons soins du Révérend Père Supérieur ?

— Oh ! oui, je vous le promets.

— Songe que le Révérend Père Supérieur est un saint, et que lui déplaire, c'est déplaire à Dieu.

^ Je ne lui déplairai jamais.

— Si tu es fidèle 'à ta parole, tu me rendras la plus heureuse des mères.

— Et vous, m'accorderez-vous quelque chose ?

— Tout.

Madeleine lui passa câlihement ses jolis bras de fillette autour du cou ; puis, se penchant à son oreille avec un abandon enfantin des plus gracieux, elle lui chuchota timidement :

— Me permettrcz-vous de vous dire « tu » comme à mon père ?

— Certainement, je te le permettrai.

— O maman que tu es bonrie! que tu es gentille I cjue tu.,,

Sa voix s'éteignit dans un sanglot.

Madame Fuster n'articula pas une parole. Une dernière fois elle serra Madeleine contre sa poitrine, oti la brèche ouverte par le révérend père Phalippou avait laissé pénétrer ce long cortège de sentiments délicats qui sont comme l'apanage exclusif de la femme, et, désignant à l'enfant son pupitre encombré de livres et de cahiers :

— Travaille.

— Tu t'tn vas ? demanda la jeune fil le, s'accrochant à elle.

— Il faut que j'aille voir ton père, à présent. Madeleine tressaillit d'aise : après son bonheur, le

bonheur de son père. Ses doigs crispés lâchèrent leur proie. Tandis que sa mère se dirigeait vers la porte de la salle d'études, elle marcha vers son tabouret d'écolière, s'y assit et reprit sa besogne de la journée interrompue.

Comme la baronne, audacieuse dans le bien, rajeunie par des sensations ineffables, traversait le palier au fond duquel apparaissait la baie large et haute de Tappartement de son mari, David, qui avait déposé sa seconde lampe, sortait de chez le général. En apercevant madame Fuster, laquelle se disposait à entrer dans la chambre des Tapisseries, le soldat n'en referma pas la porte et se hâta de descendre l'escalier.

La baronne avançait bravement, le cœur et l'esprit

assiégé». Soudain elle s'arrêta. Par le battant entrebâillé, des voix arrivaient Jusqu'à elle. Il y avait donc quelqu'un chez le général? Qui osait la venir déranger dans l'œuvre sublime de la régénération de son mari ? Cette nature orgueilleuse, dont le vent de la grâce, malgré qu'elle en eût, n'avait pas encore balayé toutes les imperfections, éprouva comme une secrète fureur.

Cependant on parlait assez haut pour qu'elle pût distinguer les paroles. Elle fit deux pas de plus, hautaine, irritée, superbe. Déjà elle tendait le bras pour écarter l'ample courtine qui drapait la porte de ses plis épais et lourds, quand elle demeura immobile, frappée en pleine poitrine par ces mots terribles :

— Ta femme est une bigote, et toi, tu es un cagot.

C'était la voix de Stéphane Nadalewski.

« Suppôt de Satan ! » murmura-t-elle.

Après des capitulations si méritoires, madame Fuster, à la première pierre d'achoppement, retrouvait la plénitude de son caractère, tout son tempérament de Furie.

Une clarté molle, venue de Tintérieur, touchait les pieds de la baronne. Le front haut, l'œil fixe, la lèvre dédaigneuse et prête à lancer le sarcasme, raide et glacée, elle resta debout dans cette bande lumineuse, attendant, écoutant, se morfondant de honte tout ensemble et de dépit.

— Ta naïveté me confond, repartit Nadalewski. Ma parole ! on n'est pas aveugle à ce point.

-— Je voudrais bien t'y voir, toi I dit André Fustcr.

— D'abord, je ferais place nette de ces gens-là.

— Comment, tu ferais place nette de ma femme ?

— Que le diable t'emporte ! Tu m'opposes ta femme à tout propos. C'est agaçant!... Est-ce que je m'occupe de ta femme 1

— Mais je m'occupe d'elle, moi, mon cher.

— Débarrasse ta maison de la vermine du Jugement- Dernier, et sois sans inquiétude. Puisque ta femme est désormais si nécessaire à ta vie, une fois seule à rhôtel Trémîère, elle subira ton joug.

— Elle, un joug !

-* Parbleu ! ne subit-elle pas celui qu'il a plu à ce moine de lui imposer ?

— Mon ami, tu ne connais pas Thérèse.

— Pardon, je la connais : c'est une dévote sèche, obstinée, capabïp, si on ne lui résiste, de faire mourir tous les siens de sa folie. Ne t'a-t-elle pas déjà inoculé son venin? Tu as beau t'en défendre, tu bats de l'aile, mon vieux, tu bats de l'aile.

— Ecoute-moi, Stéphane, articula douloureusement le général, tu me jugeras après. Tu railles parce que tu n'aperçois que la moitié de mon malheur; m'aimant comme tu m'aimes, tu pleurerais si tu voyais mon malheur tout entier. Je te l'ai dit souvent : — « Ma femme est nécessaire à ma vie. » — Tu veux que je

vive, n'est-il pas vrai ? S'il t'est doux de me conserver, au lieu de blâmer ma faiblesse, sois faible avec moi ; toi qui as un si grand cœur, un si noble génie, emploie ton cœur et ton génie à me venir en aide, non à me décourager... Je suis las, je suis malade, je suis vieux... Pourtant, je le devine aux sourdes vibrations d'une énergie que le mal n*a qu'entamée, je me relèverais si ma femme me revenait. C'est étrange la puissance que Thérèse exerce sur moi! Je m'emporte quelquefois, révolté de ses exigences, et tout à l'heure, ici, tu aurais été satisfait de m'entendre. Eh bien I même dans ces sorties, où les expressions n'ont pas toujours la délicatesse qui conviendrait, je sens que je lui appartiens, qu'elle me gouverne à son gré, et qu'il ne faudrait qu'un mot tombé de ses lèvres pour me mettre à sa merci. Je me fais pitié. Voilà ton camarade, le général baron Fuster. Si ta science explique les mystères, les miracles, qu'elle tente à présent d'expliquer l'homme.

— Alors, tu es décidé à avaler le calice de la religion jusqu'à la lie?

— Le Supérieur du Jugement-Dernier, qui s'obstine à ne pas deviner l'intime secret de ma conversion, me croyant disposé à « éclairer ma foi, x comme il le dit, m'a apporté quelques livres l'autre semaine. J'en ai ouvert un seul, parce qu'autrefois, tout en condamnant les doctrines qu'il préconise, je t'entendis parler de son auteur avec éloge.

TRAITÉ DE PAIX 35y

— De quel livre s'agit-il ?

— Du Pape, par le comte Joseph de Maistre.

— Et tu as eu Théroïstne de lire ce gros tome si ennuyeux, hérissé de textes latins?

— J'eusse préféré Xénophon, Tacite, César, Jomini ; mais enfin je suis allé jusqu'au bout.

— Et qu'as-tu rapporté de ta lecture?

.i— J'en ai rapporté cette citation terrible :

« L'un des plus babHes médecins de l'Europe dans « Fart de traiter la plus humiliante de nos maladies, a M. le docteur Willis, a écrit qu'il a trouvé deux « genres de folies constamment rebelles à tous les « efforts de son art : la folié d^ orgueil et celle de re* ic ligion. »

— Quand je te disais que la dévotion de ta femme est une folie.

— Peut-être le docteur Willis n'a-t-il pas eu recours à une médication dont j'ai le dessein de faire l'essai .

— Voyons ta formule.

•— Elle est simple : pour guérir l'exaltation religieuse de Thérèse, je deviendrai religieux.

— C'est cela : il faut hurler avec les loups.

— Tu comprends, je n'irai que jusqu'oîi il me plaira d'aller.

— Bon, bon. A dévot, dévot et demi.

— Ceci t'explique pourquoi, tout en m'exprimant

d'une façon très nette s\xr le plan d'éducation que je

compte adopter pour Madeleine, je me suis gardé de rompre avec le Supérieur du Jugement-Dernier. Évidemment, si je Teusse prié d'emmener son monde, d'emporter rue Oudinoi Tautel qu'il a établi dans le grand salon, je le chassais^ et portais à Thérèse un coup qui pouvait la tuer, qui, dans tous les cas, me l'aliénait à jamais. Durant notre entretien orageux, j'ai conservé quelque sagesse. Que m'importe qu'on chante la messe, les vêpres dans ma maison, que vingt pauvres diables picorent chichement à ma table I Pour le moment, j'ai arraché ma fille aux griffes voraces de M. Grégoire Phalippou, et je me déclare satisfait. Nous verrons demain. Puisque tu me jettes des proverbes à la tête, attrape celui-ci : A chaque jour suffit sa peine.

— Tu t'abuses, mon pauvre André, quand tu comptes avoir soustrait Madeleine à l'influence d'un enseignement trop exclusivement religieux. Vis-à-vis des prêtres, il faut des mesures plus radicales. Du reste, tant que M. Grégoire Phalippou et sa bande n'auront pas vidé l'hôtel Trémière, nous courrons tous les phis grands dangers. Je dis « nous » parce que je ne suis pas le moins exposé...

— Explique-toi clairement.

^ Je m'explique. S'il te plaît, dans l'espoir de récupérer ta femme, de jouer un rôle, c'est moi qui payerai les frais de la comédie. Comprends-tu ?

— Pas le moins du monde.

TRAITA DÉ PAIX SSg

— Je précise. M. Grégoire Phalippou me hait, la barpnne ne m'aime guère, et quand, empêtré dans la fausse dévotion que tu te flattes un peu naïvement de jouer sans subir l'atteinte de la vraie, on te tiendra garrotté, écrasé, sous le poids de quatre genoux, le premier sacrifice qu'on t'arrachera sera celui de ton amitié.

— Stéphane!

— Prends-y garde, avec les subterfuges, les hypocrisies où te • pousse une passion aux abois, je tremble. . .

— Stéphane !

— Peut-être exîgera-t-on de toi que tu renies l'homme qui est ton frère, et peut-être seras-tu capable de commettre cette lâcheté. . .

— A la fin ! s'écria Fuster d'une voix dont l'éclat monta d'un coup au diapason de la fureur.

— Indigne-toi... Mais, je t'en préviens, avant que tu entres dans la voie tortueuse oîi je puis te perdre, je veux des garanties.

— Cesse de parler par énigmes et je te répondrai... Des garanties ?

— Suis-je sûr que tu reviendras du périlleux voyage où tu t'engages. S'il t'arrivait de t'enfoncer dans les sables mouvants de la théologie I M. Grégoire Phalippou ne manquera pas de t'attirer sur ce terrain douteux... S'il t arrivait de disparaître ?

-«i* Tu déraisonnes.

366 LA PETltE MERE

— J'aime ta fille.

— Je le sais.

— N'est-elle pas un peu notre enfant, à ma femme et à moi ?

— Certes !

— Tu m'as annoncé, comme j'entrais ici, que désor^ mais l'éducation de Madeleine dépendait de toi, de toi seul.

— Et c'est vrai.

— Tu vas donc faire un dioix de professeurs ?

— Sans doute.

— Eh bien, je demande que tu me comptes parmi les professeurs de ton enfant.

— Toi, mon ami ?

— Parbleu!... Trouves-tu que j'aie eu la main si malheureuse pour Daniel!...

— Mais, mon bon Stéphane^ Madeleine n'entrera jamais dans Tétat-major.

— Voilà la garantie que j'exige, avant de te voir commencer tes capucinades. Des leçons à donner m'appelleront chaque jour à Thôtel Trémière, et non seulement il sera permis à mon affection d'exercer sa part d'influence sur le caractère de Madeleine, mais je pourrai te surveiller un peu, et, qui sait ? peut-être te tendre la main, si ta femme ou M. Grégoire Phalippou menaçaient de te noyer.

— Ce que tu me proposes là mérite réflexion.

— Je te proposerais bien mieux si tu voulais m'entendre.

' — Et ce mieux?...

— Sauf pour les arts d'agrément, il s'agirait de n'appeler ici aucun professeur, de nous charger, à nous deux, de l'instruction de Madeleine.

— Comment, tu penses que je pourrais?...

— Es*tu bête, par exemple ! Souviens-toi donc du lycée Louis-le-Grand et de tes triomphes en histoire, littérature... N'obtins-tu pas un prix au Concours Général

— Oui, de version grecque.

— D'ailleurs, la besogne à laquelle je te convie remplirait tes journées, maintenant que le rhumatisme va te laisser le temps de t'ennuyer.

— Tiens ! tiens !... C'est une idée, ça.

— Alors, tu acceptes?...

— Ma foi, je...

Un profond silence régna dans la chambre des Tapisseries.

La baronne, avide d'entendre, pencha la tête et coula un regard dans l'entre- bâillement de la porte. Elle vit les deux interlocuteurs dans l'attitude du recueillement. Son mari surtout paraissait absorbé. Pourquoi s'était-il interrompu à l'instant décisif? Elle eut une minute d'affreuse angoisse. Impatiente d'intervenir pour trancher la question, sa main écartait déjà le pan I 3i

de la portière, quand le général, relevant son front chargé de soucis :

— C'est impossible, mon brave Stéphane, c'est impossible.

— Dis que tu n'as pas le courage de vouloir.

— Je n'ai pas le courage de déplaire à Thérèse.

— Mais, que tu enseignes l'histoire à Madeleine, que je lui enseigne l'arithmétique, au lieu du premier venu, qu'y a-t-il là qui doive si fort déplaire à ta femme ?

-^ Et que fais-tu du Supérieur du Jugement-Dernier dans ton plan? Tu le supprimes, n'est-il pas vrai?

— Je lui laisse le département du catéchisme.

— Vraiment!

Ce fut un cri de joie.

— Tu me supposes bien intolérant ! reprit Nadalewski.

— Tous les hommes à convictions fortes le sont,

— Je n'ai pas peur de M. Grégoire Phalippou.

— Il ne te craint pas non plus.

— A quand ma première leçon ?

— Tu me permettras de respirer, j'espère.

— Je m'en garderai bien. Si tu respires, tout est

perdu.

— Quelques jours pourtant me paraissent nécessaires...

— Non, non !.Du reste, laisse-moi te dire tout de

suite que si, par hasard, tu redoutais le moindre conflit fâcheux entre ta femme et moi, c'est qu'une longue séparation t'aurait fait oublier quel fut autrefois mon caractère et quel il est encore aujourd'hui. J'ai voué un absolu respect à madame Fuster, et je ne me départirai pour rien de ce respect. Mon amitié, qui s'épouvante un peu légèrement peut-être, me pousse à des démarches extrêmes. Mais si, dansJes dispositions hésitantes oîi je te vois, mon zèle, mon affection, te devenaient importuns...

Il se tut.

La baronne poussa la porte et entra.

— Te voilà ! dit le général.

— Madame... fit Nadalewski s'inclinant.

La baronne, d'un mouvement affectueux, lui tendit la main, familiarité délicate qu'elle oubliait depuis longtemps; puis non-seulement elle prit des nouvelles de madame Nadalewska, mais s'informa de Daniel avec un vif intérêt. Stéphane ne songea pas à chercher la raison d'un revirement si subit, il en fut touché et éprouva le plus grand plaisir à entrer dans quelques détails sur son fils... Le général Dubosc, qui avait remplacé Fuster dans le' commandement de la quatorzième division militaire, avait voulu garder Daniel et le traitait comme un fils... Daniel était heureux... Daniel. . .

— Et c'était pour raconter le bonheur de M . Daniel

qu'en vous entendait crier si fort tous les deux? demanda la dévote.

— Nous nous entretenions de Madeleine, ma chère amie, répondit le général.

— A quel propos, André ?

* Madame Fuster avait prononcé ces derniers mots d'un ton si emmiellé, si caressant, que le général en tressaillit d'aise. Il ne sut pas résister à Tenvie confiante qui Tentraînait, et, d'une langue rapide, en des termes qui plus d'une fois allèrent au cœur de Nadalewski, il raconta les projets de son ami relativement à rinstruction si négligée de Madeleine. La baronne écoutait attentive, laissant échapper de temps à autre de petits gestes qui étaient autant de marques non équivoques d'approbation.

Stéphane ne revenait pas de sa surprise. Quant à Fuster, il trouvait dans sa satisfaction des élans d'une éloquence incroyable et comme une sorte de rayonnement dans les traits et dans la voix.

— Eh bien, ma Thérèse, conclut-il, que penses-tu de ce magnifique programme d'enseignement ?

— Je pense qu'il est excellent et qu'il faut le mettre en pratique.

— Quoi, tu consens?...

— Pourrions-nous découvrir pour Madeleine des professeurs plus dévoués, à la fois plus habiles et plus circonspects en toutes matières, que son père et le meilleur de nos amis ?

— Tu entends, Stéphane? tu entends? s'écria le général.

— J'entends, répondit Nadâlewskî d'un accent pénétré, ému.

Puis^ se tournant vers la baronne :

— Madame, lui dit-il, vous me témoignez une confiance qui me touche au-delà de ce que je pourrais exprimer. Je prends l'engagement solennel de ne pas la trahir.

Et comme, toute gracieuse et toute charmante, elle lui tendait encore une fois la main, il saisit cette main et la baisa respectueusement.

Un traité de paix, cet objet des désirs enfouis, mais très ardents du révérend père Phalippou, venait d'être signé.

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