IDÉE DE DIEU SBLON ANSELME
spenant, dont il devrait être l'image sincère. La chose se passe autrement dans l'être qui est sa propre cause au sens absolu, dans le moi parfait. La conscience qu'il a de lui-même est une véritable production, puisqu'il n'a d'autre cause que cet acte ; ainsi l'objet est idéal et substantiel en même temps ; et cpmme cette conscience est parfaite, l'objet est égal au sujet, plein, concret, parfait comme lui, divin comme lui. La conscience est une distinction, une opposition au sein de l'être; nous distinguons en nous-même le moi qui pense du moi pensé ; mais en nous l'opposition ne va pas jusqu'au fond, précisément par la même raison qui empêche la parfaite identité des deux termes, parce que nous sommes un naturellement, avant de produire en nous cette dualité. Dans l'absolu, au contraire, si l'intelligence en est la forme, la distinction s'accomplit entièrement, attendu que l'être absolu n'existe que par elle; et l'unité véritable ou substantielle de l'étre ne se réalise que dans la trinité personnelle de Dieu. La dualité sort de l'unité virtuelle, mais elle précède l'unité réelle. L'unité divine n'existe que par la commune volonté des deux premiers principes, qui deviennent ainsi deux personnes en produisant la troisième. Malgré les contradictions qui le déchirent , l'homme se sent un , par le fait d'un principe supérieur à lui. Dieu se pose par son propre fait comme l'unité absolue où se résolvent toutes les oppositions. — Il y a deux méthodes pour con-
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cilier les contradictions de la pensée : lune consiste à les neutraliser dans le vague, dans l'abstraction, dans l'indifférence ; c'est le procédé du faux mysticisme païen, du panthéisme, où toute idée distincte s' évanouit. L'antre les surmonte, en les conservant dans la conception la plus concrète, la plus riche, la pins vivante et la plus articulée où l'esprit se puisse élever ; c'est le procédé de la philosophie chrétienne, qui sans doute n'atteint pas le but du premier coup, mais qui du moins ne le perd jamais de vue. Sans* adopter la théorie d'Anselme sur la trinité de Dieu, on est obligé de reconnaître qu'elle a droit au sérieux examen des métaphysiciens. En effet, elle se présente à nous comme le résultat de la méthode philosophiquement légitime, disons mieux, philosophiquement nécessaire, qui applique la raison, c'est-à-dire la notion de l'infini, aux données de l'expérience intérieure.
Le fond de celte doctrine se trouve déjà dans Athanase et dans les Pères de la Cappadoce, dans Grégoire de Nysee en particulier. La plupart des intermédiaires par lesquels Anselme s'efforce de la rendre intelligible, sont empruntés à saint Augustin. La forme seule est nouvelle, mais cette nouveauté de la forme est un pas immense vers l'émancipation de la philosophie. Dans l'exposition d'Anselme nous voyons le bronze ardent de la pensée, suivant sa pente naturelle, couler de lui-même dans le moule du dogme chrétien. Cette théologie