‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 230 sur 344 · COMPASSION POUR LES MISERES HUMAINES · texte numérisé non relu

COMPASSION POUR LES MISERES HUMAINES

I. L'instinct de la compassion est toujours plus ou moins dans notre nature. Grâce à la raison, ce sentiment devient dans l'homme le principe d'une vertu naturelle. A son tour, cette vertu naturelle s'ennoblit et prend, sous l'action de la grâce et en s'inspirant des motifs chrétiens, une valeur surnaturelle.

Cette condescendance pour la misère humaine est l'un des traits les plus frappants de la vie du Christ. Il est dit de lui : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l'Évangile est annoncé aux pauvres. » (Matth., XI, 5.)

Par compassion pour le peuple affamé, le Seigneur opéra le miracle de la multiplication des pains (Matth., XIV, 14, seq.). C'est le sentiment de la plus profonde compassion qui lui fit rendre à la veuve de Naïm son fils ressuscité (Luc, vu, 15), au père du possédé son enfant guéri (Luc, ix, 43). 11 avait une sincère pitié pour toutes les douleurs (Matth., viii, 16; xv, 32). Que de fois ses yeux se remplirent de larmes à la vue de l'infortune des pauvres et des délaissés ! (Matth., xv, }2 ; Marc, vi, 34.)

COMI'ASSION POUR LHS MISKRES HUMAINES iô^

Le Sauveur passa sa vie répandant des bénédictions et des bienfaits (Act., x, ^8).

2. Ainsi en doit-il être des chrétiens. Le Christ déclare que la compassion pour les misères corporelles sera le grand code d'après lequel se fera le jugement dernier.

Versons l'huile bienfaisante et le vin sur les blessures du prochain : ne nous lassons jamais de l'assister et de le consoler.

NN Si un de vos frères ou une de vos sœurs n'ont point de quoi se vêtir, et qu'ils manquent de ce qui leur est nécessaire chaque jour pour vivre, et que quelqu'un d'entre vous leur dise : Allez en paix, je vous souhaite de quoi vous couvrir, sans leur donner néanmoins de quoi satisfaire aux nécessités de leur corps, à quoi cela leur sert-il ? » (jac, ii, 15, 16.)

En cette matière, le champ de la charité chrétienne est immense. Elle ne doit donc jamais regarder en arrière, mais toujours en avant ; car le nombre des bienfoits dispensés est petit, et la misère que ces bienfaits doivent soulager est immense.

Chez le chrétien, la compassion a ses racines dans l'amour de Dieu qui inspire l'énergie et le dévouement.

11 en va autrement dans le monde antichrétien. Là aussi on trouve souvent — surtout chez les natures tendres — l'instinct de la compassion: mais il reste simplement l'instinct naturel. Pour la simple raison, il est une faiblesse. Le père du panthéisme moderne (Spinoza) considère la compassion comme un des éléments les plus honteux de notre nature ; il dit que le sage se gardera de troubler les joies de l'existence par la compassion pour la misère d'autrui.

l86 2'' SEMAINE. II. IMITATION PLUS COMPLÈTE

3. Le Christ a exercé la condescendance envers toutes les infirmités humaines. Celui qui est humble ne s'enorgueillit point : il est porté à condescendre.

Le Christ a condescendu en prenant la nature humaine, en vivant dans la plus grande pauvreté, en fréquentant des hommes de toutes classes. Il converse avec les enfiints. Sur la demande du centurion, il est prêt à se rendre auprès d'un serviteur malade.

11 est des circonstances où le chrétien doit s'humilier devant ses égaux ou même devant ses inférieurs, et leur rendre des services par amour du prochain. Ici encore le Seigneur est notre modèle : il lave les pieds de ses Apôtres : « Celui qui est le plus grand parmi vous sera votre serviteur. » (Matth.. xxiii, 11.)

La charité chrétienne veut que nous supportions ceux-là mêmes qui, humainement parlant, sont insupportables. Le Christ nous l'a enseigné en fréquentant amicalement des pêcheurs pauvres et ignorants, le simple peuple des pêcheurs. Tenez donc toujours les yeux fixés sur votre modèle divin !

4. La prudence naturelle vous le dit : Il ne faut mépriser personne : supportez avec patience des paroles outrageuses ; ne vous irritez pas contre ceux qui sont en colère ; rendez la bénédiction pour la malédiction : ayez aussi compassion des pécheurs. Si vous découvrez un défaut dans un ami, songez à deux de vos propres défauts.

Les arbres s'inclinent lorsque les fruits mûrissent. Les nuages s'abaissent lorsqu'ils contiennent une pluie bienfaisante. Les hommes bons ne se montrent jamais fiers, même dans la prospérité.

On doit aussi condescendre à la faiblesse d'esprit des autres, mais, cependant, rester ferme dans ses principes.

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Soyez de votre temps, mais demeurez iiidépendaiU ; donnez à vos contemporains ce dont ils ont besoin, mais non pas ce qu'ils prônent.

S. Soyez plein d'égards pour les faiblesses de votre prochain et comptez avec elles. Le Christ a toujours eu égard à la faiblesse des hommes, quand il s'agissait de manifester sa divinité devant le peuple et d'exiger la foi (Marc, ix, 8 ; Luc, IV, 41 ; VII, 22; XXII, 7o;Joan., v, 18, seq.; vi, 27, seq. ; vu, 28, seq. ; viii, 12, 27, 38 ; x, 30 ; xi, 41 ; Matth., XVI, 20); de même lorsqu'il a prédit sa passion. Ce n'est que dans la troisième année de sa prédication qu'il parla clairement et qu'il s'est manifesté avec une clarté croissante. Pendant longtemps il pratiqua la patience dans le support de certaines imperfections ; il souffrit, par exemple, que Nicodème, par crainte des Juifs (Joan., m, 2 : vu, 30), ne se déclarât pas d'abord ouvertement.

Accueillez avec charité, avec affabilité, les âmes affligées ; la Providence divine vous les envoie pour qu'en les consolant, vous teniez auprès d'elles la place de Dieu.

Qiie votre compassion soit sincère. Le monde est prodigue en marques de sympathie, mais la plupart du temps c'est pure affectation.

Vous avez dans la vie du Christ l'exemple d'une sainte compassion. Rappelez-vous la scène du tombeau de Lazare. Jésus pleura avec ceux qui pleuraient (Joan., XI, 35). Il pleura, sans avoir honte de ses larmes et sans les cacher. « Voyez comme il aimait Lazare. Mais comment a-t-il pu le laisser mourir, lui qui a ouvert les yeux à un aveugle-né?» (Joan., xi, 36, 37-) H avait permis cette mort parce que la résurrection de Lazare devait, dans les desseins de Dieu, servir d'une façon éclatante à prouver la divinité du Christ.

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On peut marcher à la mort pour quelqu'un par pur sentiment du devoir; mais si nous pleurons sur lui, c'est qu'il possède notre affection, notre cœur. Le Christ a un cœur chaud, aimant, sensible pour la pauvre humanité. En cela encore, il doit être notre modèle.

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