‹ La philosophie de Jacobi (volume 2)Chapitre 93 sur 161 · Voyez supra, ch. v. p · texte numérisé non relu

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THÉORIES POLITIQUES m

Faites-leur seulement comprendre que le respect même de leurs droits implique de leur part l'obéissance aux lois '.

Si donc Jacobi, un des premiers en Allemagne, a jugé que la Révolution française s'égarait, ce n'est pas qu'il approuvât la politique de la cour, ni le langage des émigrés. Ceux-ci, qu'il voyait arriver un peu partout sur les bords du Rhin, et à Dtisseldorf môme, lui paraissent étrangement méprisables2. Que les institutions caduques disparaissent ou se transforment, Jacobi le trouve inévitable et légitime. Les privilèges qui ne sont plus justifiés par des services spéciaux tendent d'eux-mêmes à s'abolir. Jacobi n'est donc pas un ennemi systématique de la Révolution 3. Au contraire, les doléances et les vœux exprimés dans les cahiers du Tiers-État lui semblent justes, et la faute capitale du roi est de ne pas les comprendre. Mais, d'autre part, la méthode suivie par les chefs de la Révolution lui paraît chimérique, et bien dangereuse. Ils sont atteints, eux aussi, du mal que Jacobi a signalé et combattu chez les philosophes du siècle. Ils ont le culte des généralités abstraites, et ils perdent de Vue le réel ; ils se fient à la raison raisonnante, et ils négligent l'expérience. Oi cela est grave déjà chez des philosophes, mais combien plus chez des législateurs ! Ils s'embarqueront intrépidement pour l'impossible. Jacobi s'en explique clans une longue lettre (en français) adressée à Laharpe, et datée du 5 mai 1790. Trouver « une manière fixe d'être gouverné par la seule raison », selon le mot de Mirabeau : tel est l'objet qu'on se propose. On aura plus tôt découvert le mouvement perpétuel ou la quadrature du cercle. Autant dire qu'on ne tiendra aucun compte de l'histoire, des mœurs, de la religion, du carac-

t. Zoppritz, I, 171. Lettre à Schlosser du 18 janvier 179'».

2. Zoppritz, I, 1C9. Lettre à Schlosser, janvier 1794. « Ils (les émigrés] vont tout à fait de pair avec la noblesse allemande. Ils mettent tout leur espoir dans la superstition et dans l'ignorance, dont ils attendent le salut de l'humanité. Quel bonheur ce serait si toutes les bibliothèques brûlaient ! Voilà ce qui se dit couramment. Quand je les entends parler ainsi, je leur donne le conseil de faire aussi couper la langue à tous les enfants, à leur naissance — du moins à tous les enfants de roturiers C'est à désespérer. »

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