‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 154 sur 269 · LA CRISE ALIMENTAIRE · texte numérisé non relu

LA CRISE ALIMENTAIRE

Nous avons vu, sous la Constituante et la Législative, la population de Beaumont souffrir réellement du manque de subsistances. Sous la Convention, la situation économique du canton, non seulement ne s'améliora pas, mais s'aggrava dans des proportions inquiétantes. Ce fut la disette, l'horrible disette, avec toutes ses conséquences.

§ I. - Extrême pénurie des grains.

Ce n'est pas que les grains fissent défaut dans le pays : il y en avait. Mais pour des raisons multiples, ils se dissimulaient.

6l8 LES AFFAIRES DE SUBSISTANCES SOUS LA CONVENTION

soit dans les greniers des propriétaires, soit dans les magasins des accapareurs: <(En 1792, comme en 1789, écrit M. Thiers, le défaut de sûreté, la crainte du pillage sur les routes et des vexations dans les marchés, empêchaient les fermiers d'apporter leurs denrées. On avait crié aussitôt à l'accaparement. On s'était élevé surtout contre ces riches fermiers, qu'on appelait des aristocrates et dont les fermages trop étendus devaient, dit-on, être divisés. Plus on s'irritait contre eux, moins ils étaient disposés à se montrer dans les marchés, et plus la disette augmentait. Les assignats avaient aussi contribué à la produire. Beaucoup de fermiers, qui ne vendaient que pour amasser, ne voulaient pas accumuler un papier variable et préféraient garder leurs grains. En outre, comme le blé devenait chaque jour plus rare et les assignats plus abondants, la disproportion entre le signe et la chose s'était constamment accrue, et le renchérissement augmentait d'une manière de plus en plus sensible. Par un accident ordinaire dans toutes les disettes, la prévoyance étant éveillée par la crainte, chacun voulait faire des approvisionnements; les familles, les municipalités, le gouvernement, faisaient des achats considérables, et rendaient ainsi la denrée encore plus rare et plus chère. »

La situation empira encore en l'an II et, un peu partout en France, le peuple se trouva réduit à la plus extrême misère. A Beaumont, notamment, la disette sévit d'une façon particulièrement pénible dans toutes les communes du canton. Aux réclamations du district demandant du blé, les municipalités répondaient presque toujours que les greniers étaient \'ides, que les habitants de la commune n'avaient même pas de grains pour eux, qu'ils se nourrissaient de mais et de châtaignes et qu'ils étaient encore obligés de se restreindre, ces dernières denrées étant partout très rares.

Quand, le 13 messidor an II, les citoyens Monzie et Desmons, en exécution d'un arrêté des représentants Pinet et Cavaignac, furent délégués à Beaumont pour recenser les grains et les farines, ils parcoururent, à cet effet, toutes les communes du canton sans trouver un seul quarton de blé.

Page 1