SW, IV, 216 (note
En d'autres termes, on ne fait pas au spinozismc sa part. Jacobi reproche à Herder de ne l'avoir pas vu, et d'avoir cherché un tempérament irréalisable. Ou il existe quelque réalité par delà la nature, et alors le mécanisme n'est pas le vrai. Il faut renoncera comprendre l'absolu: c'est la négation du spinozismc, la voie ouverte à la croyance en un Dieu juste et bon. Ou c'est la nature môme que l'on appelle Dieu: mais alors il faut admettre avec Spinoza le fatalisme absolu. Il faut reconnaître avec lui que l'entendement divin n'a rien de commun avec le nôtre, que Dieu n'est ni bon ni mauvais, qu'il ne se propose pas de fins, en un mot qu'il n'est pas une personne. Et cela môme, selon la définition de Jacobi, c'esj l'athéisme.
Or, l'athéisme, Jacobi ne peut pas en souffrir seulement la pensée. Il le repousse de toutes les puissances de son âme. Sa conscience, son cœur, sa nature morale tout entière se soulèvent à l'idée que Dieu ne serait point. C'est une protestation spontanée et comme instinctive. Aucune autre n'est nécessaire : aucune autre d'ailleurs ne serait possible. A vouloir réfuter Spinoza, on retomberait dans Terreur de ceux qui croient démontrer l'existence de Dieu. Si la démonstration est rigoureuse, elle aboutira sans faute au Dieu de Spinoza. Au point de vue logique, nous l'avons vu, Spinoza est inexpugnable. Si l'on accepte le point de départ (la possibilité de rendre intelligible la totalité du réel), on ne peut refuser de conclure comme lui. Jacobi lui-môme, s'il était dogmatique, se rangerait parmi ses disciples. « Tu as tort, écrit-il à Herder, de dire que Mendelssohn se bat contre une ombre, parce qu'il me croit spinoziste. Pour un dogmatique, je le suis réellement, et quiconque procède par syllogisme et comprend de quoi il s'agit, le sera nécessairement aussi1. » Jacobi se gardera donc bien de combattre ce qu'il appelle l'athéisme (c'est-à-dire toute doctrine qui rejette la personnalité de Dieu), sur son propre terrain, au nom de la logique.