‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 29 sur 344 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

I . Tout consiste pour nous à correspondre au but de notre vie. A quoi me sert tout ce qui est au monde, si je manque ma destinée, mon but?

Plus nous considérons les aspects de ce vaste monde dans l'ensemble et le détail, plus vivement se représente à nous et nous presse cette question : Qu'est-ce que tout cela? Que signifie l'homme au milieu de cet univers sans limites? Quel sens a la vie humaine au milieu des agitations inconstantes, des événements, grands et petits? Où dois-je aller? Ma vie a-t-elle une destinée, un but, une signification?

Lorsque Dieu produit quelque chose, il doit avoir un dessein, un but, en le faisant. Agir sans but, c'est agir sans intelligence. L'homme qui nous semble agir sans but excite notre pitié. A combien plus forte raison Dieu, l'intelligence infinie et parfaite, doit-il avoir un but !

Les joies et les souffrances de la vie me prouvent que ce n'est pas dans la jouissance de cette vie terrestre que je puis placer le but de ma vie.

Quel était donc le but de Dieu lorsqu'il a résolu de m'appeler à l'existence? Dieu est infiniment parfait, il est à tout point de vue indépendant. Le premier principe

de ses actes ne peut que se trouver en lui-même. Il est pour ainsi dire uni à sa propre essence. Il est la vérité, l'ordre, la justice. Mais la vérité, l'ordre, la justice, exigent que Dieu se propose lui-même comme objet.

La fin suprême de Dieu doit être quelque chose qui se rapporte à lui-même, doit être un bien divin. Mais ce bien ne peut être autre chose que sa gloire et son honneur extérieurs. « Que votre nom soit sanctifié! » Cet honneur, Dieu doit le chercher à cause de lui-même, non par besoin, mais parce qu'il lui est dû. Le Seigneur a tout fait pour l'amour de lui-même.

2. Dieu se complaît dans toutes ses perfections, dans sa propre suffisance et aussi dans le besoin bienveillant de se communiquer. Librement il a bien voulu écouter ce besoin d'expansion, en sorte qu'il a été conduit à produire le monde. Ainsi donc en principe je ne suis pas pour moi-même, mais pour Dieu.

Dieu est tout par lui-même, de moi-même je ne suis rien. Toute créature est par sa nature une manifestation de la perfecfion divine, une glorification de Dieu. L'étoile du ciel et les brins d'herbe du chemin proclament sa gloire; ils trouvent leur destinée en lui; ils le louent, comme l'œuvre est la louange de l'ouvrier.

Il en va ainsi de moi. Si l'homme s'en rapporte au caractère essentiel de son être, il doit s'efforcer de glorifier Dieu, son créateur. Si l'homme est infiniment audessous de Dieu, il est cependant infiniment au-dessus de tout le monde visible. Il est dans une mesure toute particulière l'image de Dieu, une manifestation de la perfection divine. A le considérer extérieurement, l'homme n'est qu'un atome qui disparaît dans l'univers; mais par sa valeur interne, il est le plus haut placé.

74 I""'" SEMAINE. I. l'amour DE LA VERITE

Comme œuvre de Dieu, comme créature, l'homme doit avant tout et par une implacable nécessité louer son auteur. Il doit glorifier Dieu, qu'il le veuille ou non. Il peut agir comme il lui plaît. Si dans son orgueil il se dérobe à l'ordre de l'amour divin, il tombe dans l'ordre de la justice divine; et dans cet ordre aussi il servira à la glorification de Dieu. « Le Seigneur a tout fait pour luimême et l'impie pour le jour de la calamité. » (Prov. XVI, 4.)

3. Mais au-dessus de cet ordre fondamental de la glorification de Dieu, auquel nulle créature ne peut se soustraire, s'édifie, en raison de la nature que Dieu a donnée à l'homme, un ordre plus élevé. L'homme n'est pas seulement une créature en général, comme la pierre et l'animal sont une créature de Dieu, mais il est de plus, par sa nature propre, destiné à glorifier Dieu d'une façon particulière; il s'y sent obligé et il doit en cela trouver son bonheur.

Dieu, mon créateur, attend de moi cette espèce spéciale de gloire qui correspond à la nature qu'il m'a donnée. Il y a dans ma nature un désir infini de bonheur, il y a la conscience, il y a la liberté de la volonté.

4. Qu'est-ce donc que Dieu attend de moi? 11 attend que je le loue par une libre détermination de ma volonté, que je le vénère, que je le serve et que finalement par ce moyen je trouve le bonheur auquel je suis destiné. Louer, c'est reconnaître les hautes qualités et les avantages d'un autre. La louange de Dieu est l'aveu que Dieu est l'être suprême, la bonté suprême en soi, la source de tous nos biens et que nous lui appartenons entièrement. Cet aveu doit se manifester sous la forme de la vénération et du

respect, c'est-à-dire par le culte intérieur et extérieur rendu à Dieu et par la crainte de l'offenser. Et ce respect doit se transformer en service de Dieu. Servir, c'est soumettre notre volonté et nos actions à la volonté de celui que nous servons. La volonté de Dieu se manifeste à nous dans notre conscience, dans les commandements de Dieu, dans nos devoirs d'état et dans les événements que Dieu permet ou nous envoie dans le cours de notre existence. En tout cela, nous devons nous soumettre humblement à Dieu. Ce que nous pouvons offrir par un abandon aimable et généreux à Dieu, par un service volontaire de la majesté divine, depuis l'observation des commandements et la pureté d'intention, jusqu'au plus haut effort de l'amour vers la perfection, tout cela est compris dans le cercle de cette louange et de ce service, dans le domaine de cette destinée humaine.

Dieu est mon unique objet et mon tout. Qui aime Dieu saura trouver et estimer partout le bien.

Celui qui n'a pas à craindre le regard de Dieu peut aussi soutenir le regard de tout homme.

Vous trouverez Dieu dans la mesure où vous vous abandonnerez vous-même; si vous vous cherchez en dehors de lui, vous le perdrez.

Vous comprenez aussi à quoi doivent vous servir les relations que vous avez avec le monde. Elles doivent vous conduire à votre destinée, elles doivent vous préserver de tout orgueil et vous élever à Dieu.

Le monde n'est pas votre but, mais un moyen pour l'atteindre. Il doit vous procurer ce qu'exige la vie humaine, c'est-à-dire donner un objet à vos efforts; il doit être pour votre intelligence une matière de réflexion qui lui dévoile toujours plus clairement votre destinée.

76 r^ SEMAINE. — I. — l'amour de la vérité

5. L'homme est aussi fait pour son propre bonheur. Nous le concluons de ses dispositions intérieures. 11 sent au fond de lui une force sacrée qui lui recommande le bien et lui défend le mal: il ressent de même un désir impérieux d'être heureux. Et ce désir, il ne le crée pas plus qu'il ne crée sa conscience. Ces deux choses lui sont naturelles ; toutes deux viennent de celui qui a fait sa nature: toutes deux, il ne peut les aliéner; par conséquent elles sont un impératif sacré.

Cela découle aussi de l'essence de Dieu.

Dieu est amour. Lorsque Dieu crée, il le fait pour rendre, dans une certaine mesure, les créatures semblables à lui. L'homme peut, en vertu de sa nature, avoir la pleine jouissance de la félicité. Dieu doit donc avoir créé l'homme pour qu'il soit heureux. Le désir d'un bonheur infini doit maintenir et pousser l'homme dans le chemin du devoir.

C'est une même chose de dire que nous sommes créés pour servir Dieu, ou que le but de notre vie c'est le bonheur. Lorsqu'une créature, usant de son libre arbitre, qui est une de ses prérogatives, se refuse à servir Dieu, elle consomme sa propre perte et glorifie Dieu en montrant que la malice humaine ne peut amoindrir l'amour divin et qu'aucune créature ne peut faire échouer les plans de Dieu.

En recherchant la gloire de Dieu, la créature trouve son propre bonheur. Dieu ne veut pas de service où nous nous servions nous-mêmes, il ne veut pas de gloire qui nous serve à nous glorifier nous-mêmes.

6. C'est là la vérité que tous les enseignements et toutes les insfitutions du christianisme cherchent à faire pénétrer dans notre âme. Le but premier de la vie de l'homme

n"est pas de manger, de boire, de s"accoLipler, de fumer la terre et de la soigner, pour que lui-même, son prochain et ses descendants puissent avoir la plus grande somme de jouissances. Non, l'homme est né pour quelque chose de plus relevé. Soumis à Dieu, il doit trouver en lui son bonheur. Celui qui n'est pas avec Dieu est contre Dieu. Un savant se vantait de ne pas croire aux choses d'en haut et répondait à un chrétien qui l'interrogeait : « Je n'ai pas de convictions; je suis, sous ce rapport, comme une feuille de papier blanc sur laquelle rien n'a encore été écrit. » Le chrétien lui répliqua : « Mon ami, prenez garde que le diable n'y inscrive son nom. »

L'homme vit donc pour se soumettre, ici-bas, au vrai, pour pratiquer le bien, quand il le peut, et pour, à la fin de son pèlerinage, trouver son bonheur dans la jouissance de la beauté infinie.

Un sage de la Grèce a dit : « Vous ressemblez à un acteur. Si votre maître vous assigne le rôle de mendiant, jouez bien votre rôle. Faites de même s'il vous assigne le lôle de boiteux, de prince, de simple citoyen. C'est en effet votre devoir de bien représenter le personnage qui vous a été attribué ; c'est le devoir d'un autre de vous l'assigner. »

En définitive, l'homme n'est pas fait pour ce monde. Et combien grande est la folie de ceux qui considèrent comme le suprême devoir de l'homme de contribuer, pour sa faible part, au bien-être terrestre de l'humanité ! Quelle sera donc la fin de tout?

Le monde fini, limité, ne cesse pas de nous oppresser et de nous torturer, parce que nous sommes ûiits pour l'infini. Au milieu du malaise que vous cause le monde, imprimez fortement dans votre esprit ce proverbe : « Si le monde me suffisait, le ciel ne serait pas fait pour moi. »

78 F«= SEMAINE. — 1. — l'amour DE LA VÉRITÉ

Voulez-vous savoir si vous êtes sur la voie qui vous mènera au but : examinez quelles sont les pensées qui occupent votre cœur et qui l'influencent lorsqu'il s'agit de prendre une décision, de faire un choix. Cela m'est-il agréable? dit l'homme de plaisir; cela me procure-t-il un profit? dit l'avare; qu'en dira le monde? dit le lâche ; que me dit ma conscience? dit l'homme qui a le cœur et la tête bien placés.

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