CHAPITRE DEUXIEME
reçoivent l'ordre, aussitôt exécuté, de marcher à la rencontre de la milice de la Tour-du-IMn '.
Mais, dans les villages situés près de la route, où Arnoux a jeté l'effroi par sa rapide chevauchée, à Cessien, à Serezin, à Nivolas*, et dans ceux de la banlieue immédiate de Bourgoin, où « beaucoup de personnes sont allées réclamer du secours 3 », à Jallieu, à Maubec, à Domarin, à Saint-Alban, « tout... est dans la plus grande agitation : les femmes, les entants des campagnes gagnent les bois, abandonnant leurs foyers4 ». Le tocsin sonne à tous les clochers, à trois lieues à la ronde. « Le courage du malheureux paysan est excité ; il veut connaître l'ennemi, le combattre, et se croit déshonoré, s'il ne compromet sa vie pour combattre les ennemis de la patrie5 ». On saisit les faux et les fourches; on va demander au seigneur du village ou à son fermier toutes les armes que possède le château ''.
À partir de huit heures, les paysans arrivent à Bourgoin, en troupes nombreuses que mènent les consuls, les curés ou les notables 7 : "la route a parfois été longue, et beaucoup sont « dans un état à faire pitié 8 » ; la plupart n'ont pas pris le temps de jeter leurs vestes sur leurs épaules, ils sont « en chemises ou en camisoles » : ils n'ont pas mangé ; la pluie, qui n'a pas cessé el qui
i. Procès-verbal des officiers municipaux de Bourgoin (Arch. nat., D xxixl>is, i, 3° dossier).
2. Déposition de Miège iils, Roux, p. 44"4^ : «•••■ Les habitants de Cessieu avaient lâché leurs bestiaux dans les champs, et se sauvaient en emportant avec eux tout ce qu'ils pouvaient ».