‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 177 sur 269 · BESTIAUX · texte numérisé non relu

BESTIAUX

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Le citoyen Girot, en transmettant à l'administration du district les différents états à lui remis par les municipalités du canton de Beaumont, y joignit la lettre suivante :

Beaumont, le 5 ventôse 3^ année républicaine. Citoyens,

Je vous remets ci-joint le recensement des communes du canton de Beaumont de bestiaux et fourrages, excepté celle du chef-lieu qui, depuis le 19 du mois dernier que je fis enregistrer ma commission sur leur registre,

I. Sous cette rubrique se trouvent compris les divers animaux utilisés en agriculture : bœufs. Taches, taureaux, chevaux, mulets, ânes.

n'ont pas encore fini leur recensement, ni pris aucune mesure quant au versement de leur contingent de foin et d'avoine. Vous verrez aussi que les seules municipalités de Sainte Sabine, Montavit et Bourniquel ont fourni leur contingent d'avoine. Toutes les autres ont fourni leur déclaration négative.

Puis, le citoyen Girot demande à être remplacé dans ses fonctions de commissaire, prétextant la nécessité où il se trouve d'effectuer plusieurs voyages pour ses affaires personnelles, notamment un voyage à Bordeaux, et il termine ainsi :

Dans toute autre occasion, citoyens, je saisirai tous les moments qui m'appelleront à concourir au service de la patrie. C'est ce que vous prie de croire.

Celuy qui vous salue très fraternellement.

Girot.

Voyons, maintenant, les différentes observations que chaque municipalité a cru devoir joindre à son tableau de recensement :

A Beaumont, la municipalité n'ayant pas encore envoyé son état de recensement, n'a pas envoyé davantage les observations qui lui étaient demandées.

A Montavit, le maire Lacoste rappelle aux administrateurs la disproportion évidente qui existe entre la quantité de fourrages et le nombre des bestiaux à nourrir. Les habitants de la commune n'ont pas, comme ailleurs, la ressource des pâturages pour suppléer à ce qui leur manque. « Notre territoire, dit-il, sec et aride, ne produit presque point d'herbe. Nous n'avons point de prairies artificielles. Et, cependant, outre les bestiaux portés au recensement, nous avons à nourrir une grande quantité de moutons et de brebis, qui ne subsistent que de fourrages quand il fait mauvais temps. »

A Boni de Champs, la municipalité observe au district qu'elle « n'a d'autres fourrages toute l'année qu'un peu de foin et un peu de paille ». Aussi, chaque année, la majeure partie des habitants ont-ils à souffrir du manque de fourrages pour la nourriture de leurs animaux.

A Nojals, le maire et l'agent national se plaignent surtout du

manque d'avoine. A leur tableau de recensement se trouve annexée la lettre suivante :

Citoyens administrateurs,

Nous sommes dans la dernière mortification de vous réitérer pour la troisième fois qu'il nous est impossible de remplir le contingent de l'avoine fixé à notre commune, attendu qu'il n'existe pas le tiers de semence de cette denrée.

Nojals le 24 pluviôse 3^ année de la République française.

Carrier, maire. Rasteau, agent national.

A Glottes, la municipalité déclare aux administrateurs du district qu'il manque à la commune plus de 80 quintaux de fourrages pour nourrir les bestiaux servant au labourage. Et, en fait d'avoine, il n'y en a pas du tout. « Nous nous sommes transportés, écrivent à ce sujet Giraudel, maire, et Barriat, agent national, chez tous les propriétaires de notre commune pour y faire le recensement et remplir le contingent à nous fixé; nous attestons que nous n'avons trouvé aucun grain d'avoine dans notre commune, pas même la semence. » Pas même la semence ! Les cultivateurs seraient obligés, pour ensemencer leurs terres en avoines, de s'adresser aux communes voisines et peut-être même au commerce.

A Labouquerie, les habitants sont tout aussi pauvres, plus pauvres même :

Nous vous astetons {attestons), écrivait le maire Nadal dans ses « Osservations », que nous n'avons pas asset de fourrage pour passer le moy de mar.

Et, dans une déhbération prise à ce sujet par le conseil général de la commune, il ajoutait :

Le contingent de la municipalité de Labouquerie es fisset {est fixe') a uns quintos^5/c^ d'avoine. Nous officier municipaux et conscoil {conseil) général de la commune, nous avons deliberet et nous vous dressons notre prosset verbal négatif commes, dans notre commune, nous n'avons pas pour faire notre semance. Set {c'est) pour la seconde foit que nous vous lavont dit que nous navons pas dus tous {du tant).

Fait dans notre maysout commune le 24 pluvioze.

Nadal, maire.

Comme on le voit, le brave maire Nadal continue à nous gratifier de ses fantaisies orthographiques.

§ 3. - Autres recensements.

L'administration du district ne recensait pas seulement les denrées alimentaires nécessaires à l'alimentation des hommes et des animaux, mais encore tout ce qui pouvait être utile à l'armée : les moyens de transport, les fers et fontes, les cuivres, les cuirs, les noix et les moulins à huile, les chambres, les étoffes, etc.

1° Recensement des moyens de transport.

Sous cette rubrique, prennent place les chevaux et autres bêtes de trait (mulets et ânes), les bœufs et les charrettes.

a) Chevaux.

Par un arrêté en date du 15 messidor an II, l'administration du district deBelvès demande aux municipalités de dresser, chacune dans son ressort, un état des chevaux susceptibles d'être réquisitionnés pour le service de l'armée. Ce recensement des chevaux fut renouvelé plusieurs fois dans la suite, notamment le 26 ventôse de l'an III, à la suite d'un arrêté des représentants du peuple Baudot et Chaudron en mission dans la Dordogne.

La commune de Beanmont possédait 32 chevaux. C'étaient pour la plupart, des chevaux servant à l'agriculture. Les autres étaient des chevaux de voituriers ou de meuniers : Beaumont, à ce moment-là, comptait sur son territoire dix ou onze moulins, ayant chacun un ou deux chevaux. Les chevaux de selle étaient peu nombreux.

La commune de Bourniquel porte sur son état de recensement 5 chevaux. Mais ces chevaux, déclare le maire, « sont fort vieux et ne sont point propres pour des moyens de transport ». Le premier, appartenant au maire, est « un petit cheval, fort mince, utile pour les affaires de la municipahté pour aller au

district ou ailleurs ». Le second, qui se trouve chez Jean Ducros, frère du maire, est « un vieux cheval, fort maigre et absolument nécessaire pour ledit Ducros, notaire, pour se rendre à Montpazier fort souvent dans l'année pour l'enregistrement de ses actes et autres affaires publiques ». Le troisième appartient à Fardet, marchand; il s'en sert pour son commerce. Le quatrième, qui est à Jean Chambon, est utilisé pour la culture des terres. Le quatrième, enfin, à Jean Delbourg meunier, sert à transporter les blés et les farines.

La commune de Born de Champs a 7 chevaux. Mais, fait observer Grenier, agent général de la commune, « ce sont de petits et mauvais chevaux qui ont été toujours rebutés dans toutes les levées ». Du reste, il y en a un, celui du maire Lespinasse, qui est un cheval réformé que son propriétaire a acheté à la nation, à l'enchère de Bergerac ». Ici encore le service de la remonte n'a rien à faire.

La commune de Sainte Sabine possède 5 chevaux. Comme ceux de Born, ils sont « tous rebutés en diverses reprises ».

La commune de Nojals, nous apprend son maire Carrier, à le date du 9 thermidor an III, n'a que 2 « chevaux ou jument de chelle » (selle).

La commune de Clottes, suivant le rapport du maire Giraudel, a 2 juments et i cheval «servant à porter leurs propriétaires » Jean Durant, huissier, François Barriat et Jean Marche.

La commune de Rampieux, le 26 messidor an II, possédait 6 chevaux, « chevaux de selle ou de culture ». L'année suivante, le 15 messidor an III, le maire Vyé en accusait 7.

Je n'ai aucun document sur Lahouquerie, le rapport du maire Nadal n'étant pas arrivé jusqu'à nous.

Au total, le canton de Beaumont, abstraction faite de la commune de Labouquerie, dont l'état de recensement est égaré, possédait 59 chevaux, chevaux de selle ou de culture, tous très utiles à leurs propriétaires, très vieux et très maigres, rebutés aux levées antérieures ou même réformés. C'est assez dire qu'un tout petit nombre pouvait être utilisé pour le service de l'armée.

J'ai rencontré, aux archives départementales de la Dordogne, un « Etat des chevaux trouvés dans le canton de Beaumont », signé Lapalisse et Lacroze Bonfils, commissaires. Il s'agit bien certainement de chevaux, avec ou sans harnachement, recensés et peut-être réquisitionnés dans le canton de Beaumont par deux commissaires du district. Cet état est intéressant et je crois devoir le reproduire ici ;

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