LE ZÈLE DES AMES ET L'APOSTOLAT
1. Par zèle des âmes, on entend cet amour des hommes qui voudrait les rendre tous heureux au point de vue des intérêts éternels.
Dans le Christ, le zèle des âmes n'était pas seulement une vertu secondaire qu'il exerçait à l'occasion, mais bien plutôt la vertu qui a dominé l'ensemble de sa vie. S'il vient, c'est pour délivrer son peuple (Matth., i, 21). Le but de son œuvre était de donner à tous la vie véritable (Joan., VI, 40; X, 10).
Le Sauveur exerça le zèle des âmes dans une soumission complète à la volonté de son Père céleste. Il l'a fait par amour pour les hommes, pour nous; par suite, il ne s'est point contenté de pitié et de désirs ; il a tout sacrifié, il l'a fait avec le plus grand désintéressement ; il n'a pas cherché sa satisfaction terrestre, ni son honneur, ni son avantage temporel, mais uniquement l'honneur de Dieu. 11 l'a fait enfin avec une grande prudence.
2. Le Christ veut que tous ceux qui lui appartiennent soient remplis du zèle apostolique, suivant les circonstances de leur état.
Nul ne doit se considérer comme un chrétien fidèle, s'il ne s'intéresse pas amoureusement aux âmes auxquelles le Christ s'est intéressé jusqu'à verser son sang pour elles.
11 y a l'apostolat de l'enseignement public, qui est réservé à l'Église et qu'on ne peut exercer sans une mission expresse. Mais il y a, en outre, l'apostolat de l'enseignement privé, l'apostolat de la prière, l'apostolat du bon exemple, l'apostolat de l'aumône pour l'entretien et le soutien des œuvres fondées pour le bien des âmes.
Nous devons aider l'Église dans l'accomplissement des grands devoirs qui lui incombent. Nous devons faire des sacrifices pour nos parents et nos amis, pour notre patrie, à bien plus forte raison pour l'Église.
Mettez-vous au service de la vérité. L'homme peut-il donner à l'homme quelque chose de plus grand que la vérité ?
« Priez les uns pour les autres, afin que vous soyez sauvés. » (Jac, V, 16.) De même qu'il dépend de la prière, le salut des âmes dépend aussi souvent d'efforts mutuels.
Sauvez ce qui peut être sauvé ! mais soyez prudent. Il faut beaucoup de prudence pour secourir sans danger ceux qui sont sur le point de se noyer.
Plus d'un qui ne savait pas nager s'est jeté à l'eau pour secourir un homme en danger, mais ils ont péri tous deux.
Tout en prenant soin de l'âme d'autrui, vous ne devez jamais négliger votre propre salut. Qui veut corriger les mœurs des autres et ne commence point par s'amender lui-même, perd sa peine et son temps.
Ceux qui veulent faire le bien parmi les hommes doivent s'efforcer de plaire non seulement à Dieu, mais aussi aux hommes en vue de Dieu; ils doivent régler leur zèle
l.H ZÈLE DES AMES ET L APOSTOLAT I '] }
pour rhonneur de Dieu d'après la nature diverse de chaque individu.
Aux hommes complètement absorbés par les choses de la terre, il ne faut pas de prime abord parler de questions de haute vertu, car c'est en réalité jeter une ligne sans amorce.
« Privez-moi de tout, ô Seigneur ! Laissez-moi seulement sauver des âmes! » C'est la prière de saint François de Sales.