Uéflex, philos, et théoL
Si Dieu est nécessité par elle à créer précisément un tel ouvrage, et à le créer précisément par de telles voies, c'est la ruine de la liberté et de la toutepuissance du Créateur. Mais Arnauld, à son tour, entend-il bien cette liberté divine qu'il défend à si juste titre? ne confond-il pas ce qui est limite ou gêne avec ce qui est règle et loi? et, parce qu'il ne connaît pas bien la nature et l'origine des vérités éternelles, ne lui arrive-t-il pas, en prétendant affranchir de la fatalité la volonté divine, d'y faire régner, à la place de la souveraine raison, l'arbitraire et le caprice ?
Ainsi les doctrines de Malebranche et d'Arnauld nous apparaissent comme se corrigeant mutuellement. Dieu est sage; mais sa sagesse n'exigeait point qu'il créât un tel monde, ni qu'il le créât par de telles voies. Dieu est libre, mais sa liberté se règle par sa sagesse. La Providence de Dieu est générale : car des lois, bonnes et convenables, sans être nécessaires, président au développement des êtres ; et un dessein unique domine tous les détails et les relie dans une magnifique harmonie. La Providence est , en un autre sens , particulière : car Dieu a la vue positive de tous les effets particuliers, et surtout il a de chacun des esprits un soin, et, si je l'ose dire , un souci spécial. Il n'est donc pas simplement « l'auteur d'un certain ordre général d'où le reste se développe comme il
peut^ » 11 a en quelque sorte une application particulière à chaque individu; et c'est précisément cette connaissance' de l'infime détail unie à la conception d'un plan universel, qui est le caractère divin de la Providence.
Fénelon, et la réfutation de roptlmisme.
Qui s'attendrait à trouver Fénelon parmi les critiques de Malebranche? Mysticisme allié aux exigences d'une raison sévère, goût pour la philosophie cartésienne, désir de la faire servir à la religion ^ :
1. Bossuet, Orais. [un, de il/flr/e-T/i6^rè5«. L'allusion au système de Malebranche est évidente.
2. «Après vous avoir déclaré, Monsieur, combien je suis docile à l'autorité de la religion, je dois vous avouer combien je suis indocile à toute autorité de philosophie... On me cite Descartes; mais je réponds que c'est Descartes même qui m'a appris à ne croire personne sur sa parole. La philosophie n'étant que la raison, on ne peut suivre en ce genre que la raison seule. » Lettres sur la métaphys. et la religion^ IV. D'un autre côté « nul homme, sans la grâce, n'aurait, par ses seules forces naturelles, toute la constance, toute la règle, toute' la modération, toute la défiance de lui-même, qu'il lui faudrait pour la découverte des vérités mêmes qui n'ont pas besoin de la lumière supérieure de la foi ; en un mot, cette philosophie naturelle, qui irait sans préjugé, sans impatience, sans orgueil, jusqu'au bout de la raison purement humaine, est un roman de philosophie. » /fttd.VI, 3. Mais il faut que les hommes simples et Ignorants eux-mêmes soient persuades de la religion par des raisons droites et solides, quoiqu'ils ne puissent pas expliquer avec précision et méthode ces raisons, ni réfuter les objections subtiles qm les embarrassent {Ibid. VI, 2). Il faut que les principaux théologiens aient une haute métaphysique {Lettre 2« au cardinal de Noailles^ 3). Ainsi, de quelque côté qu'on envisage les choses, la raison et la foi s'accordent et se soutiennent
tout cela est commun à l'un et à l'autre. Comme Malebranche, Fénelon se plaît aux spéculations métaphysiques, et il s'y engage dans le même esprit : c'est la présence et l'action de Dieu dans le monde et surtout dans l'âme, qu'il veut montrer; il scrute donc son intelligence et son cœur, et partout il découvre Dieu, Dieu qui l'éclairé par les idées. Dieu qui meut sa volonté et opère en lui, d'une certaine façon, le vouloir même. Dieu de qui il dépend et dans le fond de son être et dans toutes ses opérations. € Je trouve Dieu de tous les côtés, s'écrie-t-il ; il sort du fond de moi-même*. > A ses yeux, « les idées sont quelque chose d'existant et de réel, les idées sont Dieu^. > C'est d'elles que vient toute lumière; c'est en les consultant qu'on est sage, elles sont communes à tous les esprits, elles les éclairent, les instruisent, les redressent; et Fénelon célèbre magniôquemeût cette raison souveraine et infaillible, à laquelle tout ce qui pense participe, source éternelle et incréée de la vérité, soleil des intelligences, toujours présent quoique méconnu^ maître intérieur, qui sans cesse nous parle et trop souvent n'est pas écouté^. C'est la doctrine de Ma-
Tune Tautre, la philosophie et la religion sont alliées et se prêtent un mutuel secours. Hion n'est plus conforme à la pensée de Malebranche.