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CHAPITRE IV

I. Avec la Résurrection commence pour le Christ la vie glorieuse. Cette vie est soustraite aux conditions terrestres ; elle a en elle-même le principe de la vie. Si le Christ prend de la nourriture, il le fait uniquement pour attester la réalité de son corps matériel, mais non pour entretenir sa vie. Il n'est plus soumis aux limites de l'espace ; il possède une puissance particulière, aussi bien sur la nature (Joan., xxi, 6, 9) que sur son propre corps (Luc, XXIV, 16; Joan., xx, 15; xxi, 7).

Cet état glorifié, avec les caractères qui le constituent, est le commencement de la souveraineté du Christ. C'est donc la pierre angulaire de l'édifice, dont vous êtes vousmême une pierre vivante. C'est la vigne dont vous êtes un rameau; c'est la tête dont vous êtes le membre,

La victoire du Christ est remportée par une défaite apparente. Vous aussi, vous devez transporter dans votre vie cette contradiction apparente. Saint François d'Assise fait cette remarque judicieuse : « Si vous voulez connaître le véritable amour, haïssez-vous vous-même ; si vous voulez bien vivre, mortifiez-vous; si vous voulez gagner beaucoup et devenir riche, rejetez au loin le monde entier; si vous voulez être estimé, méprisez-vous vous-même et rendez des honneurs à ceux qui vous méprisent et vous outragent ; si vous voulez posséder le bien, supportez

toujours le mal; si vous voulez jouir d'un repos éternel, atiguez-vous, tourmentez-vous et souhaitez les épreuves. »

« Le Christ a dû souffrir et entrer ainsi dans la gloire. » (Luc, XXIV, 26.) Apprenez ce qu'il faut ftire pour atteindre votre but. Il ne sulTit pas pour cela d'une certaine routine dans la dévotion à laquelle on sait joindre les agréments de la vie, les satisfactions de l'amour-propre et une secrlte complaisance en soi-même. Non ! pour ressusciter avec le Christ, il faut mourir avec le Christ. Toute la vie du Christ a été une mort continuelle.

Dans la Passion du Christ s'est révélée l'effroyable puissance des passions désordonnées, et l'on a vu comment elles combattent les plans de Dieu les plus miséricordieux et les plus sublimes, comment elles attirent sur tout un peuple un indicible malheur. Mais la gloire du jour de Pâques prouve bien que nulle malice humaine ne peut prévaloir contre les conseils divins.

2. Non seulement l'âme du Christ, mais son corps a eu part à la glorification. Le Christ est réellement ressuscité, dans un corps vraiment humain (Luc, xxiv, 39), vivant d'une vie vraiment humaine (Luc, xxiv, 27, 43 ; Matth., xxvui, 9), et dans le même corps qu'il avait auparavant (Joan., XX, 20, 27). Songez alors que vous êtes appelé à sanctifier par le Christ non seulement votre esprit, mais encore votre chair.

Dieu a admis le corps humain au bienfait de la sanctification surnaturelle. Le corps est destiné à participer à la glorification surnaturelle. Dans la mort, « le corps est semé plein de corruption, et il ressuscitera incorruptible; il est semé tout difforme, et il ressuscitera tout glorieux; il est semé corps animal, et il ressuscitera corps spirituel. » (i Cor., XV, 44.)

La chair participe aux tribulations de la lutte ; elle doit donc avoir sa part des joies de la victoire. La chair décide de notre salut.

Dominer les passions des sens, voilà, pour un très grand nombre d'hommes, à quoi se résume leur soumission à Dieu. Ces passions sont en elles-mêmes les plus violentes ; de là les efforts gigantesques et constants de l'enfer pour attaquer l'homme dans ce point faible, à tout âge de la vie.

3. Après sa Résurrection, le Christ a témoigné aux siens la plus aimable condescendance, pour les consoler et les fortifier. Il ne les a pas débarrassés tout d'un coup de toutes leurs erreurs et de toutes leurs difficultés. Si, tout en appartenant au Christ ressuscité, vous ressentez souvent les rigueurs de l'existence, songez que c'est votre aimable Sauveur qui s'occupe de vous, qui vous prend à son école sans votre entremise, sans mérite préalable, pour délivrer votre cœur des tristes imperfections qui vous troublent et vous corrompent; que c'est lui qui, à l'heure opportune, vous donnera force et consolation.

Le Christ ressuscité élargit notre foi et l'affermit par la proclamation expresse du mystère de la très sainte Trinité (Matth., xxviii, 19) et par la manifestation de sa Résurrection. 11 nous enseigne comment la révélation nous est donnée et quelle doit être notre foi.

Dans la révélation. Dieu se sert d'un intermédiaire humain, parce que ce moyen est conforme à la nature humaine et au plan divin.

Il ne faut pas croire à la légère, mais il ne faut pas non plus croire trop difficilement. On ne peut s'attendre à trouver dans la vie religieuse la certitude que l'on rencontre dans quelques rares branches de la science. Dieu

nous traite en hommes. Dans la révélation, Dieu devait laisser agir le libre arbitre de l'homme.

Dieu veut l'emploi des moyens ordinaires, mais sans renoncer pour cela à une action immédiate et extraordinaire. 11 est dans le christianisme des faits qui portent à un rare degré le cachet du mystère. De là ce qu'on nomme « mystique ». 11 y a une mystique vraie qui vient de Dieu ; il y a aussi une mystique fausse qui a été déjà, au point de vue religieux, la cause de bien des erreurs et de bien des maux.

4. Durant les quarante jours qui suivirent sa résurrection, le Seigneur a enrichi son Eglise de nombreux bienfaits. En premier lieu, il institue deux sacrements : la pénitence (Joan., xx, 2}) et le baptême (Matth., xxviii, 19). Il donne à son Eglise l'intelligence des saintes Ecritures (Luc, XXIV, 45), et établit la hiérarchie (Joan., xxi, 15 seq.; Marc, XVI, 15).

Vous pouvez vous représenter sous trois images la bonté du Seigneur et l'amour qu'il porte aux hommes. Le Christ apparaît à Madeleine sous la figure d'un jardinier; en bon jardinier, il s'efforce de mettre de l'ordre dans son jardin bouleversé. Il apparaît aux deux disciples sous les traits d'un voyageur; il est en effet notre compagnon de route et notre consolateur dans le pèlerinage de cette vie. Sur les bords du lac de Génésareth, il est pasteur : rempli de sollicitude pour les siens, il les réunit dans un bercail assuré.

Servez le Seigneur dans la joie de votre cœur. En ce monde, dont Dieu est le Seigneur, ne soyez donc pas un hôte triste. Ne faites pas honte à votre Maître ; montrez extérieurement que vous êtes au service de Celui qui a dit : « Mon joug est doux et mon fiirdeau léger. »

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