‹ La philosophie de LamennaisChapitre 25 sur 29 · LAMENNAIS ESTHÉTICIEN · texte numérisé non relu

LAMENNAIS ESTHÉTICIEN

réquisitoire contre le rire, Lamennais est obligé de reconnaître qu'il y a « un sourire de bonté, un sourire de tendresse, comme dans la Vierge Marie souriant à l'Enfant divin ». Mais il ne fait aucune part au rire joyeux et naturel qui vient de Taniour de la vie, et qui n"a rien de malsain. 11 conclut de cette analyse que, si la tragédie a son origine dans les instincts sympathiques les plus élevés de notre nature, la comédie a son principe dans l'amour de soi, et que, par là, « sa tendance est opposée à celle d'où résulte le perfectionnement moral ». Voilà qui est Lien sévère et qui n'est pas loin du paradoxe de Rousseau contre le théâtre. Il est permis de croire que, dans ce réquisitoire contre la comédie, Lamennais a subi le joug de sa première existence, de cette vie ecclésiastique qui l'avait éloigné du théâtre, et en particulier du théâtre comique. Il était trop tard, lorsqu'il se fut émancipé, pour se donner de nouveaux senliinens et de nouvelles émotions. La poésie n'est pas ce qu'il y a de plus intellectuel dans l'art. Elle parle encore à l'imagination et au sentiment plus qu'à la raison. Elle ne découvre encore Dieu qu'à travers des symboles. Il faut que l'art se rapproche encore plus du vrai en soi, en exprimant les lois qui constituent l'essence de la divinité et les lois que la divinité impose à l'homme : c'est le dogme et la morale. Maintenant, ces deux grands enseignemens peuvent être exposés de deux manières : soit d'une manière abstraite et théorique, soit sous une forme qui, tout en contenant plus de vrai rationnel que la poésie, s'adresse cependant encore au sentiment et à l'imagination ; c'est le dernier des arts : c'est l'éloquence. Les vues de Lamennais sur cet art ne

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l'uiileiiiiiil lieu (le purticulifrcnieiil iiiléressaiit, nous nous coiilentcrons de mentionner ici la fin de son eslliétique.

Toule celle eslhéiiqup repose sur uno id«''e ingénieuse et vraie. C'est que c'est du temple que tout ;»rl esl sorti. l/:irl s'est successivement détiiclié de la religion. Mais l'arl ((ui repioduil le niouvonieul de la nalnie. après s'èlre coninie celle-ci séparé du divin pour vivre de sa vie propre, déviait aussi comme elle être soumis à une loi de relour qui le ramènerait au cenlre d'unité dont il est sorti. Sorti d(! la religion, il déviait y rentrer. Aussi Lamennais n'iiésile pas à croire (pril doit y avoir une foi future qui sera l'idc'al de l'art dans l'avenir, comme la foi du passé a t'Ié son berceau. Il fait souvent allusion à celte foi idéale (pii n'existe pas encore : « Espérons, dit-il, que la Providence, par une route ténébreuse, conduit les peuples à une demeure nouvelle ; et que la grande poésie de notre siècle, prêtresse d'une religion que l'on ne saurait nommer, porte en ses mains les symboles d'un Dieu inconnu. » Les destinées de l'art depuis Lamennais ne semblent pas trop d'accord avec ces nobles et belles espérances. .Vu lieu de se rapprocher de Dieu, l'art s'en est de plus en plus éloigné. Il a cherché ses inspirations soit dans les sombres tristesses du pessimisme, soit dans la peinture saisissante des plus brutales réalités. Nous ne pouvons prévoir l'avenir ; mais nous pensons avec Lamennais (|ue, si l'art ne revient pas aux grandes sources, il périra tout à fait.

Pour terminer, tel est l'ensemble majestueux des conceptions dont se compose cette doctrine que Lamennais a si justement appelée rEs<|uisse d'une |)hilosophie. On ne peut y méconnaître une grande hauteur de vues, des percées

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originales, un vaste effort de synthèse. Ce qui lui manque le plus, c'est la science philosophique ; et c'est à la fois pour lui un avantage et un inconvénient. Il retrouve par lui-même, sans le savoir, beaucoup de tliéories déjà connues, et il leur donne par là son cachet propre. Mais peutêtre avec plus de science eût-il pu leur donner plus de développement et de force. Peut-être aussi en eût-il mieux vu les lacunes. Il n'en est pas moins vrai qu'il y a là des idées fortes et fécondes dont il y aura à tenir compte lorsque l'on daignera revenir à ces hautes spéculations qui sont l'honneur de l'esprit humain.

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