‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 157 sur 344 · RESIGNATION AUX SOUFFRANCES · texte numérisé non relu

RESIGNATION AUX SOUFFRANCES

de n'être pus né, et qu'ensuite le plus grand bonheur était de mourir le plus tôt possible après sa naissance.

2. A tous ceux qui le suivent, Jésus-Christ demande de prendre leur croix sur eux, et cela tous les jours. (Matth., xvi, 24; Luc, ix, 23.)

Les rigueurs de notre existence ne font pas essentiellement partie de notre malheur. Car nous ne sommes pas créés pour le bien-être terrestre. Sur cette terre, le malheur comme le bonheur est un moyen d'atteindre notre but éternel.

La destinée de l'homme n'est pas de mener une existence joyeuse, exempte de douleurs, mais sa destinée est telle que la douleur physique et la douleur morale y prennent une importance particulière.

En nous délivrant de la malédiction du péché, Jésus- Christ ne nous a pas exemptés des peines de l'existence; il les a considérées comme un moyen dont nous devons user pour notre salut.

Les peines de la vie doivent nous soumettre efficacement à Dieu. Dans la conscience de son néant, l'homme doit se courber humblement sous les décrets impénétrables de Dieu.

Aux heures amères et difficiles, l'adhésion à la très sainte volonté de Dieu a une signification tout autre qu'aux heures douces et agréables.

Par la souffrance beaucoup sont amenés à prier, qui autrefois n'y songeaient pas. Le cœur atteint par la soufrance trouve une parficulière consolation dans la pensée de Dieu. Supporter volontairement la souffrance, c'est rendre à Dieu un culte sacré.

Les rigueurs de la vie sont, en second lieu, un châtiment pour le coupable. Celui qui souffi'e ne doit pas

murmurer ; il doit tourner vers Dieu un regard de reconnaissance : Dieu lui fait sentir ici-bas la douleur durant quelques instants, afin de lui préparer une joie éternelle.

Les épreuves de l'existence sont, en troisième lieu, non seulement un châtiment, mais une école journalière de vertu. La simple raison peut déjà le comprendre. Cest, comme le remarque un savant moderne, l'idée fondamentale du mythe d'Hercule, l'idée directrice des drames de l'Œdipe et du Philociète de Sophocle, c'est le sens du proverbe grec : ndO>Ei \xa%'oc, l'enseignement par la souffrance. Mais seul le christianisme a pu réaliser pratiquement cette pensée dans tous les événements de la vie. Le paganisme cherchait la force et la consolation ou dans les plaisirs bruyants ou dans le stoïcisme de l'orgueil, mais c'était en vain. C'est pourquoi, finalement, il s'est jeté dans les bras du désespoir.

En nous donnant l'occasion de prafiquer nombre de vertus, les épreuves de la vie sont pour nous, en quatrième lieu, une source surabondante de bonheur pour l'éternité. « Car le moment si court et si léger des afflictions que nous souffrons en cette vie produit en nous le poids éternel d'une souveraine et immense gloire. » (2 Corinth., iv, 17.)

En cinquième lieu, enfin, les rigueurs de la vie prennent une signification bien plus haute encore, lorsqu'on considère le Christ souffrant : elles nous rendent semblables au Christ, Fils de Dieu. C'est pourquoi le Christ portant sa croix nous indique le chemin, afin que nous aussi, nous portions avec patience notre croix de tous les jours.

L'homme trouve sa propre croix en lui-même; il doit donc se prendre en patience. Vous ne devez ni aimer ni flatter vos imperfections, mais les porter avec patience.

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"?. Il y a une patience raisonnable, qui est patiente parce que l'impatience ne produit rien et qu'elle est plus gênante que la patience. Un sage de l'antiquité a dit : « Savoir supporter est la moitié de la sagesse. » La pire des misères est de ne pouvoir supporter la misère. Soyez donc sage, et s'il vous arrive quelque chose de mal, prenez-le toujours en bien ; si vous le prenez mal, vous tombez de mal en pis.

Il y a, en outre, une patience qui est non seulement raisonnable, mais chrétienne. C'est celle que le Christ attend de nous.

Cette patience n'est pas — selon les paroles d'une âme éclairée — le silence inactif qui supporte avec inertie ce qu'on ne peut changer; ce n'est pas la foiblesse apathique qui perd tout courage, parce que le chemin paraît trop difficile. Ce n'est pas la soumission qui cède mollement parce que la résistance ne sert à rien. La patience n'est pas cette vie nonchalante, fatiguée, qui consiste à traîner son fardeau de jour en jour.

La patience chrétienne, c'est plutôt la force qui maîtrise ; elle connaît le chemin, son but est certain. La patience est le courage qui se fraie une voie, quoique souvent le coeur se déchire aux épines. Elle prend le fardeau que Dieu lui a imposé, elle ne s'affaisse pas sous lui, elle le porte haut ; elle aborde la vie courageusement et intrépidement ; comme elle l'a commencée, elle achève sa course.

La patience, c'est la paix qui ne disparaît pas dans la lutte ; c'est la joie qui ne meurt pas dans la souffrance. La patience, c'est le courage qui ne fuit jamais un sacrifice; c'est la jeunesse qu'aucun automne ne vient faner. La patience est infatigable et ne se plaint jamais ; elle n'a pas elle-même choisi sa voie. Cependant son fardeau la trouve

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chaque jour forte et pleine de viguenr, prête et trempée comme l'acier.

La patience résiste à mille blessures; elle sait les guérir, car elle les souffre avec calme. Elle a déjà trouvé son but sur la route, parce qu'elle ne veut autre chose que ce que Dieu veut. Elle ne cesse pas de croire et d'aimer, alors que tout disparaît, se brise et fléchit. Elle ne se reposera qu'après avoir atteint le but de toutes ses espérances dans l'autre vie.

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