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La Pharmacie centrale de France

u numéro 7 de la rue de Jouy, une des rues les plus calmes de l’ancien quartier de la Mortellerie, on remarque une grand’porte en plein-cintre, rehaussée de refends : c’est l’entrée de Y Hôtel d’Aumont , aujourd’hui le siège de la Pharmacie Centrale de France. Si l’on franchit le seuil de cette porte monumentale, on pénètre dans une cour rectangulaire, assez vaste, bordée de magnifiques corps de logis, dont les façades, d’aspect imposant et magistral, reflètent, sous la grise patine du temps, cet air de grandeur qui est la caractéristique de leur époque. Dans cette cour silencieuse où deux siècles et demi ont passé, l’imagination se plairait à voir apparaître, en leurs brillants équipages, galants cavaliers et « honnestes » dames, maréchaux opulents et superbes duchesses du temps jadis. Mais. . . où sont les neiges dùintan ! Il ne reste plus ici, de tout ce monde disparu que des titres inédits et des parchemins oubliés. Qu’il nous soit donc permis d’en remuer la poussière ; nous y retrouverons les souvenirs perdus, qu’à défaut d’historiens, des notaires ont enregistrés et authentiqués.

Il y a douze à treize cents ans, l’emplacement sur lequel a été construit Y Hôtel d’Aumont , faisait partie d’un domaine assez étendu, appelé culture Saint-Eloi , par suite de la concession que le roi Dagobert en fit, à titre de dotation, au prieuré de filles que saint Eloi venait de fonder dans la Cité, vis-à-vis du Palais (0. Ce monastère ayant pris, dès le début, une assez grande importance, les religieuses n’y eurent bientôt plus assez de place pour leurs inhumations, et furent obligées de consacrer une parcelle de leur culture à cet usage. Une chapelle cémétériale dédiée à saint Paul l’apôtre, accompagna aussitôt ce champ de sépulture, dont l’accès donnait sur un chemin conduisant de la Seine à l’ancienne voie galloromaine, devenue la rue Saint-Antoine (1 2) ; depuis lors, ce chemin s’est appelé la rue Saint-Paul. Au fur et à mesure que la culture Saint-Eloi se peupla, le sanctuaire mérovingien de Saint-Paul s’agrandit si bien qu’il ne tarda pas à devenir église paroissiale (3 4).

Entre temps, un autre chemin s’était embranché, à hauteur de la rue Tiron, sur la partie de la rue Saint-Antoine appelée de nos jours, rue François-Miron (4), et venait aboutir rue Saint-Paul, en face de l’église passée désormais la patronale du

(1) Au xne siècle, le monastère de Saint-Eloi passa aux mains des moines de Saint-Maur-des-Fossés ; en 1629, des barnabites y remplacèrent ceux-ci; ils s’en trouvaient encore possesseurs lorsqu’ils furent supprimés en 1790. L’ancienne église du couvent des barnabites a été démolie, il y a quelque quarante ans, lors de la percée du boulevard du Palais ; son portail a été depuis transporté à l’église des Blancs- Manteaux.

(2) Voir notre Rapport sur les fouilles exécutées sous la rue Saint-Antoine pour la construction du chemin de fer métropolitain, publié dans les Procès verbaux de la Commission du « Vieux Paris », année 1899, p. 3 10 à 3 12.

(3) L’église Saint-Paul, dont l’entrée était située rue Saint-Paul, à droite du passage Saint-Pierre, a été démolie en 1807, comme étant trop délabrée pour pouvoir être rendue au culte à titre de paroisse. Lors du Concordat, elle avait été du reste remplacée par l’ancienne église des Jésuites de la rue Saint-Antoine, qui joignit, dès lors, à son ancien vocable de Saint-Louis celui de Saint-Paul ; d’où son appellation moderne d 'église Saint-Paul-Saint-Louis .

(4) François Miron, prévôt des marchands de 1604 à 1606.

ENTREE DE l’hÔTEL d’aUMONT, 7, RUE DE JOUY

quartier. Cette traverse est évidemment plus ancienne que l’enceinte de Philippe-Auguste qui la barrait vers la rue Saint- Paul, et qui l’aurait interceptée de ce côté, si une poterne, ou fausse porte, n’eût été pratiquée dans cette muraille : d’où le nom, donné primitivement au tronçon extra muros de ce chemin, de rue de la Poterne ou de la Fausse-Poterne-Saint- Paul , ou bien encore de rue de ï Archet-Saint- Paul, parce que cette porte était voûtée en archet, c’est-à-dire en arcade (0. Quant au surplus intra muros dudit chemin, c’est-à-dire sa majeure partie, on le voit, au xm° siècle, porter deux appellations différentes. Ainsi, depuis la poterne Saint-Paul jusqu’à la rue des Nonnains d’Hyères, ce chemin est indiqué par Guillot, poète-viographe de ce temps-là, sous le nom de rue des Poulies- Saint-Paul (2) : ici le mot poulies rappelle les anciens appareils à ramager les draps ou autres étoffes, et signifie que cette industrie, jadis très parisienne, existait dans ces parages (3). Enfin, depuis la rue des Nonnains d’Hyères jusqu’à la rue Saint-Antoine (rue François-Miron), le même chemin devenait la rue de Jouy ; c’est encore le même rimeur qui nous l’apprend par les vers suivants :

Parmi la rue du Figuier,

Et parmi la rue à Nonnains D’Ière, [je] vi chevaucher deus nains Qui moult estoient esjoÿ ;

Puis truis [trouvai] la rue de Joÿ,

Et la rue Frogier-Lasnier (4).

([) Il ne reste plus de cette porte que le quart d’une des deux tours circulaires qui la flanquaient ; ce vestige de l’enceinte de Philippe-Auguste est encore quelque peu visible rue Charlemagne, et fait partie du mur mitoyen qui sépare le petit lycée Charlemagne de la maison voisine, vers l’entrée de la rue des Jardins.

(2) Voir le Dict des rues de Paris de Guillot, édition de M. Edgar Mareuse, page 76.

(3) Voir le Glossariimi de Ducange au mot poliæ. — Plusieurs autres anciennes rues de Paris ont aussi porté jadis le nom de rue des Poulies : on peut citer, entre autres, la rue du Louvre et la rue des Francs-Bourgeois.

(4) Le Dict. des rues de Paris, loc. ci t. , p. 78, 79. — La rue Frogier-Lasnier est devenue par altération la rue Geoffroy-Lasnier.

IO

Un peu plus tard, la dénomination de rue de Jnuy s’étendit jusqu’à la poterne Saint-Paul, et ce n’est qu’à partir du xvne siècle que l’ancienne rue des Poulies-Saint-Paul, parce que le presbytère de Saint-Paul y était situé, prit le nom de rue des Prêtres-Saint-Paul , qu’elle a gardé jusqu’en 1844 où elle reçut celui de rue Charlemagne , en raison du voisinage du lycée Charlemagne.

Suivant les historiens Sauvai et Jaillot, la rue de Jouy doit son nom à l’hôtel que l’abbé et les religieux de Jouy y avaient eu presque de tout temps ; on l’appelait aussi, aux xufi et xive siècles, la rue à l’ Ahbé-de-Jo'y (0. Cependant la maison abbatiale de Jouy n’était pas la seule de son genre dans cette rue, témoin l’ancien logis des abbés de Chaalis (1 2), dont les salles-basses gothiques subsistent encore en partie au numéro 14, où aboutit un passage de l’hôtel de Beauvais, dont on admire toujours la belle ordonnance au numéro 62 de la rue François- Miron (3 4). La rue de Jouy n’était pas non plus la seule du quartier à posséder un hôtel d’abbé. Ainsi la rue Tiron doit son nom à une grande maison qu’on y avait bâtie et qui appartenait à l’abbé de Tiron (4) dès l’année 1270 ; on en voyait encore la porte subsister à la fin du xvmc siècle. Au numéro 19 de la rue Geoffroy-Lasnier existe encore l’hôtel des abbés de PreuillyC5). Depuis 1 182, les abbesses d’Hyères (6) avaient aussi leur maison

(1) Sauvai, Antiquités de Paris, t. Ior, p. 144; — Jaillot, Recherches historiques, topographiques et critiques sur Paris, t. III, Quartier Saint-Paul, p. 19. — Jouyl’Abbaye (Seine-et-Marne), arrondissement et canton de Provins (Brie champenoise). L’abbaye de Jouy était un couvent de cisterciens, qui dépendait du diocèse de Sens.

(2) Abbaye de Chaalis, ancien couvent de bernardins, situé dans le Valois (Oise), diocèse de Senlis-

(3) Jules Cousin, L'Hôtel de Beauvais, publié dans la Revue universelle des arts, t. XX, p. 79 et 145.

(4) Tiron ou Thiron, commune et chef-lieu de canton, arrondissement de Nogent-le- Rotrou (Eure-et-Loir).

(5) Preuilly, commune et chef-lieu de canton, arrondissement de Loches (Indreet-Loire).

(6) Hyères, ou plutôt Yerres, commune, canton de Boissy-Saint-Léger, arrondissement de Corbcil (Seine-et-Oise).

dans une rue du voisinage, qui prit de ce fait le nom de rue des Nonnains d'Hyères ; c’est là que les religieuses d’Hyères se retiraient en temps de troubles ; pendant la paix, c’était la demeure tant de leur procureur, solliciteur, receveur, que de leurs serviteurs et de leurs messagers lorsqu’ils venaient à Paris pour les affaires du couvent, ainsi qu’en parlent les anciens titres et en ces propres termes (0.

Pour ne point permettre de confondre l’emplacement de l’hôtel d’Aumont avec celui de l’hôtel de Jouy, dont on ne connaît plus guère de trace, il convient, à présent, d’indiquer où pouvait bien se trouver celui-ci. Tout d’abord, un document du xiiic siècle, transcrit dans un cartulaire de Saint-Eloi du même temps, sous le titre : « C’est l’ordenance au prieur de « S. Eloy de Paris, comment la terre de S. Pol et d’aillieurs doibt « estre esbournée », nous permet de résoudre suffisamment la question. En effet, après avoir fait partir de la porte Baudoyer (1 2) les limites de ce bornage, ce document nous les montre plus loin se continuant ainsi vers l’est : « Item, si devra aller à la « meson Richart le charbonnier, laquelle est de S. Eloy, qui « joint à la meson Guillaume Roussiau le pelletier, qui est an « l’antrée de la meson à la Guespine, à main destre, tout an « suivant jusques à la meson de Joï. Item, si devon retourner « de l’autre part de la voie, à main senestre, à la meson au « barbier, qui est de S. Eloy, laquelle fait le coignon de ladite « rue (de Jouy) et de la rue S. Anthoine, tout an suivant « jusques au coignon de la rue Perciée (rue du Prévôt) » (3)

La « meson de Joï », ainsi rencontrée à main droite en

(1) Sauvai, loc. cit., t. II, p. 270.

(2) Cette porte Baudoyer faisait partie de l’enceinte capétienne qui précéda celle de Philippe-Auguste; elle marquait l’extrémité de la rue Saint-Antoine; la place Baudoyer actuelle occupe son emplacement. Lorsque l’enceinte de Philippe-Auguste fut construite, le nom de cette porte fut alors transporté à la porte ouverte aussi sur la rue Saint- Antoine, à hauteur du point aujourd’hui marqué par l’entrée du lycée Charlemagne ; cette seconde porte Baudoyer s’appela aussi porte Saint-Antoine.

(3) Archives Nationales, LL. y5, f° 6 recto.

allant vers Saint-Paul, c'est-à-dire du côté des numéros impairs actuels de la rue de Jouy, se trouvait donc située entre la « meson à la Guespine », dont l’impasse de ce nom marque, depuis lors, la place ou la proximité, et la rue des Nonnains d’Hyères, où les limites du bornage en question n’atteignaient pas, puisque de la maison de Jouy elles retournaient brusquement de l’autre côté de la voie pour gagner le coin des rues de Jouy et de Saint-Antoine. Ceci posé, on peut enfin achever de déterminer, avec une approximation suffisante, la situation exacte de l’hôtel de Jouy, grâce à des documents qu'il est facile d’invoquer. Mais avant tout, il devient impossible de confondre cet hôtel avec celui d’Aumont, grâce encore au texte suivant de Sauvai : « L’hôtel de Jouy, qui a communiqué son « nom à la rue où il était, tombant en ruines en 1 658 , et « n’étant loué que 5o livres par bail emphytéotique, le sieur « Pierre de Bellièvre, qui en était abbé commendataire, obtint « du roi la permission de l’aliéner, qu’il fit enregistrer au « Parlement dans les registres des Ordonnances. » (0

Ainsi nous verrons, par les anciens titres de propriété de l’hôtel d’Aumont, que celui-ci, en 1 658, appartenait déjà depuis plusieurs années au maréchal Antoine duc d’Aumont, et qu’aucun de ses attenants et aboutissants n’était l’hôtel de Jouy. Bien plus, en suivant vers Saint-Paul, il ne restait plus que deux maisons de ce côté de la rue de Jouy, avant d’aboutir rue des Nonnains d’Hyères ; mais elles étaient vraiment trop peu importantes pour avoir pu convenir au logement des abbés de Jouy ; d’ailleurs elles formaient angle et retour sur la rue des Nonnains

(i) Sauvai, loc. cit., t. Ier, p. 144; t. Il, p. 269. — Pierre de Bellièvre, seigneur de Grignon, fils de Nicolas de Bellièvre, président à mortier, et petit-fils de Pomponne de Bellièvre, chancelier de France sous Henri IV, fut conseiller au Parlement, président aux requêtes du Palais, ambassadeur extraordinaire en Angleterre, succéda à son oncle Albert de Bellièvre comme abbé commendataire de Jouy, et mourut en 1 683, âgé de 72 ans. (Voir l 'Histoire généalogique du P. Anselme et le Dictionnaire de la noblesse de La Chesnaye-Desbois.)

d’Hyères, et nous venons de constater que l’ancien bornage de la terre de Saint-Paul, qui limitait ici la censive de Saint-Eloi, n’atteignait pas jusque-là. Enfin, de l’autre côté de l’hotel d’Aumont, l'hôtel de Fourcy, comme nous le constaterons par la suite, se trouvait déjà depuis longtemps bâti. Conséquemment l’hôtel de Jouy ne pouvait exister qu’entre l’hôtel de Fourcy et l’impasse Guépine, c’est-à-dire dans la censive de Saint-Eloi, comprise dans celle de l’évêque de Paris dès le xive siècle. Or, le terrier du Roi de 1700 indique précisément que la censive de l’archevêché s’arrêtait à l’hôtel de Fourcy, où commençait la censive du roi, laquelle comprenait la majeure partie de l’hôtel d’Aumont, d’où elle s’étendait bien au delà de la rue des Nonnains d’Hyères (0. Une justification de notre dire, relative à l’emplacement de l’hôtel de Jouy, se rencontre encore dans une charte du mois de juillet 1342, par laquelle Philippe VI de Valois, en récompense des services que lui rend son chambellan, Jean seigneur d’Andresel, lui donne la maison qui fut à Gilles Granche, chevalier; laquelle maison était « séant à Paris, entre la porte Baudoyer et « la porte Saint-Anthoine, à l’opposite de la dame de la Saussoie , « rue Saint-Antoine, et aboutissant par derrière devant la « maison des religieux de Jouy » (2) : ce qui montre suffisamment que la maison, ainsi octroyée audit seigneur d’Andresel, ne pouvait être située autre part que dans la pointe formée par les rues Saint-Antoine et de Jouy, vis-à-vis l'hôtel de Jouy et contre la maison du coin, mentionnée au bornage de la terre de Saint-Paul, comme étant de la censive de Saint-Eloi et appartenant à un barbier. Mais nous pouvons encore mieux préciser l'emplacement en question, car nous verrons aussi, plus loin, que l’hôtel de Fourcy, anciennement la maison à

(1) Archives Nationales, Q1* 1099 10 c.

(2) M. Jules Viard, Documents parisiens du règne de Philippe VI de Valois, t. II, p. 168, 169.

l’enseigne de l’Ermitage , ne touchait pas encore l’hôtel de Jouy, mais en était séparé tout au moins par la maison à l’enseigne du Grégeois , dont la place est marquée aujourd’hui par le numéro 1 1 de la rue de Jouy (0 : ce qui reporte évidemment l’hôtel de Jouy vers les numéros 1 3 , i5 et 17.

Ainsi, nous connaissons déjà des maisons de la rue de Jouy, aux xme et xive siècles, d’abord celles de la Guépine et de Jouy d’un côté de la voie ; puis l’hôtel des abbés de Chaalis, la maison de Jean d’Andresel et celle du barbier, sur le côté opposé : soit en tout cinq maisons seulement ; mais la rue de Jouy en comptait certainement un plus grand nombre. Des titres du prieuré de Saint-Eloi, faisant partie des archives de l’archevêché, en mentionnent bien d’autres, dont les suivantes: i° trois maisons sur lesquelles Adam Paridan, leur propriétaire, fait une donation de 40 sous parisis de rente aux religieux de l’abbaye de Notre-Dame de Chage (diocèse de Meaux), le 16 juin 1 335 ; — 2° la maison attenant d’une part à celle qui fut à la Belle Alips, et d’autre à Marie de Cambray, aboutissant à l’abbé de Jouy, et sur laquelle son propriétaire, Jean de Chartres, marchand de vin, vend à Guillaume de Vanves, bourgeois de Paris, 4 livres 14 sous et 8 deniers parisis de rente, le 8 juin 1 336 ; — 3° la maison qui fut à Guillaume Huré, maçon, tenant d’une part au « manoir » de dame des Barres et d’autre part à la grange de Thibaut Clément, sur laquelle son propriétaire, Sançon, vend 71 sous parisis de rente à la veuve de Guillaume de Vanves, le 5 juin 1 338 ; — 40 la maison à l’enseigne de la Fleur de lys et celle dite de la Pomme , toutes deux s’entretenant, et sur chacune desquelles leur propriétaire, Jean Gaucher, fripier, vend une rente de 20 sous parisis à Jacques Nivelle, prêtre et secrétaire de l’évêque de Paris, les 7

(1) Voir Titres de propriété de la Pharmacie Centrale de France, Sentence du Trésor, du rcr août 1624.

et 25 juin 1392 (0 ; — soit donc ensemble, sept autres maisons de la censive de Saint-Eloi.

La rue de Jouy, avec ses abords et quelques-unes de ses plus anciennes maisons, étant ainsi quelque peu définie pour les besoins de l’étude que nous consacrons à l’hôtel d’Aumont, nous ne devons tarder plus longtemps d’entrer en matière.

Le plus ancien titre de propriété que nous connaissions concernant l’hôtel d’Aumont est une sentence du Châtelet, en date du 28 février 1428 (nouveau style), (2) maintenant aux marguilliers de l’église Saint-Gervais la propriété d’ « une « maison à appentiz (auvent) sur rue, . . . assise à Paris, en la « rue de Jouy, qui fu (à) maistre Pierre Cousinot, appelée « la maison au Dé , tenant d’une part à M° Jehan de Conflans, « et d’aultre part à Guillemette, vefve de feu Pierre le Barbier, « aboutissant par derrière au jardin dudict Me Jehan de « Conflans :....» à charge pour lesdits marguilliers de continuer à payer chaque année, à l’Hôtel-Dieu, une rente de 26 sous 8 deniers parisis, que celui-ci avait droit de prendre sur cette maison, indépendamment des arrérages échus depuis quatre ans et trois termes (3b Comme nous l’expliquerons plus loin, cette maison, avec celle de Jean de Conflans, faisait partie de l’emplacement où, deux siècles plus tard, s’éleva l’hôtel d’Aumont.

Or, dès le commencement du xv° siècle, vivait à Paris une

(O Archives Nationales, S. io85 B, pièces nos 22, 23, 24, 25, 26, 27 et 28.

(2) Jusqu’en 1 582 , époque où le pape Grégoire XIII réforma le calendrier en faisant partir l’année du premier Janvier, les titres de propriété de la Pharmacie Centrale de France, antérieurs à cette réforme, se trouvent datés suivant le calendrier Julien, où l’année commence le jour de Pâques ; en conséquence, nous avons rétabli les dates de ces titres d’après le calendrier Grégorien, c’est-à-dire d’après le nouveau style , toutes les fois que ces dates tombaient avant le jour de Pâques.

(3) Titres de propriété de la Pharmacie Centrale de France, Sentence du Châtelet du 28 février 1428 (n. st.).

ib —

famille de notables magistrats du nom de Cousinot, originaires d’Auxerre, en tête desquels apparaît Pierre Ier, procureur du roi en cette ville, anobli en 1411, et qui aurait été le père de Pierre II et de Guillaume I", honorablement mentionnés dans les chroniques du temps. Pierre II est vraisemblablement l’ancien propriétaire sus-mentionné de la maison au Dé ; il naquit vers i38o et fut procureur-général au parlement de Paris. C’est en cette qualité que, lorsque le parlement fut transféré à Poitiers, il soutint les Libertés gallicanes , contre le roi lui-même, en s’opposant à l’enregistrement de l’ordonnance du 14 février 1425 (nouv. st.) ('). Son frère, Guillaume Ior, fut d’abord avocat au parlement de Paris, en 1405. Deux ans après, Louis d’Orléans ayant été assassiné par ordre de son cousin Jean-sans-Peur, un docteur en théologie, Jean Petit, fit publiquement l’apologie de ce crime. Mais bientôt, sur les instances de Valentine de Milan, veuve de la victime, une nouvelle assemblée fut convoquée au Louvre le 1 1 septembre 1408. Là, par l’organe de Guillaume Cousinot, attaché à sa maison, elle repoussa les indignités du théologien bourguignon, et défendit son mari en prenant à son tour l’offensive de l’accusation. Ce plaidoyer fut l’origine de la fortune des Cousinot (1 2). Nommé chancelier du duc d’Orléans en 1419, Guillaume 1er fut aussi conseiller du régent (Charles VII). Il est plutôt connu sous le nom de Cousinot le chancelier , pour le distinguer de son neveu, Guillaume II Cousinot, seigneur de Montreuil (près Vincennes). Ce dernier, né vers 1400 et mort âgé de plus de quatre-vingts ans, servit successivement les rois Charles VII, Louis XI et Charles VIII, non seulement comme magistrat, mais aussi comme homme d’épée et diplomate ; écrivain élégant, Cousinot de Montreuil a laissé, sur son temps, d'excellentes chroniques.

(1) Didot frères, Nouvelle biographie générale , au mot Cousinot.

(2) Vallet de Viriville, La chronique de la Pucelle ou Chronique de Cousinot. Introduction, p. 16 et suivantes.

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