JACOBI ET LES SUCCESSEURS DE KANT
Est-il deux philosophies plus opposées, à première vue, que le réalisme moitié naïf, moitié mystique de Jacobi, et l'idéalisme transcendental et absolu de Fichie ? La Doctrine de la Science devait paraître à Jacobi le chef-d'œuvre de la philosophie telle qu'elle ne doit pas être. Jamais, semble-t-il, il ne trouvera une meilleure occasion de s'élever contre le « fanatisme logique », et de dénoncer les excès de la spéculalion ivre d'elle-même. Il va triompher. Il va crier à Kant : « Voilà où devait conduire votre Critique de la Raison pure, poussée à ses dernières conséquences. Je l'avais bien l)rédit. »
Jacobi, en effet, ne s'en est pas fait faute. Il a montré qu'avec Fichte le kantisme évoluait dans le sens qu'il avait prophétisé dès le premier jour. Il n'a pas manqué non plus de relever, dans ce nouveau dogmatisme, la môme erreur fondamentale qui vicie tous les autres. Pourtant il accueillit d'abord les travaux de Fichte avec bienveillance, c'est trop peu dire, avec sympathie. Et Fichte, de son côté, pendant longtemps, vit en Jacobi plutôt un allié qu'un adversaire. A ses débuts, il lui exprime son dévouement et son ad-