‹ La Philosophie de Charles SecrétanChapitre 24 sur 90 · Le Principe de la inovale, p · texte numérisé non relu

Le Principe de la inovale, p

scientifique, ou, pour parler la langue de Kant, un postulat de la raison pure, qu'il est essentiel de reconnaître, mais qu'il n'importe pas moins de limiter à son emploi légitime. La liberté ne se démontre pas; le déterminisme ne se prouve pas davantage. La vie morale se développe dans la croyance à la liberté; la science se développe dans Ihypothèse déterministe. L'intérêt delà morale plaide pour la liberté; l'intérêt de la science théorique plaide pour la nécessité. Voilà comment la question semble se poser. Qu'est-ce qui importe le plus à l'humanité, est-ce la réalisation de l'idéal moral? est-ce l'achèvement de la science?... Pour moi, j'ose penser, avec Kant, avec Pascal, avec Paul de Tarse et le gros des simples, que l'original vaut plus que l'image. Le savoir m'apparaît non comme un but absolu, mais comme un moyen pour l'édification du monde, dont les dernières raisons et les fins suprêmes sont d'ordre moral. Le fond de tout est à mes yeux volonté; la conscience, le procédé suivant lequel la volonté prend possession d'ellemême; la perfection de la volonté, la perfection de l'être et le but de la science. Je crois à la primauté de la raison pratique, et je vote librement en faveur de la liberté K »

Sans doute l'enseignement moral conserve sa raison d'être, même dans la conception déterministe, si l'agent se croit libre au moment où il agit. Mais le déterministe est contraint de mener une double vie et de se démentir lui-même à chaque instant : il agit comme s'il se croyait libre, tout en sachant que cette croyance est une illusion. C'est une illusion qu'il lui

d. Li' l'iiiicipe lie la morale, p. 88.

MORALE .-ig

faut donner pour fondement à la morale, à la civilisation, au progrès. Or, une théorie qui fonde le progrès moral et social sur une illusion paraît contradictoire dans son essence, sinon dans ses termes, en tant qu'elle affirme et nie à la fois implicitement la possibilité du savoir. Le savoir possible suppose la vérité possible, c'est-à-dire la correspondance possible entre nos représentations et leur objet. Cette correspondance est un ordre, une harmonie que l'on est obligé d'admettre avant toute recherche quelconque et que l'on ne peut nier dans un cas, sans la nier implicitement dans tous les cas. « Si l'emploi de l'intelligence que nous estimons régulier nous conduisait à reconnaître l'incompatibilité de la vérité théorique et de la vérité pratique, un tel résultat suggérerait les doutes les plus graves sur la compétence de nos facultés mentales, sur la possibilité de la connaissance en général. Or, toute application de la faculté de connaître qui aboutit à mettre en question la possibilité de la connaissance se détruit naturellement ellemême. Telle est la contradiction qui nous semble frapper le système du progrès moral fondé sur lillusion de la liberté '. »

L'empirisme pur n'est pas moins incompatible avec la morale que le déterminisme universel. Morale empirique, deux mots qui se contredisent. La morale implique une règle de conduite universellement valable. Cette règle ne peut être fournie par l'expérience. Elle ne peut se fonder sur l'idée que l'on se fait du bonheur d'après tel ou tel chilTre d'observations. Est-ce qu'on peut accorder une portée univcr-

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