‹ La philosophie de Charles Secrétan [microform]Chapitre 2 sur 70 · FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR

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LA PHILOSO^jpiifcLMV

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CHARLES SEGRgmi^"^

GHAPITIÏE PREMIER

Métaphysique.

La philosophie de Charles Secrétan a pris le nom de philosophie de la liberté : c'est le litre de son principal ouvrage. Gela veut dire philosophie de la liberté divine et de la liberté humaine, et cela équivaut à philosophie des trois grands dogmes du christianisme : création, chute et rédemption. En un mot, philosophie de la liberté et philosophie du christianisme sont, pour Secrétan, termes synonymes. La conscience morale est la base de cette construction. Elle trouve en elle le devoir, donc la hberté humaine, et le mal moral, péché et inclination au péché, donc la chute, qui de individu s'étend à l'espèce. Ce sont là des faits. Ces faits, ces données de l'expérience mènent à une métaphysique et à une théodicée chré. tiennes, au Dieu libre qu'enseigne la religion chrétienne, et dont la liberté se manifeste par la création,

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Dès 1840, Secretan expose, dans un preniier écrit : rTmiosophie de Leibniz, sa méthode de philosothef c e tldi,e l'idée qu'il se fait de la ph. osophie, Côbléoie qu'elle doit, selon ^^^^^^^^^^^^ dre Ip -enre de recherches qu'exige la solution de ce nro'brème Et déjà Ion voit se dessiner, en son oppotol au déterminisme leibnizien la doc|;.ne abso lument libertiste où doivent aboutir ces •« h J^he^^^ « Au principe de toutes choses, dit-il, avant tous les temps est Dieu. Si Dieu est le véritable commenile-u'il ne peut exister pour l-^ucune espèce d nécessité. Il est libre. On ne peut donc prédire sU créera prévoir ou calculer comment il créera; mais il a créé- c'est un fait, et dans celte création nous pouvons contempler le côté, la face de lui-même qu i a d rtée vers elle, la manifestation volontaire de cette alsolue liberté. De l'idée de Dieu, commencem nt de toute intelligence véritable, on ne saur.u. S déduire le fait d'une création; mais l'idée de ^ëu et le fait de la création étant donnés tous les deux on peut éclairer le second par la première; on peut œntëmpler l'univers dans les rayons de la so lue liberté, et la question spéculative devient celle-ci Comm;nt concevoir le monde de notre expérience

comme un produit de Dieu, l'esprit absolument libre?... Les recherches qu'exige cette question embrassent la philosophie tout entière dans ses deux directions : recherche du principe suprême, explication de l'univers en partant du principe '. »

Montrer que l'esprit humain est conduit par ses propres expériences à placer un Dieu libre, non pas à la fin, mais au commencement de la science véritable; que ridée ou l'hypothèse d'un Dieu libre explique d'une manière satisfaisante et peut seule exphquer les grands faits de la nature et de l'histoire : tel est l'objet qu a l'âge de vingt-deux ans, Secretan assigne à la philosophie.

L'homme, disait Leibniz, est déterminé en ses volitions; Dieu l'est aussi dans l'acte créateur d'où procède le monde. La création du monde existant s'est imposée à la volonté divine, parce qu'il était, pour la raison divine, le meilleur des mondes possibles. — La théodicée, répond le jeune professeur de Lausanne, est incompatible avec le déterminisme. Elle suppose la liberté de Dieu et celle de l'homme. Ces libertés supprimées, les mots bon, meilleur, n'ont pas de sens; les idées qu'ils expriment ne peuvent s'appliquer à un monde produit nécessairement.

Et il trace rapidement les grandes lignes de son système, disant comment.il faut entendre la liberté divme et la liberté humaine, l'étendue de l'une et de 1 autre et leurs rapports mutuels.

Quel motif, se demande-t-il, a engagé Dieu à créer les existences secondes dont nous faisons partie? Ce

A^\t'LÏ!''^r^'^''' "f" ^''■^''^"' ''''^ome^t^ d'un cours d'histoire de la métaphysique donné a l'Académie de Lausanne, Vl« leçon!

motif ne saurait être cherché en Dieu, attendu qu'étant absolument hbre, il n'a besoin de rien pour lui-même. Gomme rien n'existe hors de lui, le motif de la création ne peut être trouvé que dans la créature à venir. « Mais dire qu'un Dieu libre crée par un motif puisé dans la créature, ou bien dire qu'il crée par amour pour la créature, c'est la même chose. Toute autre explication de l'acte créateur suppose en dernière analyse un besoin en Dieu, et fait par conséquent du monde un complément de son être '. » Si Dieu a créé par amour pour la créature à venir, il voulait donc le bien de cette créature; et s'il voulait le bien de cotte créature, il était naturel qu'il la créât à son image; car quel plus grand bien que de ressembler àDieu, bien suprême? (( Or Dieu est créateur et hbre, ce qu'on exprime en un mot en disant qu'il est esprit. La créature de son amour fut donc libre, créatrice, spirituelle. » Voilà la liberté de la créature inférée de celle du créateur. Dieu était libre de créer ou de ne pas créer ce monde. Il n'était pas nécessaire qu'il le créât à son image, car son amour était hbre. Mais, en fait, ce monde est le meilleur possible. Pourquoi? Parce que c'est un monde créé à l'image de Dieu, un monde de liberté. C'est la liberté qui lui donne sa valeur. Leibniz n'a pas vu que l'optimisme et le déterminisme s'excluent mutuellement.

Ici Secrétan marque les différences qui existent entre la liberté du créateur et celle de la créature. Il fait dépendre de la liberté divine le devoir et le bien.

1. La Philosophie de Leibniz, fragments d'un cours d'histoire delà métaphysique, donné à l'Académie de Lausanne, VP leçon, p. 109.

MÉTAPHYSIQUE k

Il explique par le rapport de la liberté divine à la liberté humaine la distinction et l'opposition du bien et du mal.

« La liberté de Dieu repose sur sa nature même • elle est essentielle, éternelle. C'est la seule chose dont 11 soit permis de dire : elle ne peut pas ne pas être. La liberté de la créature repose sur l'acte de Dieu. Elle est accidentelle, elle pourrait ne pas être. « Il y a une autre différence. La liberté de Dieu est absolue, celle de l'homme est relative, elle est dans un rapport nécessaire avec la liberté de Dieu. Pour qu'il y ait liberté, il faut nécessairement qu'il y ait choix; la liberté de Dieu lui-même est la liberté de son choix. Mais le choix de Dieu est toujours bon, cest-a-dire que ce qui est bon est le choix de Dieu Les déterminations morales ne sont pas la règle de la liberté de Dieu, mais la liberté de Dieu est la source vive et jaillissante des déterminations morales Dieu ne veut pas telle chose parce qu'elle est bien, mais ce qui est bien, c'est ce que Dieu veut. La liberté de Dieu s exerçant dans le choix est donc néanmoins absolue : elle réalise ce qu'elle veut, oui, Messieurs, même les contraires, elle a la place pour cela, et le

mer, c est, dans la pusillanimité de sa pensée nier

toute espèce de liberté '. »

Leibniz soutenait, contre Puffendorf et Earbevrac

qu II est « extrêmement déraisonnable » de mettre

dans la volonté de Dieu la source des vérités morales.

Cette opinion de Leibniz n'arrête pas notre auteur.

t^ile lui paraît témoigner d'une moins grande liberté

d esprit que la thèse contraire. Elle n'est pas assez

). La Philosophie de Leibniz, Vf leçon, p. 110.

6 LA PHILOSOrHIE DE SEGRÉTAN

métaphysique. « C'est, dit-il, le jugement naturel de la philosophie que nos voisins ont appelée philosophie de réflexion, qu'on pourrait appeler psychologique, dans laquelle l'esprit individuel se prend comme centre et mesure de tous les rapports... Les déterminations morales ont pour l'intelligence finie quelque chose d'immuable, d'absolu, et il semble absurde de les faire dépendre d'une volonté. Mais il suffît pour dissiper cette apparence, de faire attention que notre raison particulière est un produit de la même volonté qui a déterminé les vérités morales. Les vérités morales sont l'atmosphère de notre âme et son horizon. Elles sont nécessaires />oi(rno£/'e âme. Que dirait Leibniz de l'idée que le temps, l'espace, la logique résultent de la volonté de Dieu? Et cependant, il faut aller jusque-là, ou renoncer à Dieu K » Ainsi, l'opposition du bien et du mal n'a pas de sens, relativement à Dieu. Mais elle est impliquée dans la liberté de l'homme. Elle nait avec la créature libre. La liberté de la créature est, comme celle de Dieu, liberté de choix; elle peut donc se déterminer ou dans le sens de la liberté de Dieu, ou dans le sens contraire. De là le bien et le mal. Le bien, c'est la détermination de la liberté de la créature dans le sens de la liberté de Dieu. Le mal, c'est la détermination de la liberté de la créature dans un sens contraire à celle de Dieu. « Abstraitement parlant, le mal est ce qui ne doit pas être, mais la source de tout devoir quelconque, c'est l'absolue volonté de Dieu... Le devoir ne s'adresse qu'à la volonté et ne peut avoir sa source que dans la volonté. Dire que quelque

chose doit être, parler d'un bien ou d'un mal dans un sens quelconque, c'est entrer dans le système de' la liberté *. »

L'optimisme leibnizien est superficiel. Secrétan montre ce qui lui manque. Il ne suffit pas, remarquet-il, de dire, comme Leibniz, que, dans ce monde, le mal est la condition du mieux; il faut expliquer comment il peut l'être; et il faut que l'explication soit sérieuse, qu'elle pénètre l'intime réalité, qu'elle satisfasse la conscience morale. Cette explication ne peut se trouver que dans la liberté. « Par son déterminisme, Leibniz s'est privé du seul moyen d'arriver au but. » Sans la liberté, le mal le plus grand, le mal- principe ne serait pas possible; mais le bien le plus élevé, le bien-principe, le vrai bien ne le serait pas non plus. Donc, la possibilité du mal, inséparable de la liberté réelle, « est l'un des caractères de la création la plus parfaite, celle dans laquelle Dieu produit à son image ». Tout absurde et tout cruel que souvent paraisse ce monde, la liberté le rend digne de Dieu, a Ce qui explique le monde, c'est la chute; ce qui explique la chute, c'est la hberté; ce qui explique la liberté, c'est Dieu lui-même. »

Cette première esquisse de la philosophie de la hberté se termine par quelques pages où déjà se trouvaient, condensées en brèves formules, les idées que Secrétan développera plus tard sur la création et sur la restauration de la créature déchue.

Toute substance, dit-il, est source d'action, c'està-dire force, c'est-à-dire volonté. La substance divine est la volonté divine. Toute substance créée est faite

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