SW,III, 314-lo
LÉVY-BRllIL.
s'y arrête comme à son terme. Car le principe de la moralité nous est donné, avec l'absolu et avec la liberté, dans la même intuition, incomprébensible et certaine à la l'ois *. Le bien en soi ne se sépare pas du beau et du vrai en soi. L' a instinct de l'absolu » qui nous fait raisonnables, nous rend aussi capables de vertu. La raison n'est-elle pas le pressentiment, la révélation d'un monde supérieur, auquel nous appartenons par notre origine et par notre essence-? Le reste de notre être est animal, c'est-à-dire n'est ni bon ni mauvais, obéit à des lois nécessaires, est pris dans l'engrenage du mécanisme universel. Mais dire que nous ne sommes pas tout entiers dans la « nature », que quelque chose en nous la surpasse inliniment et la domine, c'est saisir à leur origine commune la liberté et la moralité. — Pourquoi devons-nous poursuivre cet idéal du bien, et y sacrifier, s'il le faut, tous les biens sensibles? Autant demander pourquoi nous devons être raisonnables plutôt que stupides, hommes plutôt qu'animaux. La question ne doit même pas être posée. Ce sentiment privilégié se légitime lui-même, et n'a pas besoin d'autre justification ni d'autre garantie. La certitude immédiate, et « de première main » de l'intuition, n'est-elle pas supérieure à toute certitude de « seconde main », obtenue par démonstration? Il c^t difllcile de faire le bien : il est facile de savoir qu'on doit le faire. Il suffit de ne pas étouffer la voix qui nous le dit.
On reconnaît la morale du sentiment sous la forme que le xvnio siècle a affectionnée. Beaucoup y voyaient une solution définitive du problème moral. Si l'erreur et la confusion se sont introduites dans la morale, c'est que les auteurs de systèmes ont recouru à la raison abstraite pour découvrir et pour légitimer la règle suprême de la conduite. Plus ils sV sont efforcés, plus ils ont obscurci la lumière naturelle qui fait distinguer de prime abord le bien du mal. « Cons-