CHAPITRE DEUXIÈME 3f
à s'occuper de leur sort : dans les cabarets et dans les foires, on tenait des propos inquiétants : dans tout le pays, circulaient des rumeurs sinistres et menaçantes. Au début de juin, le bruit courait à Crémieu « qu'on devait brûler et piller les châteaux ' » : vers le milieu de juillet, on murmurait à Saint-Quentin contre les châtelains qui. disait-on, « cachaient des ordres du Roi ! ». En revenant du marché de Bourgoin, un notable disait à M. de Pusignan : « .l'y ai entendu tenir des conversations de paysans contre la noblesse qui me l'ont dresser les cheveux à la tète : on ne parle que d'assassiner et de brûler les châteaux ' ». Le voisinage de la frontière faisait même redouter à certains « que les Savoyards ne fissent bientôt une incursion en France 4 ».
A Heyrieux, le passage d'un fou suffit pour soulever l'émoi parmi les moissonneurs : le pauvre dénient annonce à son crédule auditoire, groupé au bord de la route, qu'il est un des sept députés du Tiers-Etat : « Ce ne sont pas nos richesses, explique-t-il, qui nous ont fait choisir, c'est notre esprit et notre science ». Et il déclare que le Roi permet le pillage des châteaux, et défend seulement qu'on y mette le feu \
11 est possible qu'au moins un écho des événements survenus à Paris du n au i{ juillet soit arrivé jusqu'aux villages les plus reculés. La nouvelle du renvoi de Necker
il n'a utilisé que quelques imprimés; par suite, il commet des erreurs stupéfiantes; il écrit ainsi dans sa préface, p. X:« Quant aux incendies de châteaux et à la destruction des papiers-terriers, ce fut l'œuvre de deux bandes d'étrangers, l'une venue du Piémont par Pont-de-Bcauvoisin, et l'autre envoyée de Lyon, ainsi i/ue le constate un procès-verbal d'enquête conserve à la Biblio(liè(/ue de Grenoble. » (Cf. t. I". p . 1 ]'>) : Champollion-Fïgeac avait lu bien vile le procès-verbal d'enquête, qui constate précisément qu'il ne vint jamais d'étrangers. Je ne m'attarderai pas à discuter par le détail ce travail beaucoup trop hâtif, qui mêle les faits les plus distincts, se trompe sur leurs dates et >ur leur enchaînement.