CHAPITRE TROISIÈME
menés à Bourgoin, leurs confrères de la ville l'ont « de gaieté de cœur » La recherche des terriers '. Sollicité de « charger la bande de brigands qui dévaste Chapeau-Corara », le capitaine des employés des fermes de Morestel s'y refuse : « Je n'ai point d'ordres ». dit-il, « contre ces « brigands. Ils n'en veulent qu'aux terriers, et peut-être « ne trouverions-nous pas à Morestel une àme qui voulût o nous suivre. » On lui observe inutilement qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des ordres pour s'opposer au brigandage, et que la destruction des terriers n'est qu'un vain prétexte pour piller et dévaster sans contradicteurs, que tout bon citoyen est comptable à la société de tout le mal qu'il laisse faire, pouvant l'empêcher. 11 persiste dans son opinion 2 ». Les notables de Biol. qui ont déjà chassé une t'ois, avec leur milice, les pillards du château de Yallin, n'osent cependant pas recourir aux armes lors de la deuxième attaque : « Plusieurs fois, écrit le lieutenant de chàtellenie, nous tûmes sur le point de faire tirer silices bandits ; mais, voyant d'un côté qu'ils étaient plus nombreux et que la partie n'était pas égale, et craignant de l'autre d'être les auteurs d'une guerre civile, nous primes le parti le plus prudent, qui tut de demeurer conciliateurs et de taire mettre en tas dans la basse-cour du château tout ce que ces scélérats y pillaient : pendant que les citoyens de Biol taisaient ainsi sentinelle autour du château pour que rien ne lût emporté, plusieurs personnes qui étaient dans les intérêts de M. de Yallin emportèrent plusieurs effets pour les soustraire au pillage9 ». Seule Mme de Gruel l'ail assez belle contenance: elle refuse de se réfugier à Morestel, et reste dans son château du Marteray : « Je Nais. Messieurs, qous dit-elle,
i. Procès-verbal '!<■ M Mollard, M' Bertray <t M« Dodoz, en date «lu 3 août, enregistré le 6 à Belaccueil, Bibl. de Grenoble, iu»s . <>. 899.
3. Journal <)<• la défense <!<■ Brnngues contre les brigands, Bibl. <!<• Grenoble, mss , O, s,'>.">.
>. Procès-verbal il<- toul ce qui s'esl passé dan*. Biol, Bibl. <l«- Grenoble, mss., < ). 864.
que tous les vrais citoyens sont pénétrés de la plus grande horreur et que c'est le moment du triomphe de la plus vile canaille. Nous n'avons pas des forces à opposer au torrent. S'il faut périr, je m'ensevelirai sous les ruines de mon château ' ».
Libre d'user de son triomphe à peu près à sa fantaisie, la a canaille » commet souvent des excès \ L'étal d'ivresse des paysans — ils se font donner partout à manger et à boire ou pénètrent dans les caves 3 — peut seul expliquer les dégâts absolument inutiles qu'ils commettent dans la plupart des châteaux : ils brisent les meubles, arrachent les tapisseries, les châssis des fenêtres, emportent les serrures, les barreaux de fer, les rampes des escaliers \ Ils dérobent souvent des effets, exigent de l'argent '" ; dans leur passion de pillage, ils dévastent de simples maisons bourgeoises 6. Toutefois, il ne semble pas qu'il y ait un seul meurtre à leur reprocher, et leurs menaces de mort ne sont nulle part suivies d'exécution \ Si l'on excepte la
i. Journal de la défense de Brangues contre les brigands. Le rédacteur de ce journal, le sieur Michoud, a une tendance particulière à la grandiloquence. En fait, M" de Gruel « composa » avec les brigands, livra ses terriers et distribua quelques louis : dépositions Gourjut, Roux. p. 127; des demoiselles de Bolian, id., p. 122-123.
2. Je n'ai trouvé trace d'aucun fait justifiant l'assertion du procureurgénéral dans son rapport du 7 août aux ministres, Bibl. de Grenoble, mss., Q. 6, fos 101-102 : « Il y a eu des filles violées »
3. Procès-verbal du pillage du château de Montcarra, Bibl. de Grenoble, mss., O. t)38; dépositions Buisson, Roux, p. 39; Manuel, id., p. 65; Rivoire de la Bâtie, id., p. 71 ; J. Arnoux, id., p. 76. a Le sieur Galnrd, concierge du château, s'occupe à les faire boire et les enivrer pour leur empêcher d'y mettre le feu »; journal de la défense de Brangues, Bibl. de Grenoble, mss., O. 865, etc.
\. Ainsi, à Césarge, les commissaires constatent la plus inutile dévastation. Roux, p. 47-48. De même à Vallin : « L'acharnement avec lequel on s'est attaché â arracher les fers et serrures est inconcevable ». Roux, p. 80 : à Saint-Jean-de-Bournay, id., p. 193-194, etc.
5. Procès-verbal du pillage fait â Bonnevaux, Bibl. de Grenoble, mss., O. 889; déposition de l'abbé de la Tour, Roux. p. 197; de Mrae de Batines, Roux, p. 201, etc.