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ÉLARGISSEMENT DE QUELQUES AUTRES PRISONNIERS

dissou et Jean Fontauzard vinrent à Bergerac tenir compagnie au citoyen Loiseau,

Ce n'est qu'après le i8 fructidor, quand l'administration modérée du département eut été remplacée par une administration à opinions plus avancées, qu'on sortit des cartons, où elle avait dormi pendant sept mois, la protestation des détenus politiques de Beaumont. Le commissaire du pouvoir exécutif près les tribunaux du département de la Dordogne écrivit alors à son collègue, le commissaire du Directoire exécutif près l'administration municipale du canton de Beaumont, pour lui demander des explications. Voici cette lettre :

Du 29 brumaire an VI.

Le Commissaire du pouvoir exécutif près les tribunaux civils et militaires du Dép' de la Dordogne,

Au Cotnmissaire du Directoire exécutif près l' administration municipale du canton de Beaumont.

Citoyen collègue,

Une lettre du ministre de la justice du 22 du courant m'apprend que les nommés Blanchard, Lacoste père et fils, Laporte, Rivière, Dumeau, Grenier, Lacour, Carrière, Durant, Dagout, Reynal, Melon et Grenier aine se plaignent d'avoir été détenus dans la maison d'arrêt de Beaumont, après avoir été blessés et outragés par des rebelles attroupés et qu'on les a punis comme auteurs des attroupements.

L'idée d'une semblable tyrannie, exercée envers les citoyens, révolte tout homme ami de la justice et de l'humanité. Si ce fait est faux, vous devez vous empresser à m'en instruire, en entrant avec moi dans les détails de cette affaire. S'il était vrai, vous le devez encore, pour me mettre à portée de faire punir les auteurs de cet attentat à la liberté et sûreté de ces citoyens.

Je vous prie donc de répondre de suite à ma demande.

Cavailhon.

Je viens de parcourir le cahier de correspondance du commissaire du Directoire exécutif de Beaumont. Je n'ai pas trouvé de réponse à cette lettre : Grenier, qui aurait eu à s'accuser luimême en donnant les explications qu'on lui demandait, préféra

garder le silence. Mais peut-être aussi, voulant prendre le temps de la réflexion, n'eut-il pas le loisir d'écrire : il dut, en effet, quelques jours plus tard, céder sa place à un autre.

Quant aux démocrates de Beaumont, illégalement détenus à Bergerac avec le citoyen Loiseau, ils partagèrent le sort de ce dernier : ils bénéficièrent à leur tour de l'article 1^'^ de la loi du i^i" jour complémentaire de l'an V et furent élargis le 3 frimaire an VI, quatre jours après Loiseau. Voici la décision pri ;; à leur égard par it tribunal de Bergerac :

Le directeur du jury de l'arrondissement de Bergerac, qui a vu de nouveau, avec le commissaire du pouvoir exécutif, la procédure instruite à Beaumont contre les citoyens Lagrave fils plus jeune, André Blanc, Carrière fils aîné, Pierre Audissou, Jean Melon et Jean Fontauzard de la commune de Beaumont par Gouzot et Carrière, juges de paix, le premier du canton de Cadouin, le second du canton de Lalinde, par suite de la commission à eux donnée; sur ce ouï et consentant le commissaire du pouvoir exécutif près le tribunal de police correctionnelle du présent arrondissement;

Et considérant que les délits dont les sus-nommés sort prévenus ou plutôt les imputations de délits qui ont servi de cause ou de prétexte aux poursuites faites contre eux remontent à une époque voisine des assemblées primaires et avaient pour cause les mesures à prendre pour f aire de bons choix et pour écarter l'influence de ceux qui tentaient d'en faire faire en sens contraire;

Que ces motifs et cette manière de voir sont établis par les discours imputés à délit à ce sujet au citoyen Pierre Loiseau mis en liberté après huit mois de détention ;

Qu'ils sont établis encore par le propos qui lui a été imputé à ce sujet à la plupart des prévenus sus-nommés : « Mes amis, soyons toujours fermes et unis et je vous réponds de tout. »

Que la rébellion aux mandements de ju.stice imputés aux prévenus n'est qu'une suite, fût-elle constatée, que comme une suite de leur résistance aux efiorts et aux manœuvres du royalisme qui les poursuivaient ;

Considérant avec la loi... (comme pour la décision prise en faveur de Loiseau);

Ordonne que, en vertu de l'article i'^'' de la loi du !«"'' jour complémentaire, l'arrestation, poursuites et procédure ordonnées et faites contre lesdits Pierre Audissou, Lagrave fils plus jeune, André Blanc, Carrière fils aîné, Jean Melon et Jean Fontauzard de la commune de Beaumont sont déclarées nulles et non avenues.

Et, en vertu de l'article 2 de la même loi, ordonne que les sus nommés seront mis sur-le-champ en liberté.

Fait à Bergerac, le 3^ jour complémentaire du mois de frimaire, an 6'' de l'ère républicaine.

Signé : Bruzac, commissaire, et R. Fabré.

Pour copie conforme :

Lamartinie, greff.

Le jour même où fut prise cette décision, les citoyens Lagrave fils plus jeune, André Blanc, Carrière fils aîné, Pierre Audissou, Jean Melon et Jean Fontauzard sortirent de prison et s'empressèrent, impatients de retrouver leur foyer, de prendre le chemin de Beaumont où ils eurent, quinze jours après, la douce satisfaction de voir le gouvernement révoquer l'administration, trop complaisante pour les royalistes, de Ters et de Grenier et, dans l'administration nouvelle, leurs amis politiques prendre la place de leurs anciens persécuteurs. Leur détention, comme celle de Loiseau, avait duré huit mois !

§ 5. - Une petite révolution locale le 22 fr'maire de l'an VI : révocation de l'administration municipale élue et son remplacement par une administration imposée.

L'administration ultra-modérée de Pierre Grenier et de Louis Ters, avec son manque d'énergie, ses hésitations continuelles, sa peur injustifiée du terrorisme et ses compromissions mal déguisées avec les royalistes ne pouvait pas rester en fonctions après le coup d'État du 18 fructidor. Un coup de force, aussi violent qu'inattendu, la renversa pour la remplacer par une administration nouvelle, sincèrement attachée celle-là à une république démocratique. Ce fut comme une petite révolution locale : la répercussion, dans notre petite ville, du gros événement qui s'était passé dans la capitale.

1° Deux lettres de Pierre Grenier.

La journée du 18 fructidor, qui avait modifié la composition du Directoire exécutif, déplacé la majorité dans les Conseils,

annulé en Dordogne les élections de germinal, renouvelé notre administration départementale, devait fatalement amener quelque bouleversement dans notre administration municipale.

Tout le monde, à Beaumont, s'y attendait.

Seul, le commissaire du Directoire exécutif, 1 homme calme et toujours optimiste que nous connaissons, se contentait de le redouter. Mais, tout en le redoutant, il n'en avait pas moins une confiance inébranlable en « la prudence, la sagesse et la justice » du gouvernement : il ne pouvait se résoudre à croire que les républicains qui avaient fait le i8 fructidor pussent porter la main sur des hommes qui, par «leurs vertus, leur probité, leur patriotisme, leur sincère attachement à la République >), formaient une assemblée incomparable.

Le 21 frimaire an VI, il écrivait au ministre de l'intérieur {Arch. nat., Fib-II) :

A Beaumont, le 21 frimaire an 6 de la République française, une et indivisible.

Le Commissaire du Directoire exécutif près V administration municipale du canton de Beaumont au ministre de l'intérieur.

Je viens d'être instruit qu'une assemblée, qui a eu lieu, il y a quelques jours à Périgueux, d'hommes attirés de tous les points du département, de la morale et des principes desquels je me dispenserai de vous faire l'analyse, y avait organisé et arrêté le plan d'amener la destitution du plus grand nombre des administrations municipales et autres fonctionnaires publics de ce département, qui, avec de la probité et un sincère attachement à la Constitution de l'an III leur deviennent suspects, pour le projet qu'ils ont le fol espoir de pouvoir exécuter. Les insensés ! Ils croient, ils espèrent même de voir renouveler les scènes tragiques du gouvernement révolutionnaire. Ils comptent que le gouvernement ne nous a délivré, par la mémorable journée du 18 fructidor, des poignards des royalistes que pour nous livrer de nouveau à ceux des anarchistes. Leur désir et leur espoir ne sont plus contenus, ils les laissent apparaître au grand jour, ils se font même un plaisir de les annoncer aux hommes faibles et crédules. Mais laissons les diverger avec leurs idées insensées et atroces et revenons à notre objet.

Il paraît qu'un des moyens qu'ils ont convenu d'employer pour parvenir à leur but est de créer dans l'ombre des torts aux fonctionnaires publics actuels, d'organiser des dénonciations fabriquées dans les ténèbres, qu'ils appuyent par des signatures surprises ou falsifiées; et, avec de telles pièces, ils espèrent d'obtenir des suspensions de la part de

l'administration centrale, qu'ils croient disposer à favoriser leurs projets, et des destitutions de la part du gouvernement, qu'ils espèrent surprendre ou qu'ils avilissent pour leur prêter leurs sentiments.

Je viens d'être assuré que ce moyen infâme vient d'être employé pour obtenir la destitution de l'administration municipale du canton de Beaumont, ainsi que celle du commissaire du gouvernement qui exerce près d'elle, et leur remplacement par des hommes dont la morale et les principes sont bien loin de présenter aucune garantie, ni pour le gouvernement, ni pour les administrés.

Si les administrateurs actuels ne se considéraient qu'eux-mêmes, ils devraient être sans doute bien tranquilles sur l'impression que produirait nécessairement leur destitution dans l'opinion publique; ils savent que les rapprochements que l'on ferait d'eux avec ceux que l'on dit devoir les remplacer ne pourront que leur être favorables et jeter le plus grand odieux sur cette opération.

Mais les considérations personnelles n'occupent pas exclusivement les hommes qui conservent quelques sentiments de patrie : l'intérêt de la chose publique, le bonheur de leurs concitoyens et l'affermissement de la république sont leurs premières passions et l'unique mobile qui dirige leurs démarches. D'ailleurs, des fonctionnaires publics, qui savent apprécier le dépôt sacré que leurs concitoyens leur ont confié, en les appelant à des fonctions publiques, ne doivent pas s'en dessaisir en faveur du premier usurpateur qui se présentera, sans avoir tâché au moins de prouver qu'ils n'ont pas démérité.

Telles sont les grandes considérations qui m'ont paru m'imposer l'obligation de vous prévenir de ces démarches ténébreuses, afin que vous n'y ajoutiez que la confiance qu'elles méritent et pour qu'enfin, avant de prendre aucune mesure contre nous, vous veuilliez bien nous faire connaître les griefs qu'on nous impute et nous mettre par là en même de nous justifier. Nous ne craignons pas de mettre notre conduite au grand jour et nous avons la confiance de détruire les mensonges grossiers que la scélératesse et la perfidie peuvent avoir forgés contre nous, pour livrer à des hommes pervers, ennemis de l'ordre et du gouvernement, les places que la probité et le patriotisme seuls doivent remplir. La justice et la prudence commandent cette précaution et nous avons la confiance qu'elle ne nous sera pas refusée.

Salut et respect.

P. Grenier.

Le citoyen Pierre Grenier, avec toute son intelligence, ne brillait pas par une grande perspicacité : quand il écrivait cette lettre au ministre de l'intérieur, pour le mettre en garde contre les agissements des « insensés » qui comptaient renverser l'administration municipale et le commissaire du Directoire exécutif, il y avait déjà huit jours qu'il était révoqué.

q68 BEAUMONT SOUS I.E DIRECTOIRE

Pierre Grenier ne se contentait pas d'écrire lui-même au ministre de l'intérieur. Il rédigeait des pétitions qu'il faisait signer par des concitoyens du canton, ses amis, et qu'il envoyait ensuite au Directoire exécutif. En voici une qui porte la signature de douze de ses voisins des communes de Sainte Sabine et de Born de Champs [Arch. nat., FiB-ii) :

Du 28 frimaire an 6^.

Les soussignés, habitants du canton de Beaumont, département Je la Dordogne, au Directoire exécutif.

Citoyens directeurs,

On devait s'attendre que les partisans de l'anarchie profiteraient du premier moment favorable pour flétrir la victoire que la Répub'.iqvie a remportée sur le royalisme. Mais on était loin de prévoir que leur ambition s'étendrait jusqu'à faire remplacer des magistrats vertueux et zélés par des hommes, de bonne foi peut-être, mais incapables de faire exécuter les lois et de s'attirer la confiance publique. Tel est, cependant, citoyens directeurs, le projet de certains hommes ténébreux qui, voulant faire tourner au profit de leurs vues le patriotisme et la bonne foi de quelques citoyens de ce canton, croyent en avoir trouvé le moyen assuré en fabriquant dans l'ombre des dénonciations aussi absurdes que calomnieuses. Ils s'abusent au point, ces hommes ennemis de tout principe et de toute probité, qu'ils espèrent que le gouvernement agira aveuglément d'après leur imputation, et qu'il usera de sa redoutable prérogative sans les précautions qui lui sont prescrites par la prudence et la sagesse qui dirigent toutes ses opérations. Ils doutent si peu du succès de leurs manœuvres qu'ils publient hautement les noms de ceux à qui ils destinent les différentes places. Nous ne parlerons pas, citoyens directeurs, de la moralité des hommes dont on nous menace : ils ne sont pas tous mauvais, mais il y en a peu de bons, et il suffit de la réputation de quelques-uns pour déceler les intentions de ceux qui les désignent.

Dans de pareilles circonstances, le vrai citoyen, le père de famille, ami de l'ordre et de son pays, ne peut qu'être alarmé et exempt de toute considération étrangère au bien, parce qu'il est véritablement libre; il s'acquitte envers sa conscience, en déchirant le voile sous lequel on cache la vérité.

Citoyens directeurs, nos magistrats méritent notre confiance et la vôtre. Ils nous ont appris à chérir la constitution républicaine et le gouvernement qui nous dirige. Les lois dont ils sont les organes ont toujours été strictement exécutées dans ce canton, et nulle part les contributions de toute espèce ne sont plus exactement payées. Quels motifs pourraient nous faire craindre leur destitution ! Ce ne sera pas les

UNE PETITE RÉVOLUTION LOCALE q(yq

sourdes inculpations qui ont dû vous être adressées : elles seront bientôt anéanties par la publicité que vous leur donnerez et par le civisme qui caractérise les magistrats que nous nous sommes librement donnés.

Blanche. Bertrand Veyssy. Rivière.

BouscAiLLOu. Lamérigue, Blanche. Bigot.

Barriat. Bartou. Tonnadre.

Marnié. Bouscaillou fils.

Hélas ! la pétition des citoyens de Sainte Sabine et de Born, comme celle de Pierre Grenier, arriva en retard. Elle est datée du 28 frimaire et déjà, depuis six jours, l'administration centrale du département avait suspendu les « magistrats vertueux et zélés », qui « méritaient leur confiance » et celle du gouvernement, pour les remplacer par <( des hommes dont le moral et les principes ne présentent aucune garantie, ni pour le gouvernement, ni pour les administrés»..., par «des hommes pervers ennemis de l'ordre et du gouvernement»..., par «des hommes incapables de faire exécuter les lois et de s'attirer la confiance publique»... par «des hommes ennemis de tout principe et de toute probité »... etc., etc. Décidément, le citoyen commissaire et ses amis ne sont pas tendres pour les membres de la future administration municipale.

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