JImL, XVI' leçon, p
site universelle, sous la forme spinoziste ou sous la forme leibnizienne. La liberté et la nécessité ne peuvent se partager l'empire : il faut choisir entre l'une et l'autre. Secrétan choisit la liberté.
« D'avance j'ai confessé, dit-il, que la Liberté et la Nécessité sont le dilemme suprême. D'avance j'ai dit que si je me prononçais pour la liberté divine, c'est essentiellement afin de rendre raison de la liberté humaine, dont la réalité se fonde, à mes yeux, sur l'autorité du devoir. Il y a entre la preuve métaphysique et la preuve morale une solidarité que je crois inutile de dissimuler; car il faut bien qu'une fois, au sommet, toutes les méthodes se rencontrent. Pour croire que la liberté humaine suppose la liberté divine, il faut considérer la liberté comme la perfection de l'âme humaine, et c'est sans doute parce que la liberté de l'esprit fini me parait en être la perfection que j'ai cherché la perfection absolue dans la pure essence de la liberté ^- »
Mais la pensée spéculative, en suivant sa voie propre, en ne faisant appel qu'à ses propres forces, apporte aux anticipations de la conscience morale une confirmation sérieuse. La liberté absolue est incompréhensible : eh ! qu'y a-t-il là d'étonnant? Le caractère de l'absolu n'est-il pas précisément d'être incompréhensible, c'est-à-dire de ne pouvoir être défini par une notion tirée de l'expérience? La définition que l'on en donne ne doit convenir qu'à lui. On ne peut donc s'arrêter à celles qui lui seraient appliquées par extension ou par analogie, et que fournirait la connaissance de ce qui est relatif et fini. Il faut
]. Ln Philosophie de la liberté, leçon XV, p. 310.
les écarter pour en chercher une qui ne caractérise que l'absolu, qui n'ait de sens que relativement à l'absolu. Cette élimination faite, il ne reste que la formule : Je suis ce que je veux.
« L'idée de l'absolu est nécessairement telle que l'expérience ne saurait nous fournir aucune analogie pour l'éclaircir; elle est, de sa nature, paradoxale, insaisissable... Si l'on cherche une forme qui ne convienne qu'à l'être absolu, on reconnaîtra que la pure liberté répond seule à cette exigence du problème. Nous concevons la substance infinie par l'analogie des substances finies, la vie universelle par celle des êtres organisés, l'esprit libre par le nôtre : en passant du fini à l'infini, du créé à lïncréé, ces idées ne changent pas essentiellement. Si l'on peut concevoir une nature, une loi quelconque comme primitive et absolue, on peut la concevoir également comme donnée et dérivée; au contraire, incompréhensible ou non, l'être qui n'est que liberté, l'être qui se donne à lui-même la liberté, ne peut être que l'absolu '. »
Cet absolu, que seule caractérise et définit la liberté, n'est pas ce que nous appelons Dieu. On peut dire qu'il produit Dieu, car, d'après la formule : Je suis ce que je veux, il produit les attributs divins. Secrétan distingue « l'absolu dans son essence ou dans sa puissance de l'absolu en acte, de l'absolu existant ». Le premier est « la négation de toute nature »; c'est « l'abîme insondable de la pure
1. La Philos jpliie d' la libtrlé, 2'-' éiiit., t. l, XV° leçon, p. 372.
liberté ». Le second, l'absolu positif ou en acte, « est un fait » ; l'expérience peut seule nous apprendre ce qu'il est; à lui seul « convient proprement le nom de Dieu * ».
Sur cette distinction des deux absolus reposent « les prétentions légitimes que peut élever la nécessité au point de vue intellectuel ». Sous les noms d'ordre, de raison, de destin, de nature, de providence, la nécessité s'impose à la pensée: on ne peut la méconnaître : n'est-ce pas un besoin de l'esprit de chercher les efîets dans les causes? 11 s'agit de lui donner son véritable sens en remontant à son origine. Son origine est dans l'absolu positif, dans la volonté immuable, éternelle et parfaite de Dieu. « Il y a une nécessité des choses, mais une nécessité voulue ; il y a d'immuables statuts, mais ils ont été posés. Toute nécessité s'explique, toute nécessité est dérivée, toute nécessité est un fait... Les systèmes de nécessité expliquent la liberté comme une pure apparence et renversent ainsi l'ordre moral. Le système de la liberté doit aussi expliquer l'apparence de la nécessité; il peut le faire sans courir des dangers aussi graves : la nécessité, c'est le caractère absolu de la volonté divine ^ »
Pourquoi les rapports constants que présentent les choses nous paraissent-ils nécessaires? Parce que l'univers n'est « qu'un seul fait, le fait où tout est compris » ; et l'univers est un seul fait parce qu'il procède d'un seul acte, en lequel la volonté divine embrasse « tout ce qui a été et sera ». La rolonté