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L'OBEISSANCE AUX HOMMES

I . Le Christ a pratiqué l'obéissance dans la maison de Nazareth. L'obéissance à Dieu est la première exigence de la vie chrétienne. De même que, dans la nature, Dieu ne fait pas tout par lui seul, mais qu'il accepte la collaboration des créatures, de même, dans le monde purement moral, il ne veut pas se montrer le seul maître, mais il veut, en différentes circonstances, transmettre son autorité à des hommes qui, en qualité de représentants de Dieu investis d'une autorité divine, peuvent nous commander.

Nous devons dépendre les uns des autres, non seulement par un amour réciproque, mais aussi par des rapports de commandement et d'obéissance.

L'obéissance est la vertu qui incline notre volonté à accomplir les commandements légitimes des supérieurs autorisés.

L'obéissance envers Dieu est sans limite. L'obéissance envers les hommes a certaines bornes ; elle ne peut jamais se rapporter aux choses défendues. Le devoir de l'obéissance s'étend aussi loin que le droit légitime de commander.

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2. La vertu d'obéissance s'empare de la volonté : elle la remplit de respect et d'amour pour la personne du supérieur, de joie dans l'obéissance ; elle l'incline à exécuter non seulement les ordres, mais aussi les justes désirs de ceux qui commandent.

La vertu d'obéissance s'empare aussi de l'intelligence et l'empêche de juger orgueilleusement les supérieurs et de discuter criminellement les ordres reçus.

L'obéissance à Dieu doit aller jusqu'à obéir aux hommes pour l'amour de Dieu. 11 est conforme à la nature humaine que l'obéissance à Dieu s'exerce dans l'obéissance visible aux hommes. Le supérieur n'est pas un instrument, un porte-voix dont Dieu se sert pour nous parler directement : il est le représentant de Dieu dans le sens propre du mot.

Dans l'obéissance, il y a une glorification de Dieu, dont la volonté est que les créatures soient gouvernées par des créatures et que, par amour pour lui, on obéisse aux hommes.

Dans l'obéissance il y a un sacrifice particulièrement agréable à Dieu, puisque pour l'amour de Dieu l'homme soumet à un autre homme sa volonté propre et la libre disposition de lui-même.

3. C'est pourquoi le Sauveur a été pour nous un parfait modèle d'obéissance. 11 est dit de lui : « Il était soumis à ses parents » (Luc, 11, 31.), et il le fut jusqu'à sa trentième année.

Le Sauveur obéissait en tout avec l'empressement le plus ponctuel, il accomplissait en tout les désirs de ses parents, alors même qu'il ne s'agissait que de choses de peu d'importance.

11 obéissait en mettant sa volonté en accord parfait avec

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la volonté de Dieu ; il obéissait avec son intelligence, sans user de la supériorité de sa science divine, sans faire la moindre place à l'esprit de critique; il se soumettait, alors même que ses idées personnelles étaient, en réalité, plus justes que celles de ses parents. Il obéissait par vertu, non pas en vue d"un avantage terrestre, mais en songeant à son Père céleste.

Il ne commençait point par choisir ce qu'il voulait faire pour le mettre ensuite d'accord avec l'obéissance; avant tout il voulait obéir et seulement obéir; l'obéissance devait tout régler.

Ce sentiment de l'obéissance inspire toute sa vie. Lorsque les bourreaux lui ordonnèrent de s'étendre sur la croix, il obéit et s'étendit sur la croix; lorsqu'on lui ordonna de présenter ses pieds et ses mains pour le crucifiement, il obéit et présenta ses pieds et ses mains.

Ne vous affligez donc pas si votre situation dans la vie vous soumet à des supérieurs. Réjouissez-vous plutôt : vous avez là de nombreuses occasions d'exercer l'humilité et la soumission à Dieu, et c'est là ce qui importe le plus dans la vie.

Il y a un mérite particulier à renoncer à ses propres vues, lorsqu'on le fait par amour de Dieu.

4. Du sens chrétien de l'obéissance résulte aussi le sens chrétien du commandement. Supérieur, vous êtes le représentant de Dieu; votre inférieur l'est aussi. Si vous vous montrez injuste ou dur envers le moindre de vos inférieurs, vous commettez un attentat contre Dieu. Car Dieu considérera comme fait à lui-même ce que vous faites à votre inférieur.

Supérieur, vous devez vous souvenir que le principe premier de toute autorité réside en Dieu. Le Christ a paru

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comme <.< quelqu'un qui a la puissance » (Matth., ix, 10). « Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison ; je le suis en effet. y> (Joan., xiii, 13.) « Vous n'avez qu'un Maître, qui est le Christ. » (Matth., xxiii, 10.) En outre, il rapporte tout à son Père céleste. « Qiii me voit voit mon Père. » (Joan., xiv, 9,) « Ma doctrine n'est pas la mienne, mais celle de mon Père. » (Joan., vu, 16.)

Pour bien commander, il faut la prudence et l'empire sur soi-même. Un supérieur doit s'efforcer de tout voir dans ses inférieurs, de fermer les yeux sur bien des choses, de ne punir que rarement.

Que le supérieur n'oublie pas que les inférieurs sont des hommes de la même nature que lui. Qu'il commande donc comme il voudrait qu'on lui commandât. Où il suffit de manifester un désir, un ordre brusque est blessant. Où c'est assez d'une réprimande, on ne doit pas en faire une dizaine. Où une once d'absinthe suffit, un quintal est superflu.

L'inférieur doit se rendre compte qu'il n'est pas créé pour satisfaire l'égoïsme ou quelque autre passion de celui qui le commande, mais bien pour l'aider dans les affaires, dans les dispositions, dans les intérêts légitimes.

C'est moins à votre ordre qu'à la façon dont vous êtes obéi, qu'on reconnaît si vous commandez comme vous le devez.

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