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3, Le premier volume avi Imporlanlfl inlroduelion en I presse lorsque Jai^oki i
. paru en IS19 ; le tecond, Aiec une Inngue et 18IS; le Iroiaiime en IBIS. Le quatrième ét^
temporains, elle a un caractère d"e.\ceplion, et cette différence explique, au moins en parlie, certains traits de la philosophie de Jacobi. Il n'a pas passé par la mCme école que les autres. Il n'a pas eu à apprendre, puis à désapprendre la lourde encyclopédie wolflenne, qui s'enseignait alors dans les universités d'Allemagne. Il n'a pas subi la discipline de la méthode déduclive, qui peut-être u'eûtpas été sans profit pour lui. Il est, dans une certaine mesure, autodidacte. Ce qu'il a appris, il a voulu l'apprendre. II a cherché ses maîtres du côté où l'attirait la penle naturelle de son esprit, du eûté des mystiques, des moralistes, et des métaphysiciens que des raisons morales ont conduits aux questions dernières. Ainsi, au lieu d'être l'élève d'un Baumgarlen, d'un Crusius, ou d'un Martin KnutKen, au lieu de commencer, comme beaucoup de ses contemporains, par de fortes études de théologie dogmatique, Jacobi a subi de tout antres influences. Celle du piélisme d'abord, la première et la plus profonde : elle s'était emparée de l'âme de l'enfant, et elle resta chez l'homme fait la raison secrète de ses penchants et de ses antipathies. Puis ce furent les années de Genève, ce fut surtout, avec la connaissance superficielle de quelques sciences positives, l'étude approfondie des moralistes français, et la fréquentation des amis de Rousseau. AjoutGX enfin, après le retour de Jacobi en Allemagne, son goût passionné pour l'économie politique, son passage dans la carrière administrative, et ses efforts pour mettre en pratique les principes de Quesnay, de Smith et de Turgot.La vie des philosophes allemands était alors presque ciclusivement universitaire, ou du moins livresque. Bien peu, pai-mi eux, avaient acquis, comme Jacobi, l'espérience des affaires, et senti le contact de la réaUté politique.
Autre différence : Jacobi n'est pas du métier. Ce n'est pas un H professionnel », au sens strict du mot. Il est devenu philosophe par vocation pure, et parce qu'il s'est senti comme obligé de défendre publiquement ses convictions ; mais il n'a jamais dû se préoccuper d'un grade ou d'une place
LA PlIlLOSOPmE DE JACOBI
■•Il obtenir. 11 u'a jamais appartenu à une universlLé ailef mande, ni comme étudiant, ni comme maître. Il n'a doue pas à enseigner, c'csl-à-dirc à systématiser ses idées sous I une forme immédiatement assimilable. Surtout il a échappé Ta ce qu'on peut appeler l'uniforme du corps, à la tournure ['d'esprit et de style que l'on prend insensiblement, et qu'il j-est si difficile d'éviter, lorsqu'en écnvant on songe, sans Lie Touloir, au collègue qui vous lira. 11 est souvent fort I malaisé do ne pas accepter simplement les questions dans ■ les termes où on les trouve posées, de ne pas les traiter I Belon la métbode traditionnelle, de ne pas donner enfin au rpublic la tentation de s'en diisinlércsser. Les circonstances ^particulières où Jacobï était placé le préservèrent de ce f danger. S'il est vrai, selon la flne remarque de George Eliot, liqu'un auteur ou un artiste transporte partout avec lui son [ auditoire familier, Jacobl, eu écrivant, devait voir autour [ de lui, non pas des étudiants rangés sur des bancs et pre- [ nant des notes sous la dictée, mais les hôtes aimables et ' choisis qu'il savait attirer à Pempelfort. Sa mémoire évoquait sans doute ces discussions brillantes sur des sujets de philosophie et de morale, où des fenunes comme la Lucie (\'Al/will, comme l'Henriette de H*o/rf''mar, apportaient leur flnesse et leur giAce un peu précieuses.
Cela môme était une nouveauté : car les philosophes du
temps, en Allemagne, ne prenaient guère le soin de donner
I un tour littéraire k leur pensée. Mendelssohu, il est vrai,
I D'écrit pas sans charme ni sans élégance ; mais il n'hésite
[ pas à employer la pesante terminologie des Woliîens. Kanl,
I agréable et clah', paraît-il, lorsqu'il parlait, avoue lui-môme
[que la Critique de la Paisonpure a été écrite en quelques
\ mois, Tite et mal. Mais Jacobi, qui veut persuader, se préoc-
[. cupe de plaire. Souvent, il faut le reconnaître, la précision
' en souiTre. 11 aune à tourner et â rctoui'ner sa pensée, jusqu'à
ce qu'il en trouve une formule saisissante. Il ne voit pas
toujours que cette formule s'accorde mal avec une autre
qu'il vient d'énoncer tout à l'heure. En revanche, il a du
VIE DE lACOBI S5
mouvement, de l'éclat, des trouvailles de slylc : il se fait lire, n rend accessibles, et miîme athayaiites, des questions qui semblaient ne s'adresser qna un public spécial et restreint. Il se flatte que ces lecteurs nouveaux seront pour lui, et lui assureront te succûs dans sa lutte contre le dogmatisme traditionnel. Quiconque se croit novateur eu appelle volontiers des juges ordinaires au tribunal de l'opinion.
Jacobi a expliqué lui-mûme, avec une parfaite clarté, quels sont le point de départ, la métliode et l'esprit général de sit pbilosopliie. U l'a dit non pas une fois, mais cent fois. lAdessus, V Introduction au second volume de ses Œuvres complètes, qui est de 181", s'exprime exactement comme le roman philosophique Alliidll, qui l'avait précédée de quarante ans. La pensée n'a pas varié, ou, pour mieux dire, la, même âme toujours inspire la doctrine. Jacobi n'a jamais prétendu être do ces penseurs qu'anime un zèle purement' spéculatif, et que le seul besoin de savoir tourmente. Capables de l'effort le plus î-ncrgiquc et le plus persévérant dans la poursuite du vrai, indîfférenis d'ailleurs aux conséquences pratiques qui peuvent résulter de leurs théories, pourvu que leur raison se satisfasse, le reste leur importe peu. Jacobi confesse qu'il n'appartient pas à cette famille d'esprits. » L'enthousiasme logique » n'est pas son fait. 11 le sait, et il ne s'en afflige pas: car l' « eutbousiasmc logique n lui parait inquiétant, et très propre à causer les plus dangereuses erreurs. Quant à lui, c'est bien aussi à la vérité qu'il aspire : mais cette vérité qu'il cherche ne lui est pas Inconnue. Il en a le sentiment ou, selon sa propre expression, le » pressentiment » dans son cœur. La philosophie qui rendra le mieu.\ compte de cet «instinct» prophétique et infaillible sera la vraie. Toutes celles qui le démentiraient ou le dénatureraient sont fausses.
Jacobi ne court donc pas risque de s'égarer. Il ne marche pas vers un but encore ignoré : ce but est fixé d'avance. Il L'autcnr, est-il dît dans la préface d'Allwill, est un homme qui, dès sa plus tendre jeunesse, dès son enfance môme,
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avait forl à cœur que son flme ne Wt pas une propriété de son sang, un souffle périssable. . . La vie de l'homme ne s'expliquait pour lui que par l'amour de Dieu. . . Justifier cet amour, voilà à quoi tendaient toutes ses pensées et toutes ses réOeiions. Ce fut uniquement le désir de recevoir plus de lumière sur cet objet qui le poussa vers la science avec
une ardeur qu'aucun obstacle ne rebuta ' » Dans
l'Introduction de 1817, Jacobi parle des u promesses » qui étaient dans son âme, avant qu'il s'adonnât à la réflexion philosophique. « Je partis de ces promesses, et je n'étais pas
I indifférent aux résultats que mes recherches pouvaient me donner. . . J'accepte doue le reproche, si c'en est un, de ne pas estimer ni aimer par dessus tout la connaissanre et la science comme telles : je les aime, estime et recherche uniquement en vue d'un certain contenu, qu'elles doivent posséder pour avoir k mes yeux une valeur incomparable *. " En d'autres termes, qui sont encore les siens, Jacobi ne cherche pas la véril(5, sans préférence secrôtc, sans idée arrCtôe, comme le savant prêt k s'incliner devant rcxpéricncc. Il
■ cherche sa vérité, la vérité qu'il lui faut, celle qu'exigent impérieusement les tendances profondes de sa nature. 11 n'admet pas que la philosophie puisse aboulir â des conclusions qui le réduiraient à l'incrédulité et au désespoir, et qui ne lui laisseraient rien à attendre dans ce monde ni dans l'autre. Car ces conclusions ne peuvent pas être « la vérité ». Une révélation intime nous assure dès à présent du contraire.
Si donc Jacobi est philosophe, c'est dans un dessein bien établi d'avance. 11 veut « s'expliquer k lui-même sa propre nature ». Mais non dans le sens où l'on interprète d'ordinaire le rvwUi atauTdv, Se connaître soi-même peut être la devise de la recherche philosophique la plus désintéressée, conduire droit an Cogiito de Doscartes, et de là à la Critique de la Raison pure de Kant. Telle n'est pas la pensée de Jacobi.
VIE DE JACOfll
« C'est sur un point spécial, dil-il !ui-mfime, que je Toulais-J plus de lumière, c'est sur ma dévoliou iunée à un Dieu In- ; counu. n — " Mon cas, ajoute-t-11, est commun à tous ceux 1 pour qui leur pliilosoplne esL en même temps leur religion, " . . . qui ne cherctient pas la vérité en général, — une cM-J mère, comme Tesislence en général, comme la réalité eQ.^ général, — mais une vérité déterminée qui satisfasse l'esprit ^ et le cœur. Et si c'est là une philosophie persouuelle, je consens que la mienne en porte le nom '. »
Ainsi lo point de départ de Jacobi se trouve dans certaines « semences de vérité », qui sont naturellement en son cobui*. Il est convaincu, sans en avoir la preuve, que Dieu existe, et qu'il est bon ; que l'âme est distincte de la matière et qu'elle ne peut périr ; qu'elle est libre enDn, et qu'elle écbappe (com- , ment? nous l'ignorons) à la nécessité du mécanisme universel, La philosophie a pour objet de réfléchir sur ces cer- -I titudes spontanées. Mais k condition, cela s'entend, de ne | pas lc9 détruire en les analysant. Le rôle de la philosophie se | borne csactement à mettre en lumière, « dans la mesure où. j notre esprit en est capable », le mystère de notre nature. L'effort n'est pas au-dessus de nos forces, puisque nous nous ] apercevons qu'il y a là un mystère. Mais il ne se peut j qu'une telle réflexion nous conduise k nier Dieu, l'âme et J la liberté. En un mot, cette philosophie de la croyance | sait, en commençant, par quoi elle conclura : elle sait sur- | tout par quoi elle ne veut pas conclm-e.
Jacobi no prend cependant pas pour devise, comme les ' scolasliques : Fides qtiœrenx inlnllectum. Il en prendrait plutôt une opposée. Car, loin de promettre l'explication des rapports de l'être infini aux êtres finis, il va établir, au contraire, que ces rapports sont inintelligibles. L'essence de Dieu, selon lui, est aussi incompréhensible que son existence est certaine. Tout système de métaphysique est, non ])as une traduction, mais une trahison de la vérité ab-