‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 183 sur 344 · LA VIE INTERIEURE · texte numérisé non relu

LA VIE INTERIEURE

I . Le Christ a passé la plus grande partie de sa vie dans le silence et l'obscurité. Il n'a paru dans la vie extérieure qu'autant que sa vocation lui en faisait un devoir. « Montrez-vous au monde », lui disaient les hommes : il ne l'a fait que pour des motifs sérieux.

Vous aussi, aimez la solitude ; veillez sur votre vie intérieure. La simple raison vous dit que la valeur d'un homme n'est pas dans son extérieur, mais dans son intérieur.

« Ce ne sont pas les choses extérieures, dit Plutarque, qui rendent une vie agréable et joyeuse : l'homme puise dans son intérieur, comme à une source, le plaisir et la joie de sa vie. »

Ce qui vous est extérieur ne vous donne aucune valeur; l'habit ne fait pas le moine, la selle ne fait pas le cheval. L'extérieur est nécessaire, mais c'est l'intérieur qui fait le prix des choses. Le Christ veut aussi les bonnes œuvres, une bonne conduite extérieure, à son exemple. Mais il déclare que le plus important est la charité, la justice, la crainte de Dieu.

Pratiquez donc la vie intérieure. Eloignez de vous tout ce qui pourrait ternir la pureté de votre cœur.

A quoi vous serviraient les œuvres extérieures sans la

84 2^ SEMAINE. — I. — l'imitation DU CHRIST

disposition intérieure qui leur donne leur prix? 11 est des mondains qui font beaucoup de sacrifices, qui subissent beaucoup d'humiliations par nécessité, par ambition, par amour du gain, par calcul humain : à quoi cela leur sertil ? Les pharisiens étaient d'exacts observateurs de la loi : à quoi cela leur servait-il? La vie des pénitents hindous dépasse en austérités tout ce que nous lisons dans la vie des saints : à quoi cela leur sert-il?

Sans la vie intérieure, les grâces de Dieu demeurent inutilisées, vous n'avez point de force contre le choc des tentations, votre prière se change en une vaine routine, vous vous abandonnez à votre nonchalance.

Le Bon Dieu nous visite souvent avec ses grâces et ses faveurs dans notre cellule; mais, hélas! nous ne sommes que rarement à la maison pour le recevoir.

Il y a dans les distractions inutiles une grande perte, un grand danger pour la pureté du cœur et beaucoup d'occasions prochaines d'expériences fâcheuses.

Évitez la foule : nul ne sort du moulin sans être couvert de farine.

2. Beaucoup mettent leur joie dans des entretiens bruyants, au grand détriment de leur âme. Combien de fois l'on souhaiterait de s'être tu ou de n'être pas allé dans telle ou telle compagnie ! Un entretien modéré a ses avantages, mais il y a dans les excès de la conversation une foule d'occasions de péché.

Dans la solitude soyez volontiers avec vous-même, dans la société soyez aimablement avec vos compagnons, mais soyez partout avec Dieu, de qui viennent la solitude et la compagnie. Sans Dieu la solitude n'est qu'une tombe et la société un danger. Avec Dieu on est bien partout, sans Dieu on n'est bien nulle part.

Page 1