AVERTISSEMENT
nues invincibles et des probabilités qui s'étendent entre ces deux termes extrêmes ; c'est de travailler à diminuer ce domaine vague de la vraisemblance par l'examen attentif de certains points accessibles à la science, mais négligés et restés obscurs. Voilà ce que tout philosophe peut tenter selon la mesure de ses forces : or, à la fin d'une étude historique^ quand on vient de méditer longtemps avec un grand penseur sur les plus hautes questions, nVt-on pas là l'occasion la plus naturelle de se recueillir pour se rendre compte de ses pensées et tâcher de les améliorer? N'est-on pas plus heureusement préparé que jamais pour entreprendre ce travail? Voilà pourquoi, après avoir achevé l'étude de la philosophie de Malebranche, ayant l'espoir de nous être pénétré de sa substance, grâce à la fidélité de notre exposition, et pensant être prémuni contre ses dangers par la sévérité de notre critique, nous essayerons de mettre à profit ce que nous y avons trouvé de solide et d'excellent. Nous allons refaire pour ainsi dire cette philosophie, rectifiée par l'expérience et accommodée à notre temps, ou plutôt c'est' notre propre état intellectuel que nous allons décrire, disant avec beaucoup de simplicité ce qu'au sortir de nos entretiens avec Malebranche, nous pensons sur les questions métaphysiques auxquelles nous avons réfléchi à son école. Ce sera un travail personnel : car nous ne comprenons pas une philosophie qui ne soit pas personnelle, je veux dire qui ne jsoit pas l'expression des choses que l'on pense soi-même. Mais nous nous appliquerons à né rien avancer qui ne soit très- assuré et même reçu communément. Si la singularité des pensées dans un homme de génie prouve la profondeur, elle est partout
ailleurs un fort mauvais signe. Puissions- nous nous borner au simple et au solide clairement dit, et si nous nous engageons parfois dans ces profondeurs où la science pénètre en hésitant, ne plus afiSrmer dès que nous ne verrons plus, nous arrêter devant les mystères insondables, et revenir bien vite au sens commun plutôt que de nous perdre en de brillantes hypothèses I