Briepeechsel îitischen Gœthe und Jacobi. I^piirc
JACOBl ET KANT 177
l'enteiidemenl et de la raisoD, ni qu'on les sacriûe, sans contrôle ni critique, au sentiment ou à la croyance. S'il lui faut parler, il ne cachera pas à quel point la méthode, ou pour mieux dire la manière de Jacobi lui parait faible, et en même temps dangereuse.
Jacobi, de son câté, dès qu'il n'a plus de raison pour se leurrer lui-même ou pour dissimuler ses véritables sentiments, change aussitôt de ton. 11 écrit par exemple, le 9 septembre 90, à Guillaume de Hiimboldt : u Vraiment j'ai « grande envie de m'expliquer une bonne fois, tout au long, sur I la philosophie de Kanl... La fortune de celte philosophie 1 s'explique, à mes yeux, comme, il y a trente ans, la sensation profonde que fit le livre de l'Espnl, et la grande et durable influence qu'il exerce encore aujourd'hui. Aussi ne suis-je pas trop surpris qu'une illusion aussi grossière que celle sur laquelle repose la philosophie morale et la religion de Kant, n'ait "encore étâ dévoilée par personne. Celte illusion mi^me est plus ancienne que Kant. On peut appliquer â cet homme remarquable, et par plusieurs côlés véritablement );rand, uu mot excellent de Turgot : h 11 a perfectionné les abus '. » Ce langage n'est pas sans amertume. Il est permis de penser que, tout en s'efforçant d'être impartial, Jacobi trouvai! excessif l'enthousiasme dont la philosophie de Kant devenait l'objet. Autant lu succès en avait été indécis et lent 1 d'abord, autant le courant d'admiration était violent maintenant, et irrésistible. Déjà le kantisme s'enseignait dans i plusieurs universités. La jeunesse courait à ces leçons, et I ne voulait plus en entendre d'autres. Jacobi avait été l'ui des premiers â comprendre Kant et à lui rendre justice : il se croyait le droit de garder la mesure dans l'éloge. Il voyait sa doctrine reléguée au second plan : quant à traiter Kant en auxiliaire et presque en instrument, l'idée seule en devenait ridicule. Les rôles étaient i-cnvevsés. C'est Jacobi maintenant qui devra se contenter de paraître un modeste auxi-